‹ Œuvres de Henri de Régnier (volume 2)Chapitre 84 sur 168 · LE REFUGE · texte numérisé non relu

LE REFUGE

Je ne veux rien de vous, ce soir, en ma pensée,

0 mon pays lointain, Ni rien de vous non plus, ma jeunesse passée,

Dont le feu s'est éteint !

Que votre souvenir impatient renonce

A me parler tout bas, Laissez l'écho dormir où se perd et s'enfonce

La rumeur de vos pas !

Je suis venu chercher sur ce brûlant rivage, Que bat un flot plus clair,

Pour un autre moi-même, un autre paysage, Et j'ai passé la mer.

Je n'écoute plus rien des voix que mon oreille

Écouta trop longtemps Et que me murmurait la parole vermeille

De ta bouche, Printemps !

Mes yeux ne veulent plus suivre dans les allées

De ton jardin moussu, Automne, les espoirs et les ombres voilées

Qui m'ont longtemps déçu !...

C'est pourquoi, sous ce ciel torride et monotone,

D'azur pacifiant, Je suis venu chercher le lourd repos que donne

La terre d'Orient;

Et, sans que rien de plus occupât ma pensée,

Tout le jour, jusqu'au soir, J'ai regardé mourir cette rose enlacée

A ce beau cyprès noir.

Page 1