‹ Œuvres de Henri de Régnier (volume 2)Chapitre 120 sur 168 · LE SALAIRE · texte numérisé non relu

LE SALAIRE

Tout le jour, sur le flot du changeant Hellespont Qui tantôt veut la rame et tantôt la voilure, Pêcheur, fils de pêcheurs, il a, sans un murmure, Relevé les filets et lancé le harpon.

Au soleil, la sueur lui coula du menton; Plus d'une fois l'écaillé écorcha sa peau dure, Mais dans sa barque, au soir, s'entassent le silure, La sole, le turbot, le rouget et le thon.

La nuit tombe. Il revient au port; la brise est fraîche. Il songe qu'à son poids on lui paiera sa pêche D'un bon prix qui bientôt sonnera dans sa main,

Et, dans le ciel, il voit, luisante et métallique, Déjà, comme un salaire à son travail marin, Une lune d'argent se lever sur Cyzique.

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