‹ Œuvres de Henri de Régnier (volume 2)Chapitre 86 sur 168 · LE DIVAN · texte numérisé non relu

LE DIVAN

Son tapis, qu'ont jadis tissé des mains persanes De tulipes, d'œillets, de cyprès et d'oiseaux, Est venu, de très loin, au pas des caravanes, De quelque ville bleue où chantent les jets d'eaux.

Aux fils entrecroisés de ses trames écloses Il imite à nos yeux l'éclat de vos jardins, Ispahan, où le soir s'empourpre à mille roses, Mossoiil, sur qui l'aurore est pâle de jasmins !

Jadis, il m'eût donné vers les cités lointaines

Le désir de porter mes pas sous d'autres cieux

Et d'entendre, au bruit frais qui monte des fontaines,

Le rossignol répondre au rosier amoureux;

Jadis, j'aurais voulu, dans l'aube orientale, Auprès du dôme courbe entre ses minarets, Voir sur la tige en feu fleurir l'ardent pétale Et les oiseaux d'amour voler vers le cyprès;

Mais aujourd'hui mes yeux à ce tapis de Perse Ne demandent plus rien de ses riches couleurs Que d'offrir à ton corps qui sur lui se renverse Le printemps éternel de ses laines en fleurs;

Que m'importe le bain où rirent les sultanes Et le mystère bleu d'un pays inconnu, S'il me suffit de voir, tissés de mains persanes, La tulipe et l'œillet caresser ton pied nu !

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