SEPTEMBRE
Avant que l'âpre vent exile les oiseaux,
Disperse la feuillée et sèche les roseaux
Où j'ai coupé jadis mes flèches et mes flûtes,
Je veux, assis au seuil qu'encadre la lambrusque,
Revoir, avec mes yeux déjà demi-fermés
Sur ces jours, un à un, que nous avons aimés,
La face que l'Année, en fuyant, mois à mois,
Détourne, en souriant, de l'ombre qui fut moi.
Septembre, Septembre,
Cueilleur de fruits, teilleur de chanvre,
Aux clairs matins, aux soirs de sang,
Tu m'apparais,
Debout et beau,
Sur l'or des feuilles de la forêt,
Au bord de l'eau,
En ta robe de brume et de soie,
Avec ta chevelure qui rougeoie
D'or, de cuivre, de sang et d'ambre,
Septembre,
Avec l'outre de peau obèse
Qui charge ton épaule et pèse
Et suinte à ses coutures vermeilles
Où viennent bourdonner les dernières abeilles !
Septembre !
Le vin nouveau fermente et mousse de la tonne
Aux cruches;
La cave embaume, le grenier ploie;
La gerbe de l'Été cède au cep de l'Automne;
La meule luit des olives qu'elle broie.
Toi, Seigneur des pressoirs, des meules et des ruches,
0 Septembre, chanté de toutes les fontaines,
Écoute la voix du poème 1
Le soir est froid;
L'ombre s'allonge de la forêt,
Et le soleil descend derrière les grands chênes.