NOUVELLES DE VENISE
Vous m'écrivez de Venise Que jamais printemps plus beau N'a tiédi l'air qui s'irise Et miré le ciel dans l'eau,
Que la lagune est divine D'argent vif ou d'or pâli Et que la mousse marine Brode le bois des « pâli »,
Que les linges aux ficelles Sèchent sur les vieux balcons Et qu'on voit les hirondelles Filer sous l'arche des ponts...
Vous dites, entre autres choses, Que, sur le Rio San Stin, Une escalade de roses Franchit le mur d'un jardin,
Que dans l'air où il blasonne, Gueule ouverte et flanc gonflé, Le Lion sur sa colonne Arque mieux son dos ailé,
Que Venise tout entière, Canaux, églises, palais, N'est que silence, lumière, Couleur — et que tu t'y plais.
Et j'évoque en ma mémoire Ton visage auprès du mien Lorsque nous goûtions la gloire Du printemps vénitien,
Et je crois, lointain délice
Qui m'enchante et me fait mal,
Que notre gondole glisse
Et tourne au coin d'un canal,
Et, soudain, qu'elle débouche, Noire sur le flot doré Par le soleil qui se couche Sur San Giorgio Maggiore !