L'ILE
Puisque à nos souvenirs le Destin la mêla,
Nous reviendrons un jour à l'Isola Bella,
Et nous retournerons, puisque tu l'as aimée,
Au rivage divin de l'Ile parfumée
Et qui, sur l'eau, semble endormie en du bonheur.
Le vieux gardien indifférent au visiteur
Nous ouvrira l'accès de la Villa baroque,
Et le trousseau de clés que sa main entre-choque
Fera trembler le lustre et vibrer le miroir,
Et dans le doux jardin qu'il montre — sans en voir
Les fleurs, le labyrinthe et les triples terrasses
D'où ne s'envolent pas les colombes trop grasses
— Nous le suivrons, et tout encor sera pareil,
Avec le même azur et le même soleil.
L'air sera transparent, noble, mol et limpide; Pas plus que le ciel bleu le lac n'aura de ride, Et, le long du mur jaune où luit le citron d'or, Dans le silence clair, nous entendrons encor Battre, oiseaux revenus au nid du temps sans aile, Nos cœurs toujours heureux dans l'île toujours belle.