BLANCHE COURONNE
Aujourd'hui j'ai revu ce calme coin de terre
Que vous aimiez, Le vieux perron où pousse encor la saponaire,
Les deux palmiers...
Le figuier plus tordu n'a cessé de s'accroître
De jets nouveaux, Et les rosiers en fleurs parfument le cher cloître
Aux blancs arceaux;
Les hélianthes d'or dominent la toiture
Basse du puits, Où l'eau sommeille, aussi froide que la verdure
Du sombre buis;
Autour des piliers plais la glycine s enlace
El il y a Dans un angle toujours, fleurissant à sa place,
Le bignonia.
C'est toujours ce doux lieu dont clair et jrais résonne
Le double nom Auquel, Douce-Fontaine ou bien Blanche-Couronne,
L'écho répond.
Vous en aimiez la paix, les loisirs, les ombrages
Et les chemins, Et les beaux bois avec leurs différents feuillages,
Hêtres et pins ;
Il vous plaisait d'y voir le chêne d'Amérique
Près du bouleau, Le cactus tropical et Valoès qui pique
Comme un couteau;
Et vous vous asseyiez, votre cigare aux lèvres,
Sur ce vieux banc, A ce paisible endroit, à cause de ses cèdres,
Dit « le Liban ».
Vous y rêviez peut-être, en ces soirs où. l'on pense
A son malin, Au jeune homme jadis venu vers notre France
D'un ciel lointain.
A votre voir vibraient, quadruples et jumelles,
Les rimes d'or, Car vos sonnets, à vous, jurent vos caravelles,
Conquistador!
L'heure est douce. Le cèdre en pyramide étale
Les verls plateaux, En étages, de sa ramure horizontale,
Tente ou tombeau!...
Mais le jour, peu à peu, qui commence à décroître
Et qui s'en va, Me rappelle à mon tour, vers le préau du cloître,
Sombre déjà.
Partons, mais en parlant, au jardin de septembre,
Cueillons aussi Ces fleurs que vous voyiez jadis, de votre chambre,
Fleurir ici.
Roses d'or triomphal, roses de pourpre noire,
Trophée altier A qui se mêle maintenant l'odeur de gloire
Du vert laurier!
A Mme André Chaumeix.