‹ Œuvres de Henri de Régnier (volume 2)Chapitre 90 sur 168 · BLANCHE COURONNE · texte numérisé non relu

BLANCHE COURONNE

Aujourd'hui j'ai revu ce calme coin de terre

Que vous aimiez, Le vieux perron où pousse encor la saponaire,

Les deux palmiers...

Le figuier plus tordu n'a cessé de s'accroître

De jets nouveaux, Et les rosiers en fleurs parfument le cher cloître

Aux blancs arceaux;

Les hélianthes d'or dominent la toiture

Basse du puits, Où l'eau sommeille, aussi froide que la verdure

Du sombre buis;

Autour des piliers plais la glycine s enlace

El il y a Dans un angle toujours, fleurissant à sa place,

Le bignonia.

C'est toujours ce doux lieu dont clair et jrais résonne

Le double nom Auquel, Douce-Fontaine ou bien Blanche-Couronne,

L'écho répond.

Vous en aimiez la paix, les loisirs, les ombrages

Et les chemins, Et les beaux bois avec leurs différents feuillages,

Hêtres et pins ;

Il vous plaisait d'y voir le chêne d'Amérique

Près du bouleau, Le cactus tropical et Valoès qui pique

Comme un couteau;

Et vous vous asseyiez, votre cigare aux lèvres,

Sur ce vieux banc, A ce paisible endroit, à cause de ses cèdres,

Dit « le Liban ».

Vous y rêviez peut-être, en ces soirs où. l'on pense

A son malin, Au jeune homme jadis venu vers notre France

D'un ciel lointain.

A votre voir vibraient, quadruples et jumelles,

Les rimes d'or, Car vos sonnets, à vous, jurent vos caravelles,

Conquistador!

L'heure est douce. Le cèdre en pyramide étale

Les verls plateaux, En étages, de sa ramure horizontale,

Tente ou tombeau!...

Mais le jour, peu à peu, qui commence à décroître

Et qui s'en va, Me rappelle à mon tour, vers le préau du cloître,

Sombre déjà.

Partons, mais en parlant, au jardin de septembre,

Cueillons aussi Ces fleurs que vous voyiez jadis, de votre chambre,

Fleurir ici.

Roses d'or triomphal, roses de pourpre noire,

Trophée altier A qui se mêle maintenant l'odeur de gloire

Du vert laurier!

A Mme André Chaumeix.

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