L'EXHORTATION
Vous êtes, mon enfant, plus chaste et plus farouche Que le lis du vallon et la rose des bois, Et cependant j'ai vu s'attendrir votre bouche Quand la rose et le lis s'effeuillaient de vos doigts,
Car vous savez, hélas ! que les fleurs les plus belles D'un parfum passager embaument le printemps Et qu'il ne survit rien de ce qui charme en elles Quand l'automne a fané leurs contours odorants;
Et vous savez aussi que l'âge vous mesure La saison de l'amour et de la volupté Et que le souvenir est ce qui reste et dure Et de toute jeunesse et de toute beauté.
C'est pourquoi, dans un soir de délire et de fièvre, Vous sentirez en vous votre orgueil se briser Parce que vous voudrez que votre jeune lèvre Connaisse la douceur qu'a le goût du baiser.
Alors, obéissante à celui qui vous aime, Vous permettrez dans l'ombre à l'amant anxieux Que son hardi regard apprenne de vous-même Ce qu'en sait son désir et qu'ignorent vos yeux,
Et vous, enfant pareille aux fleurs du bois sauvage, Sans défendre à sa main vos voiles soulevés, Vous offrirez vous-même à l'amour en hommage Votre rose secrète et vos lis réservés.