LA ROSE
En voyant mourir cette rose Dans ce vase de bronze obscur, Je songe à sa pareille éclose A l'ombre tiède du vieux mur,
Dans ce doux jardin de septembre Que, du Palazzo Venier, Par la fenêtre de ta chambre, Nous contemplions, l'an dernier.
Et c'est l'automne de Venise Qui renaît en mon souvenir Avec sa grâce où s'éternise L'été qui ne veut pas finir.
Je te revois sur la lagune, Glissant comme en un ciel marin, Ainsi qu'un noir croissant de lune, Gondole, quartier d'astre éteint !
Voici le canal et la porte, Et ces façades de palais Dont le marbre irise l'eau morte Des fantômes de leurs reflets...
Et ce balcon où l'on s'étonne De ne plus voir, sur le rideau, Se pâmer encor Desdémone Dans les sombres bras d'Othello !