‹ Œuvres de Henri de RégnierChapitre 31 sur 203 · LA BARQUE · texte numérisé non relu

LA BARQUE

J'ai rempli jusqu'au bord, de la poupe à la proue, Des fleurs que tu cueillis en venant vers la rive, Ma barque, et le blanc lys et la rose pensive Se regardent fleurir dans l'onde, joue à joue.

Entre. Pose ton pied; assieds-toi là, dénoue La sandale de cuir qui blesse ta chair vive Et, comme un souvenir de la terre furtive, Écoute les graviers que ton talon secoue.

Amour ! tu t'es assis dans ma barque embaumée Qui, sur les lents remous où rôde l'eau charmée, Porte en efle, à la fois immobile et mouvante,

L'odeur du double Été qui nous isole en lui. Sans savoir si la rive où le fleuve serpente S'étire pour l'aurore ou s'étend pour la nuit.

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