STANCES
Je vous aime en ces lieux dont vous êtes la gloire,
La grâce et la beauté, Et dont le souvenir sera dans ma mémoire
Que vous ayez été
La douceur de ces jours que votre doux visage
A vus fuir, un à un, Avec leur clair soleil ou leur tiède nuage,
Leur bruit et leur parfum,
Car c'est vous dont la voix, le rire ou le silence
M'ont rendu précieux Cette mer calme et ce beau ciel auxquels je pense
En regardant vos yeux; ** 15
C'est là que vous marchez lentement sur le sable,
Au murmure des pins, Et sachant qu'il n'est rien qui soit plus désirable
Qu'une fleur en sa main.
Vous vous baissez, malgré les pointes importunes
Que dardent les chardons, Et près d'eux vous cueillez l'œillet mauve des dunes
Petit et qui sent bon.
Car, de ce que la vie équivoque et furtive
Tend d'un geste sournois A ceux qu'elle rencontre à l'heure où l'ombre arrive
Et rampe dans le bois,
Vous n'avez rien voulu ni de ce qu'elle donne
Et que l'on trouve beau, Ni son masque, ni son miroir, ni sa couronne,
Son sceptre ou son anneau;
Et l'œillet odorant au sable qu'il embaume,
Avec simplicité, Est l'insigne fleuri de votre doux royaume
De grâce et de beauté.