LÉPANTE
Sur le golfe, le port, la ville et le rempart, Le soir est bleu. La mer en murmurant se brise Où, jadis, dans un bruit d'abordage et de prise, Retentit le pierrier et claqua l'étendard.
L'aigle à deux têtes et le lion de Saint-Marc Ont guidé là, d'un vol que l'histoire éternise, Les galères d'Espagne et celles de Venise Que ruait sur le Turc l'impérial bâtard.
Salut, Juan ! par qui la croix fut la plus forte !... Aujourd'hui le silence endort la cité morte Derrière ses vieux murs pleins d'échos glorieux;
Et j'ai vu, du château qui couronne sa pente,
Se lever, souvenir d'un soir injurieux,
Pâle encor, le croissant, en face de Lépante !
L'ACHILLÉION
J'ai consacré mon palais à Achille », dit l'Impératrice. (Maurice Barrés, Amorf et dolori sacrum.)
La villa blanche est close, et le jardin désert Jusqu'au golfe descend de terrasse en terrasse, L'allée est sans empreinte où personne ne passe Et nulle voix ne vibre au silence de l'air.
Près du rosier en fleurs et près du laurier vert, Homérique et guerrier sous sa lourde cuirasse, En son marbre succombe au mal qui le terrasse Un Achille blessé qui meurt devant la mer.
Toi que l'odeur du vent et des roses enivre, Va-t'en, et porte ailleurs le bruit qu'on fait à vivre, Car une ombre tragique est errante en ces lieux,
Qui, comme le héros par la flèche ennemie, Sous la pourpre royale et doublement rougie, A connu plus que lui la colère des Dieux !