‹ Œuvres de Henri de Régnier (volume 2)Chapitre 101 sur 168 · LE CHOIX · texte numérisé non relu

LE CHOIX

Je ne me suis pas dit lorsque je vous ai vue

Pour la première fois, Ni lorsque j'ai senti votre main retenue

Frémir entre mes doigts,

Je ne me suis pas dit : « Mon cœur, voici l'orage

Avec elle qui vient !

Puisse l'éclair luire en ses yeux, et son visage

S'incliner vers le mien !

« Que quelque magnifique et foudroyant prodige,

Ainsi qu'il n'en est pas, Soudain, et d'un élan de trouble et de vertige,

La jette entre mes bras !

« Qu'elle entre éblouissante et brusque dans ma vie

Et d'un pas si vainqueur Que j'entende souffler comme un vent de folie

Aux échos de mon cœur ! »

Non, quand je vous ai vue et que votre main lasse

Eut frémi doucement En la mienne, j'ai dit votre nom à voix basse

El pensé simplement :

« Tu es belle, tes yeux, ta bouche et ton visage

Sont beaux comme ton corps; Heureux celui qui t'aime et qui, la nuit, partage

Le lit où tu t'endors !

« Heureux qui, chaque soir, peut dénouer à Taise

Tes cheveux abondants Et qui touche ta joue et ta gorge et qui baise

Ton rire sur tes dents.

« L'homme qui peut jouir de tes beautés secrètes

Est plus heureux qu'un Dieu, Car, lorsqu'un double attrait unit des forces prêtes,

L'amour est un beau jeu.

« Il ne faut rien de plus pour échauffer l'étreinte,

O chair, que la beauté.

Et, de la cendre d'or de la toison éteinte,

Renaît la Volupté ! »

C'est pourquoi, quand tu viens, taciturne et docile,

Proposer au plaisir Ton beau corps langoureux dont caresse l'argile

La flamme du Désir,

Je raille ces Amants douloureux et farouches

Dont l'amère fureur S'irrite et se nourrit de l'écume, à leurs bouches,

Des orages du cœur.

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