‹ Œuvres de Henri de Régnier (volume 2)Chapitre 154 sur 168 · LA BELLE ALDA · texte numérisé non relu

LA BELLE ALDA

Aida la bella e galanta.

(Vieille faïence italienne.)

Mon visage charmant, tendre et mélancolique, Pour vous, je l'ai fait peindre, en toute la beauté De son jeune printemps qui n'aura pas d'été, En couleur, au fond d'un grand plat de majolique.

Lorsque je serai morte, — ainsi que vous l'indique Le parchemin qui vous dira ma volonté, — Placez-y, grappe à grappe, un raisin velouté, L'amande souvent double et la grenade unique.

Amis, que ces beaux fruits que toucheront vos mains Rappellent à vos cœurs des jeux déjà lointains ! Eut-il de plus doux fruit que ma bouche vivante?

Et moi, je sourirai sous l'émail précieux Et que décore la banderole où vos yeux Liront qu'Aida fut belle et qu'Aida fut galante.

Leonellus Marchio Estensis. Opus Pisani Pktoris.

Qu'il soit mort par le fer, le poison ou la peste, Podestà magnanime ou tyran redouté, Plus d'un n'est devenu pour la postérité Qu'un nom que nul ne loue et que nul ne déteste.

Mais toi, ce que tu fus ta médaille l'atteste, Et ton brusque profil en sa jeune fierté Par l'airain a conquis presque l'éternité. L'Art t'immortalisa, Lionel, marquis d'Esté.

Le grand Pisanello, père de ta mémoire, N'en assura-t-il pas la durée et la gloire Dans ce disque de bronze où tu semblés vivant,

Et qui, sur son revers, en des poses pareilles,

Modelés par un pouce héroïque et savant,

Montre deux hommes nus qui portent des corbeilles?

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