LES VOYAGEURS
Adieu, vous qui partez pour ce même voyage Que jadis, au matin, avant vous, j'ai tenté! Vous me retrouverez assis sur ce rivage Que vos cœurs oublieront quand vous l'aurez quitté.
Adieu donc ! que vos bras hissent la blanche voile Où va souffler le vent qui vous porte ma voix; Puissent avec faveur la marée et l'étoile Vous conduire à ces bords où déjà je vous vois !
Compagnons orgueilleux, amis ingrats que j'aime, Je vous laisse partir sur la mer, sans regrets. Qu'importe le vaisseau si la route est la même ! Sans aller avec vous je suis où vous irez.
Tandis que vous croirez découvrir, à l'aurore, Le prestige changeant d'un nouvel horizon, Ma mémoire, fidèle au passé qu'elle honore, M'en rendra la couleur, la ligne et la saison;
Et, de la rive aride où la mer monotone Avec le même hruit mire les mêmes cieux, Je n'aurai, pour revoir tout ce qui vous étonne, Qu'à me ressouvenir et qu'à fermer les yeux.