‹ Œuvres de Henri de Régnier (volume 2)Chapitre 13 sur 168 · SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

SEPTEMBRE

Avant que l'âpre vent exile les oiseaux,

Disperse la feuillée et sèche les roseaux

Où j'ai coupé jadis mes flèches et mes flûtes,

Je veux, assis au seuil qu'encadre la lambrusque,

Revoir, avec mes yeux déjà demi-fermés

Sur ces jours, un à un, que nous avons aimés,

La face que l'Année, en fuyant, mois à mois,

Détourne, en souriant, de l'ombre qui fut moi.

Septembre, Septembre,

Cueilleur de fruits, teilleur de chanvre,

Aux clairs matins, aux soirs de sang,

Tu m'apparais,

Debout et beau,

Sur l'or des feuilles de la forêt,

Au bord de l'eau,

En ta robe de brume et de soie,

Avec ta chevelure qui rougeoie

D'or, de cuivre, de sang et d'ambre,

Septembre,

Avec l'outre de peau obèse

Qui charge ton épaule et pèse

Et suinte à ses coutures vermeilles

Où viennent bourdonner les dernières abeilles !

Septembre !

Le vin nouveau fermente et mousse de la tonne

Aux cruches;

La cave embaume, le grenier ploie;

La gerbe de l'Été cède au cep de l'Automne;

La meule luit des olives qu'elle broie.

Toi, Seigneur des pressoirs, des meules et des ruches,

0 Septembre, chanté de toutes les fontaines,

Écoute la voix du poème 1

Le soir est froid;

L'ombre s'allonge de la forêt,

Et le soleil descend derrière les grands chênes.

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