PROMENADE
Puisque vous préférez à ce matin d'automne Votre visage gai qui se rit au miroir, Adieu ! je vais le long de la mer monotone Sur la grève marcher longuement jusqu'au soir
L'air est pur; le soleil épanche sa lumière Sur la dune qui cède ou résiste à mon pied Dont l'empreinte se mêle à la molle poussière Ou se marque un instant dans le sable mouillé.
La vague qui déferle, incessante et pareille, En volute mouvante où de l'écume luit, Rythme ma rêverie et remplit mon oreille Du refrain répété de son robuste bruit.
Mais, hélas ! c'est en vain que la vague marine Ajoute sa rumeur à la force du vent Et que s'ouvre ma bouche et s*enfle ma poitrine A respirer cet air où du sel est vivant.
Je sais bien que les pas que mon passage laisse Sur ce sable changeant où tout pas est nouveau Me conduisent chacun plus loin de ma jeunesse Et ne s'arrêteront que devant un tombeau;
Et que, tandis que seul en ce matin d'automne Sur la grève sans fleurs je marche vers le soir, Votre jeune visage où le printemps rayonne S'enchante à son reflet qui lui rit au miroir.