‹ Œuvres de Henri de RégnierChapitre 32 sur 203 · LEVER DE LUNE · texte numérisé non relu

LEVER DE LUNE

Tu m'as dit : Laisse cette argile Où tu veux modeler pour moi Ma médaille exacte et fragile.

Tu voudrais y faire à la fois Sourire mes j^eux et ma bouche Tels qu'ils sont et que tu les vois.

Laisse cette terre, n'y touche Plus, et que friable demain Elle s'efïrite sous ton pouce.

L'argile, le marbre et l'airain,

Pas plus que l'eau souple et mouvante.

Ne seraient mon visage vain,

LES MÉDAILLES d'aRGILE 65

Vaine est l'ébauche que tu tentes,

Car ma fugitive beauté

N'est vraiment belle que vivante.

Elle ne veut d'éternité

Que l'instant qui passe et l'emporte

Sur l'aile de la Volupté,

Et je la croirais déjà morte Si je la voyais revivant Dans cette terre qui la porte,

Lorsque, les pieds nus et devant Toi qui me suis sur l'herbe fraîche, Je marche debout dans le vent.

Le soir vient. Viens avec moi, laisse Tout cela qui n'est pas ma chair.

Le temps fuit et la vie est brève.

Le jour est encore assez clair

Pour aller jusqu'au bout des chaumes

D'où l'on voit monter de la mer

La lune ronde, molle et jaune.

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