RETOUR D'ORIENT
Ce n'est plus aujourd'hui ton aube qui m'éveille,
0 divine clarté Dont l'ardeur éclatait triomphale et vermeille,
Au ciel ensanglanté !
Ce soleil sans éclat qui s'abaisse et se couche
Au bout de l'horizon N'est plus l'astre brûlant dont la pourpre farouche
Mourait sur Mon.
La lune qui blêmit à ma vitre morose
Et ne l'éclairé pas Ce n'est plus vous, lune d'or jaune ou d'argent rose,
Qui brilliez sur Damas 1
Puisqu'il en est ainsi, faites, de leurs embrasses, Tomber à longs plis lourds
Les rideaux refermés que fatiguent les masses De leur pesant velours;
Allumez, suspendue au plafond de la chambre,
La lampe en verre peint Où versa doucement son huile couleur d'ambre
La jarre d'Aladin.
Sur le divan profond où le corps se renverse,
Qu'on étende avec soin Cette étoffe de Brousse et ce tapis de Perse
Que l'œillet brode au coin;
Posez auprès de moi cette aiguière au col fourbe, Et dont le bec mord l'eau,
Et tirez ce beau sabre étincelant et courbe Du cuir de son fourreau;
Donnez-moi ce flacon qui garde encore enclose
En un vivant sommeil L'odeur qu'eurent jadis le jasmin et la rose
A mourir au soleil...
Puis laissez-moi. Je vais abaisser ma paupière
Et fermer maintenant Mes yeux pleins de l'ardente et terrible lumière
Des midis d'Orient !