‹ Œuvres de Henri Heine (volume 2)Chapitre 5 sur 9 · LES BAINS DE LVCQVES · texte numérisé non relu

LES BAINS DE LVCQVES

Quand )*eiitrai dans la chambre de Mathilde, telle venait de fermer le dernier boutoa 4^ SQp tamazone yerte^ et allait mettre ^Xl chapeau à plumes Manches ; elle le jeta ^rusipiemeipt Ipiii d^ette quand «Pe mf^q^^rçijit,, * et se p^ipit^a au-di^aai: df moi^n laissant flotter les bojudes lovées de s^.qbeFeux*.

: ; — Docteut. dtt^ GÎisl et de la terre! s'éçriç- IffJUe^ et, ^lom une yieîUe habitude^ elle me sai-

l68 BEISEBILDER.

sit par les deux oreilles , et m'embrassa ayec la plus comique cordialité.

— Comment vous portez-vous , le plus fou des mortels ? combien je suis heureuse de vous , revoir '/car je ne trouverai nulle part en ce monde une cervelle plus détraquée. Des sots et des imbéciles , il y en a bien assez, et souvent on leur fait l'honneur de les tenir pour des fous ; mais la véritable folie est aussi rare que la véritable sagesse , et n'est peut-être autre que la sagesse qui s'est chagrinée de connaître tout , toutes les infamies de ce monde , et qui a pris le sage parti de devenir folle. Les Orientaux sont des gens fort sensés : ils honorent un fou à l'égal d'un prophète. Nous autres, nous regardons tous les prophètes comme des fous.

— Mais, mylady, pourquoi ne m'avez -vous pas écrit?

- iLi Certainement , docteur, je vous ai éorit tiiie'Vôirif^Qe lettre, et j'ai mis sur l'adresse : i^iir M remettre éNevr-Bedlam.! Mais c<^nle vttiS n'y étiez- pas , contre toute firrévisioa, <hi envoya la lettre à Sainte-Luce, oà l'oiri iie vovrs trouva pas*daVè{nt%e. BUè allh dont à un autre établissement du khême'geftrey et-fit ainsi

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la ronde de toutes les misons de lunatiques de l'Angleterre, de l'Ecosse et de l'Irlande, jusqu'à ce qu'on me la renvoyât avec TobseiVation , que le gentleman désigné par l'adresse n'était pas encore renfermé. Et dans le fait, comment avez-YOus réussi à rester libre ?

— J'ai agi de ruse, mylady : partout où je suis allé, j'ai eu l'art de tourner les maisons de fous , et je pense que je réussirai de même en Italie.

— Oh ! mon ami , vous êtes ici tout-é-fait en sûreté; d'abord il n'existe dans le voisinage aucune maison de fous , et puis nous sommes ici en majorité.

»— Nous , mylady ! Ainsi, vous vous mettez des nôtres? Permettez^moi de vous donner sur le front le baiser fraternel.

— Ah ! je veux dire , nous autres baigneurs, parmi lesquels je suis véritablement encore la plus raisonnable.... D'après cela, faites-vous un peu une idée de la plus folle, de Julie Max-^ field*, qui ne cesse de soutenir que les yeux Terts signifient le printemps de l'âme. Et puis nous avons deux autres jeune» beautés....

— Sans doute des beautés anglaises, my^ lady?...

1 70 RÏISSBUJ^BR*

— Docteur^ giie eigaifie ce ton moqaeur ? Il faut donc que le» pàieê figures de macaroai dltaliè TOUS paraissent de si bon goAt que voû» ne sentez plus rien pour les beautés britaa— niques?... ...

— Des plumpuddings^ avec des yeuai de ral^ sin , des giyrge^ de rostbeef festonnées avec de blanches bandés de raifort , d'oi^eiUeux pft^

— Il y eut un temps , docteur, où vous tombiez dans lé ravissement toutes les fois que vou» voyiez une belle Anglaise.

— Oh , oui ! c'était alors ; je suis même encore assez disposé à rendre hommage à vos compatriotes : elles sont belles comme des soleils , mais des soleils de glace f blanches comme du marbre, mais froides comme le maiv bre aussi.... Contre leurs cœurs glacés se gèlent les pauvres petits animaux

— Oh, oh! j'en connais un qui ne s'est pas gelé , et qui, frais et dispos, a repassé la mer ; et il était grand , impertinent , Allemand. . . .

— Il s'est du moins si fort refroidi à la glace des coeurs anglais, qu'il en est encore en^ rhume aujourd'huir

M^bipây parut j^quée de eetto répoiiM. Eilt d^dit M' erAvaiïhe, placée «ii guiw 4^ èigAM f^ntre le» feuillM d^un iromaii , la ûtinSkif''ëtk fouettant autour de» oirelHèi»' de sei^' blaiu^ lémèr y ^i grommela sburdemeut ^ ramaisà vivemenf son ekâpeau^ le mit ayec orâtierie sur sa tète houelée , se regarda pkisieuéi foi» dans la glace, et se dit fièrement:***- JesMn^ Picore belle i Mais tout d^un coup, elle s'arrêta pensive et commç péné^ée d*un sombre squ^ timeat d'affîction, tira lentement son ^ant blanc de sa main , me la' tendit, et prenant, avec la rapidité de l'éclair, ma pensée sur' le fait : — N'estait pas vrai, dit-<elk, qpae dette main n'est plus aussi belle ^qu'autrefois â Jlamsgatei Matbilde a beaucoup souffert depuis cie temps^là!

Cher lecteur, il n*est pas^fiiôile de voir 4 queUe place les eloéhes peuvent être féléeâ ^ <M n'en est averti que par le son. Eh bien! ^si ttt avais entendu fo s6n de voix dont furent pro-^ noncés^ ces dermers mots , tu- té serais apei*^ tout de suite que le cœuk" de mylady esi tm ccrar du métal le plus pur; mais qu'une fèluM secrète en étouffe les vibrations les plus joyeuses, et les voile d'une mystérieuse tristesse. €e-

l^â R£I$£BILDBR.

pendant cea cloohes-Jà, je les^idme : dlies ttùOr vent toujours dans mon propre oonir un écho sympathique; et |e baisai la main de mylady avec plus de tendresse peut-^ètre qu'autrefois, quoique cette main «fût moins potelée, etque des veines d'un bleu trop fortement accusé, semblassent me dire aussi : Mathilde a beaucoup sou&rt depuis ce tempsr-là !

Son coQ me regardait comme une mélanech lique étoile solitaire dans un ciel d:automne, et elle me dit avec sensibilité et tendresse -: -^ Vous parusses m'aimer moins, docteur; car vôtlreJarme n'est tombée sur ma main que par pitié, presqu/e comme une aumône.

-^/Qui vous auty^rise à interpréter auÀsimes* quinement le langage muet de mes larmes?: Je parie que ce chien blanc qui se plie actueHe* ment devant vous me comprend mieux. Il me regarde et voua ensuite, et semble s'étonner que lea hommes , fiers maîtres de la création, soient si coinplétement mattieuMux au fond;dii cœur. Hélas, mylady, il n'y a que les douleurs semblables aux nôtres qui nous arrachent des larmes !- Chacun ne pleure réeUemuent que pour son;propre comptCi ^ • c

*» Assee, assez, docteur. Il est bon, du

laoins , que nous soyons contemporains , et que nous nous soyons rencontrés dans le même coin de terre ayec nos folles larmes. Ah, quel malheur si, par hasard, vous aviez vécu deux cents ans plus tôt, comme cela m- est arrivé avec mon ami Sfichel- Cervantes de Saavedra!

ou si vous étiez venu au monde un siècle plus tard que moi, comme un autre de mes amis intimes, dont je ne sais môme pas le nom, par la raison qu'il n'en aura un qu'à sa naissance, en Tan 1900! Mais dites- moi maintenant, quelle vie ave^vous menée depuis que nous ne nous sommes vus?

— J'ai continué mon métier ordinaire, mylady ; )!ai toujours roulé la grande pierre. Quand je l'avais amenée jusqu'au milieu de la montagne, elle dégringolait tout d'un coup jusqu'en bas^ et il fallait m'occuper de la remonter;,... et ce roulement de bas en haut et de haut eh* bas se répétera jusqu'à ce que moimême je finisse par rester sous la grande pierre,. et que maître sculpteur y grave en gros caractères, : Ici repoêe en Dieu, etc.

— Corpa.tli Ba^col docteur, je vais ne vous laisser aucun repos. . . . Veuillez ne pas être mélancolique. Riez, ou je. . . .

1 74 REiaSBIWER.

— HetUf ne ne ehatouiUea^pa$; j'aime mieux rire de moi-même.

— Comme tous voudrez. Youa oie plaisez encore tout autant qu'à Ramsgate, où nous nous rapprochâmes pour la première fois..,

*— Ce Ait, il est Trai^ notre premier rappiiK dhement Oui, je yeux être gai. Il est heureitx que nous nous soyons retrouvés , et le grand animal allemand se fera de nouveau un plaisir de risquer sa vie auprès de vous.

Les yeux de mylady sourirent comme un éclair de soleil derrière un léger nuage de pluie, et sa bdnne humeur éclatait en nouveaux rayons, quand John entra, et annonça, (&ns le pathos le plus gourmé des laquais, son excellettûe le marchese Gristoforo di Gumpelino.

— Qu'il soit le bien^voiu ! -^£t vous, docteur, vous allez faire connaissance avec un pair de notre royaume des fous. Ne vous heurtez pas à son extérieur, surtout à son nez. C'est un homme qui possède d'excellentes qualités^ par exemple, beaucoup d'argent^ de l'esprit peutêtre, et la manie de réunir en lui toutes les ex^o travagances de l'époque. Et puis, il >est amoureux de mon amie Julie Maxfield aux yeux verts ; il la nomme sa Giulietta, et s'intitule^ lui,

son Koméo , et déelame et saupire. • . Et lord Maxfield, le beau-frère, à laquelle la fidèle Giulietta a étë confiée par son époux , est un Argus...

J'allais remarquer qu'Argus surveillait une vache , quand la porte s'ouvrit toute grande, et, à mon très-grand étonnement, mon ancien ami le banquier Christian Gumpel entra avec son sourire de satisfaction et son gros ventre. Quand il eut suffisamment essuyé ses grosses lèvres luisantes sur la main de mylady , et débité les questions sanitaires d'usage, il me reconnut aussi, et les deux amis se jetèrent dans les bras Tun de l'autre*

L'avis que m'avait donné Mathilde de ne pas me heurter au nez de cet homme était suffisamment fondé, et peu s'en fallut que ce nez ne me crevât un œil. Je n'en veux pourtant pas dire de mal , au contraire : il était de la plus noble forme, et il autorisait même mon ami à se donner un titre de marquis tout au moins ; car on reconnaissait facilement, à cette partie da visage, que l'homme était de bonne noblesse, et

qu'il descendait d'une famille vieille comme le monde , dans laquelle le Bon-Dieu s'est jadis apparenté sans. crainte de noiésallianee.: Il est vrai que cette faj^iUe est un peu déchue depuis ce temps, tellement, qu'après le i^ne de Charlemagne, il lui a fallu gagner son pain en trafiquant de vieilles culottes et de billets de la loterie de Hambourg , sans poui^ cela rien perdre, de son orgueil nobiliaire ni abandonner l'espoir de recouvrer un jour les biens de ^es ancêtres, ou du moins une indemnité d'émigrés , quand son vieux souverain Intime aura accompli sa promesse de restauration, promesse avec laquelle il.prom^ène ces gêna depuis dix-huit cents ans par ,1e nez. Peut-être que leurs n^ jie sont devenus si longs que par suite de cette longue pronotenade. Ou bien ces grands nez sont-ils unje sorte d'uniforme auquel le # dieu-roi J^hovah re^conn^^t sq^ anciens gardasdjn-corps.^ mêinç quand i)§ 0Qt,4^ésfrté. Le m^qui^ <^ump)çlin<). étçd.^^ipp 4é ces déserteurs,; mais il portait toujours sçp uniforme^ qui étaif fort brillant, et semé .c^ petites croix et de petites étoiles de rubis, plus un aigle rouge en miniature, et d'autres décocations encore, r— Voyez-voti», dit myi^sâjif voilà mon aez fa-

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vori , et je ne coim^ds pas au momie de fkoÈ belle fleur.

— Cette fleur, dit Gumpelino, je ne puis la placer sur votre beau sein smis y ajouter ma figure fleurie, et ce supplément vous gênerait peut-^re un peu par la chaleur qui court; mais je vous apporte une autre fleur non moins belle, <[ui est rare itA...

'- A ces mots, le marquis ouvrit un cornet de papier de soie qu'il avait apporté, et en tira, avec de lentes précautions, une magniiique tulipe.

A peine mylady eut-elle aperçu la fleur, qu'elle se mît â crier à tue-tète : — Meurtre! meurtre !* Tous voulez donc m'assassiner? Delivrez-moi de cet horrible aspect ! Elle se démena comme si Ton eût Voulu la tuer, se mit * les mains devant les yeux, courut comme une folle autour de la ehamlire, maudit le nez et la tulipe de Gumpéllho, sonna, frappa du pied^ frappa de sa cravache le chien, qui se mita hurler, et quand John eîitra, elle s*écria comme Kean, dans l^ichard 1IÏ : " - • « -

••' 'ij

Un choriÂ*tu0rdi^ët! ' ' .

a* Mon roytum^pdor.iin cheTftU

Et elle se précipita hors de la chambre comme un ouragan.

— Curieuse femme ! dit Gumpelino, immobile d'étohnement, et tenant toujours sa tulipe dans sa main, ce qui le faisait ressembler à ces idoles qu'on voit, tenant un lotos, sur les vieux monuments de l'Egypte. Pour moi , qui con-* naissais beaucoup mieux la dame et son idiosyncrasie, ce spectacle m'amusa par-delà toute mesure ; j'ouvris la fenêtre, et m'écriai 2 — Mylady! que dois-je penser de vous? Est-ce là de la raison, de la convenance ? surtout, est-ce là de l'amitié?

Alors, elle m'envoya au milieu d'un éclat de rire cette folle réponse :

Quand je serai à cheval, je te jurerai

Que je t^aime infiniment !

: 'iJ

— ^ Une curieuse femme ! répétait Cumpelino quand nous nous mimes en route pour aller faire Tinte à ses deux amies, signora Letizia et signora Francesca, ayec lesquelles il voulait me faire faire connaissance. Comme la maison de ces dames était située sur une hauteur un peu éloignée, j'appréciai avec d'autant plus de gratitude la bonté de mon gros ami, qui trouvait la promenade dans les montagnes un peu

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pénible» et s'arrêtait à chaque coUine pour réapprendre haleine^ en poussant un soupir avec un : Douit Jésus 1

Les habitations des bains de Lucques sont situées dans un village enfetmé par de hautes montagnes, ou assises sur Tune de ces mêmes montagnes , non loin de la source principale. Un groupe pittoresque de maisons a vue sur cette ravissante valléCé Mais il en est quelquesunes solitaires » éparpillées surJes pentes^ auxquelles il faut grimper péniblement au travers de vignes, de myrtes, de chèvrefeuilles, de lauriers, d'oliviers, de géraniums et autres fleurs et nobles plantes, véritable paradis sauvage, Je n'ai Jamais vu de vaUée plus ravissante, surtout quand de la terrasse du bain supérieur où s'élèvent les sombres cyprès^ on plonge sur le village. Ony.vbit le pont, qui passe sur une petite rivière qu'on appeUe la Lima^ laquelle, partageanten deux parties le villagl», se précipite à chaque extrémité en petites cascades sur des masses de rochers, et y fait grand bruit, comme si elle votilait dire les plus jolies choses , et que sa voix fût incessamment couverte par le bavardage multiple^ des échos.

Le charme principal de cette vallée consiste I. 12

i8â REISEBILDER.

sans doute en ce qu'elle n'est ni trop grande ni trop petite 9 que l'âme du spectateur ne s'y sent point violemment dilatée , mais qu'elle trouve^ an contraire, à se remplir coinpiétement de ce délicieux aspect. Les cimes des mont^^es el-les-mémeâ^, comme dans tdùle la chaîne des Apennins, loin d'être défigurées eh découpures grotesques, ainsi que les caricatures de montagnes que nous trouvons dans les pays gerinaniques aussi souvent que les caricatures d'hom^ mes, s'y déroulent, au contraire, en formes arrondies et verdoyantes, qui semblent exprimer une civilisation artistique, et s'harmoni* «<ent mélodieusétnënt avec le bleu pâle dû ciel. **^Doux. JésuW !• dit en gémissant Gumpelino, alors que, échauffés déjà quelque peu par notre nofonlée laborieuse et par le soleil du mâtin, neu^ eûmes ai^teiiit lâ^ Susdite colline de cyprès, et qu'en abaîssanijles yeux sur le village, nous vtmès' nôtre amie anglaise, droite etfière sur ^€^n cheval, passer, comme une apparition de £éeri.e, au galop sur le pont, et disparaître aussi ra{)i(lemeiit; -^ Oh^ mon doux Jésus, quelle curieuse femme! répéta plusieurs fo^s le marquis. Dans toute ma vie ordinaire^ je n'en ai pas encore rencontré - une pareille. Ce n'est que

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dans les çemédies qu'on en tromye de semblables, et je crois par exemple que la Holzbecher jouerait ce rôle à merveille. Elle a quelque chose d'une ondine. Qu'en dites-vous?

-^e penseque vous avez raison, Gump^lino.

Quand je fis avec elle la traversée de Londres àfiotterdam,^'le capitaine de notre bâtiment dirait qu'elle resseiHblait à une rose saupoudrée de poivre. Pour le rexDerckr de cette piquante eamparaison, elle lui versa une pleine poivrière sur la tête quand. 0lle le trouva endormi dan» la cabine^ et l'on pe pouvait plus approcher le pauvre honwie amsis ôternuer.

— Une curieuse femme ! répéta Gumpelino :

auisi délicate que la soie blanche et aussi forte, ^e est à cheval aussi solide que moi Pourvu qu'à là fin elle si'y ruine pas sa santé. ]K'aves&*vous pas vu le long et maigre Anglais qui s'élançait ^w^ sa maigre béte à sa suite ^ cootme la pulia^onii^ au galopa Ce peuple se. livre avec tro][^ de passion à cet exercice, et déposerait tout l'argent du monde en chevaux.

Le- èhayèl .bla^P de lady Maxfield coûte trois cent» h(ms louis d'or vivants ^..^ >^h! et Jles louis d'or s«M@it si chers » et ilf mpnlent encore tous les jottrs, ' t

l84 REI9EB1LDER.

— Oui, les louis d'or monteront si haut que de pauvres gens de lettres comme moi ne pourront plus les atteindre.

— Vous n'avez pas d'idée , docteur, de tout l'argent qu'il me faut dépenser; encore, je me contente d'un seul domestique. Seulement, quand je suis à Rome, je paie, en outre un chapelain pour ma chapelle particulière. Tenez , voilà mon laquais Hyacinthe qui vient.

La chétive figure qui paraissait alors au détour d'une montée aurait plutôt mérité le nom de Pivoine. C'était un large et flottant habit de drap écarlate , chargé de galons d'or qui brillaient aux rayons du soleil, et du milieu de cette rouge magnificence sortait uuje petite tête en sueur qui me fit un signe de vieille connaissance. En effet, quand j'observai de plus près ce mince visage blanchâtre et soucieux, et ces yeux clignotants et affairés, je reconnus quelqu'un que j'aurais plutôt attendu sur le mont Sinai que sur les Apennins , et qui n'était autre que Hirsch, sous-bourgeois de Hambourg, homme qui ne s'est pas toujours borné à colporter fort honnêtement des billets de loterie, mais qui se connaît aussi en cors aux- pieds et en joyaux, de sorte que non-

seulement il sait distinguer les premiers des seconds, mais qu'il s'entend aussi à couper fort adroitement les cors , et à estimer les joyaux à leur juste valeur.

— J'espère, me dit-il quand il fut près de moi ,. que tous me reconnaissez encore , quoi- •que je -ne m'appelle plus Hirsch. Je m'appelle maintenant Hyacinthe , et suis valet de chambre de monsieur Gumpel.

. — Hyacinthe V s'écria celui-ci en colère et tout étonné de l'indiscrétion de son domestique.

— Mais soyez donc tranquille, monsieur Gumpel, ou monsieur Gumpelino , ou monsieur le marchese, ou voti*e excellence, nous n'avons pas besoin de nous gêner devant le docteur. Il me connaît; il a pris chez moi plus d'un billet deloterie, et je jurerais presque qu'il me doit encore pour le dernier tirage sept marcs et neuf schillings.... Je suis vraiment bien content, monsieur le docteur, de vous revoir ici. Est-ce que vous av^ aussi dans ce pays quelques affaires d'amusement? Et que faire ici, dans cette chaleur, avec cela qu'il faut sans cesse monter et descendre ? Le soir, je suis aussi fatigué que si j V vais couru vingt fois de la portç d'Alton^i ^ 1$^

porte Steintor, sans avoir gagné un paitYve kreutzer.

— Oh , Jésus ! s'écria lé marchese , tais^oi , tais-toi donc ! je vais prendre tin auti^ domestique.

— A quoi bon . me taire ? répliqua Hirsch Hyacinthe; )'ai du plaisir , après tout,- quand )e puis parler encore une fois de bon allemand avec une figure que j'ai vue autref<»8 à Hambourg; et quand )e pense à Hamb<»ui^....

Ici le souvenir de sa petite patrie marâtre fit briller d'une clarté humide les petits ywx du petit homme, et il dit en soupirant t — Ce que c'est que l'homme ! on s'en va se promener avec plaisir devant la porte d'Altona , et l'on y voit les curiosités, les lions, les oiseaux, les perroquets , les singes , les hommes merv^lleyx , on se fait tourner en carrousel ou électriser , et Y^n se dit : Qtte j'aurais donc de plaisir dans un pays bien éloigné de Hambourg, de deux mille lieues , dans un pays où poussent les oranges et les citrons , en Italie I Ce que c^est que l'homme ! est41 devant la porte d'Altona , il voudrait être en Italie , et quand il est en Italie , il voudrait être revenu devant la porte d'Altona! Ah! si j'y étais encore, et que j'yre-

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visse la tour de Saiat-Michel, et, tout, en haut, l'horloge avec les grands chiffres d'or sur le cadran , les grands chiffres d'or 'que j'ai considérés si souvent l'après-midi quand ils brillaient si gaiment au soleil. . . . J'aurais voiilu souvent les baiser, les chiffres d'or! Héls^s! )e suis maintenant en Italie, où poussent les oranges et les citrons ; mais quand je vois pousser les citrons et les orangés , je pense au 3teinweg à Hambourg , où ils sont commodément empilés par charretées , et où l'on en peut avoir à son aise sans qu'il soit besoin d'escalader tant de casse- . cous de montagnes , et de supporter tant de chaleur brûlante. Aussi vrai que Dieu me soit en aida, monsieur le marchese, si ce n'était à cause de l'honneur et de la civilisation, je ne vous aurais pas suivi ici. Mais il faut dire cela de vous : On a. de l'honneuf avec vous, et l'on se forme.

— Hyacinthe , dit alors Gumpehno , un peu adouci par cette flatterie, va maintenant chez ..»

— ^ Je sais d^à.

, — Tu ne sais pas, te dis-je, Hyacinthe....

— Je vous dis , monsieur Gumpel, que je le sais. Votre excellence veut m'envoyer maintenant: chez lady Maxfield. On n'a pas bespin de

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me dire les choses ; je sais vos pensées avant que vous les ayez , et celles que vous n^aurez peut-être jamais de votre vie. Un domestique ôonàme moi, vous n'en aurez pas si facilement.... Et puis je le fais à cause de l'honneur et de la civilisation , et réellement Ton a de l'honneur chez vous, et Ton se forme. •• A ces mots , il s'essuya le nez avec un mouchoir de poche très-blanc.

— Hyacinthe, dît le marchese, tu vas mainte^ nant aller chez làdy Julie Maxfield, chez ma Julietta.; tu lui porteras cette tulipe;... aies-en bien soin, car elle coûte cinq paoli;.. et tu lui diras...

— Je sais déjà... •

— Tu ne sais rien ; dis-lui : La tulipe est par^ mi les fleurs...

— Je sais déjà ; vous voulez lui dire quelque chose en langage de fleurs. J'ai fait moimême une devise pareille pour bien des billets de loterie dans ma recette...

— Je te dis , Hyacinthe , que je ne veux pa% de tes devises. Porte cette fleuràlady Maxfield^ et dis-lui :

La tulipe est parmi les fleurs Ce qu*e$t parmi les fromages le strachino ;

ITAIIE. 1 89

Mais, plus que fromage et que fleur T'idolâtre Gumpelino !

— Aussi vrai que Dieu puisse me donner tontes les richesses , c'est très-bien ! s'écria Hyacinthe. Eh 1 ne me faites pas de signes , monsieur le marquis ; ce que vous savez , )e le sais, et ce que je sais, vous le savez. — Et vous, mon« sieur le doctçur , portez-vous bien. Je n'ai pas l'intention de vous rappeler la petite bagatelle.

 ces mots il redescendit la colline en marmotant sans relâche : Gumpelino, Strachino. . . . Strachino , Gumpelino.

— C'est un homme dévoué, dit le marquis ; sans cela je l'aurais renvoyé depuis long-temps, à cause de son manque d'étiquette. Devant vous , cela est sans conséquence. Vous me comprenez. Gomment trouvez-vous sa livrée? Il y a pour 4o thalers de galons de plus qu'à la livrée des domestiques de Rothschild. Au fond, j'ai grand plaiàir à voir comme ce pauvre homme se perfectionne avec moi. De temps à autre , )e lui donne moi-même des leçons de civilisation. Je lui dis souvent 2 Qu'est-ce que l'ai^ gent ? l'argent est rond et roule bien vite , mais la civilisation reste. Oui, monsieur le docteur, si jamais , ce qu'à Dieu ne plaise , je venais à

igO REISEBILDER.

perdre mon argent, du moins resterais -je toujours un grapd connaisseur en fait d'arts, un conpiaisseur en peinture , en musique et en poésie. Vous pouvez me bander les yeux et me conduire dans la galerie de Florence, et à chaque tableau devant lequel vous me placerez , je vous noinmerai le peintre qui Ta peint , ou du moins Técole a laquelle appartenait ce peintre. Et la musique ! Bouchez-moi les oreilles , et je vous promets pourtant de distinguer toutes tes fausses notes. La poésie? Je connais toutes les actrices d'Allemagne, et sais tous les poètes par cœur. Et la nature! J'ai fait deux cents lieues , voyageant jour et nuit, pour aller en Ecosse voir une seule montagne. Mais l'Italie est au-dessus de tout. Comment trouvezvous cette partie de la nature ? Quelle création ! Voyez donc les arbres , les montagnes , le ciel , et l'eau là-bas!.. Tout cela n'a-t-il pas Tair d'une peinture? Avez-vous rien vu de mieux au théâtre? On devient presque poète. Les vers vous viennent à l'esprit :

Se taisant, dans le voile du crépuscule du soir, La plaine repose, le chant des bocages expire : Seulement ici , entre des murs vieillissants, Un grillon crie encore d'une manière mélancolique.

ITAUE. 191

Le marquis déclama ces sublimes parqles avec un débordement d'émotion , en portant des regards élégiaques sur la riante vallée )oyeuse de Téclat du soleil matinal.

Un jour que j'étais allé, par une belle jourfkée de printemps, me promener sous ]es tilleuls à Berlin , je vis marcher devant moi deux femmes qui se turent long-temps , jusqu'à ce qu'enfin l'une d'elles dit avec un soupir de langueur : Oh ! la verdure des arbres ! Sur quoi 9 l'autre , toute jeune fille , dit avec un étonnement naïf : Maman , ^ue vous fait donc la ver^ dure des arbres ?

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Je ne -pus m'empécher de remarquer que ces deux personnes n'étaient point vêtues de soie, mais qu'elles n'appartenaient pourtant pas à la populace , d'autant plus qu'il n'y a pas de populace à Berlin , si non dans les classes les plus élevées. Quant à cette question naïve, elle ne me sort pas de la mémoire. Partout où je prends sur le fait un faux sentiment de la nature, et quelque hypocrisie verdoyante de cette espèce , elle revient comme un rire éclatant me réjouir l'esprit. J'entendis en moi ce rire pendant la déclamation du marquis, et lui , devinant l'ironie sur mes lèvres , s'écria avec humeur : Ne me troublez pas. . . Vous n'avez pas le sentiment de la pure nature. . . Vous êtes un homme déchiré , une âme déchirée , et pour ainsi dire un Byron.

Cher lecteur, appartiendrais-tu à ces pieux oiseaux qui font ch<Hrus dans cette litanie du déchirement byronien, qji'on m'a sifflée et ga<^ souillée de toutes les manières aux oreilles depuis plus de dix ans, et qui avait, comme tu viens de le voir , trouvé son écho , même dans la cervelle du marquis? Hélas! cher lecteur! si tu veux déplorer ce déchirement, déplore plutôt que le monde lui-même soit déchiré en

194 REI8£BII<DER.

deux. St comitpie le oœur du poète e^t le point Oeotral du monde , il lui a bien fallu de nos îours se sentir douloureusement dé^^hirer. C^ lui qui se vante à*wfm couen^. m cour potier e^ etranpàct^ ardue seulement qii*il a to ocetir prosaïque tenu à l'écart dans son ci^n. Pour le mien, la gprande di^chirure du moAde Ta partagé, et c'est à cela qUe j'ai reeonnu que les grande dieux tn'ont ftiTorité de préférence à beaucoup d'autres, et qu'ik m'ont jugé di^ gnc du martyre de poÔte;

Jadis , le monde fut d'une seule pièce , dans l'antiquité et dans le moyen-^â^e. En d^it dès querellas extérieiliies, il y avait toujours une unité du monde , et il ^ avait des poètes entiers; Honorons ces poètes et jottiBsons de kiÉr génie; mais toute imitation de leub unité ^est un mensonge, un mensonge qui sauté eux yeni clairvoyants , et qui n'écàappe pas iaou ridicule. Dernièrenjent , j'ai.pu me proèiiHBr aVeebbaucoup ê» pieinie à B^rKo. >)es velr^ d'np de ces poêlés entiers ifui.tmt tibt dépl0Fé;fi)on déchirement byroDien>; et du AiiHeti' àe$ verdures^ mensongères, Hës ^tmdims .sbntfoieàte 4e la nature , dont le pàrfnisi'me'iiKlnttât ça et là comme celui du foia neâuveau, mon pauvre

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cœur, déjà bien déchiré, faillit éclater de rire^ et )e m'écriai ininoloDtaireinent : — Mon chet mbnsieur le conseiller de Tintendance WiUielib Nauinann , que tous fait dooc la verdure d^ arbres?

— Vous êtes un homme déchii/é, pour ainsi dire, un Byron!... répéta le marquis, puis il plongea encore son regard d'élu dans la vallée, fit claquer plusieurs fois sa langue contre son

palais en signe d'admiration pieuse — Dieu!

Dieu ! tout cela a l'air d'une peinture !

Pauvre Byron ! de si pures jouissances te furent refusées! Ton cœur était-il donc corrompu à ce point que tu n'as pu que voir la nature et seulement la peindre ? Ou bien Bishy Shelley a-t*il raison quand il dit que tu as surpris la nature dans sa chaste nudité, et que pour ce crime, tu fiis , comme Âctéon, déchiré par les chiens ?

Assez. Nous arrivons à un sujet' plus aimable , à la demeure de signera Letizia et de Francesca, petite fabrique blanche qui parait presque encore en négligé. On voit à l'entrée deux grandes fenêtres rondes, devant lesquelles des vignes élevées laissent retomber leurs pampres, de sorte qu'on dirait d'une chevelure

verte épandue avec toute la richesse de ses boucles sur les yeux de la maison. Dès le seuil de la porte, nous sommes accueillis par des résonnances de toute espèce, fredqns roulants, sons de guitare et rires joyeux.

Signora Letizia, jeune rose de cinquante ans, était au lit, et fredonnait et babillait avec ses deux galants, dont Fun était assis sur un petit escabeau devant elle, tandis que l'autre, étendu dans un grand fauteuil , pinçait de la guitare. Dans la chambre voisine, voltigeaient aussi de temps à autre les lambeaux d'une douce canzonnetta , ou d'un rire plus délicieux encore. Le marquis, avec une certaine ironie à bon compte qui lui prenait quelquefois, me

igS REISCBILDSR.

présenta à la signora et à ces deux messieurs , en faisant remarquer que j 'étais le même Jean- ' Henri Heine, docteur en droit, qui était maintenant célèbre dans la littérature juridique d'Allemagne. Par malheur , l'un de ces messieurs, professeur de Bologne , était justement un jurisconsulte, quoique son yentre bien arrondi semblât lui donner qualité pour occuper une place dans la trigonométrie sphérique. Un peu embarrassé, je fis observer que je n'écrivais pas sous mon véritable nom , mais sous celui de Jarke ; et je le dis par modestie , parce que ]e , me rappelai par hasard un nom des insectes les plus insignifiants de notre littérature juridique. Le Bolonais regretta, à la vérité, de n'avoir pas encore entendu ce nom illustre , ce qui t'ar-. rive sans doute aussi, cher lecteur ; mais il ne

doutait pas qu'il ne répandit bientôt son éclat sur toute la terre. Puis, il se renversa de nou-« veau sur son siège, racla qudques accords sur sa guitare, et chanta l'air d'Assur :

O Brama tout-puissant !

Daigne prêter Torcille A la tremblante voix De la faible innocence , D* la faible^., de la faible...

ITALII. 199

Une mélodie semblable éclata dans la chaml>re Yoisine, comme Técho lutin de la voix d'un xossignol. Cependant signoraLetibda fredonnait ^¥ec le âoprano le plus aigu :

Pour toi sQul s'empourpre ma joue , Pour toi seul bouillonne mon sang ; Oh ! pour toi seul mon cœur se gonfle De la douce langueur d*amour.

JEt elle ajouta ensuite en prose , avec .la voix la plus grasse : — Bartolo , donne-moi le crachoir.

Bartolo se leva de son tabouret sur ses jambes desséchées, et présenta respectueusement un pot de porcelaine bleue un peu sale.

Ce second galant était, à ce que me dit Gumpelino en allemand, uupoète fort célèbre, dont 1^8 chants , composés il y a plus de vingt ans , résonnent encore dans toute l'ItaUe, et enivrent jeunes et vieux de Tardeur amoureuse qui les anime. Pourtant il n'est aujourd'hui qu'un pauvre diable vieilli , avec les yeux éteints dans un visage fané, de maigres cheveux blancs sur une tête branlante , et la froide pauvreté dans son cceur soucieux. Un tel poète, vieux et pauvre, avec son chauve amaigrissement, ressemble

290 RIISEBILDEK.

aux ceps de TÎgne^ue nous voyons dans Thiver sûr les froides montagnes, secs, effeuillés, tremblants à tous les vents, et chargés dé neige, pendant que la douce liqueur sortie de leurs veines va réchauffer, dans les pays les plus éloignés, le cœur de maint buveur, qui s'enivre en chantant leurs louanges. Qui sait si un jour, alors que Timprimerie, pressoir des pensées, m'aura épuisé jusqu'à la dernière goutte, et qu'on ne •pourra plus trouver que dans les magasins de Hoffmann et Campe * mon vieil esprit soigneusement soutiré, je ne serai pas assis à mon tour, maigre et attristé comme le pauvre Bartolo, sur une escabelle, auprès du lit d'une vieille amoureuse, et si je ne lui présenterai pas le crachoir.

Signora Letizia s'excusa auprès de moi de ce qu'elle était au lit, et même sur le ventre, parce qu'un abcès au bas des reins, qu'elle s'était attiré en mangeant immodérément des figues, l'empêchait alors d'être couchée sur le dos, comme il convient à une femme honnête. Elle avait en effet la pose d'un sphinx; sa tête, frî- ■sée en hauteur , s'appuyait sur ses deux bras,

* -Libraires à Hambourg.

ITÀUX. 20 1

entre lesquels flottait un sein comme une Mer- Rouge.

— ^ Vous êtes Allemand? me dit-elle.

— Je suis trop homme d'honneur pour le nier, signora, répondls-je.

— Hélas! les Allemands ont de l'honneur suffisamment, dit-elle avec un soupir ; mais à quoi sert que les gens aient de Thonneur, s'ils nous Tolent l Ils ruinent l'Italie. Mes meilleurs amis sont en prison à Milan ; rien qu'esclavage. . .

— Non, non ! s'écria le marquis ; ne vous plaignez pas des Allemands : nous sommes des conquérants conquis , des vainqueurs vaincus aussitôt que nous arrivons en Italie ; et voo^ voir, signora, vous voir et tomber à vos pieds, ne sont qu'un... Puis, après avoir étalé son mouchoir de soie jaune, et s'être agenouillé dessus, il ajouta : — Je me mets ici à vos genoux, et vous rends hommage.^u nom de toute TAllemagne.

— Cristoforo di Gumpelino , dit avec un soupir languissant la signora, levez-vous et emr brassez-moi.

Mais pour que ce tendre berger ne dérangeât pas la coiffure et le fard de sa belle, celle-ci ne le baisa pas sur ses lèvres brûlantes, mais sur

son front gfrâciéûx , de sort^ ((ue le visage plongea plus bas, et que le nez, gouvernail de ce visage, rama dans la Mer-Routge.

— Sîgnor Bartolo , m'écriai - je , permettezmoi de me servir aussi du crachoir.

Signôr Bartolo sourit tristement, mai? sans dire uri seul mot , quoiqu'il passât à Bologne pont le meilleur professeur de langues après Mez2offâfÉLte. Nous n'aimons pas à parler, quand parler est notre profession. Il servait là signera comme un chevalier muet , et ne savait plus que liii réciter de temps en temps les vers qu'il liii avait jetés sur le théâtre, il y avait tingtclnq ans, quand elle débuta à Bologne, dans le i^ôle d'Ariane. Lui-même était sans dotfté alors brûlant et fleuri ^ peut-être semblable à Bacchtts eti personne, et sa Léti^ Ariane comme une bacchante, s'était jetée danfif seft bràâ àméureux.'... Bvoé Baùche! Il écrivit dftm ce temps bien des poésies amouretiN^s , qui se dont conservées , comme je l'ai dit, dans la litt^àtûi^ italientie, l<mg-temps après qtte le

poète et sa bien-aimée sont devenus iliai^a> lute.

Sa fidélité s'est déjà maintenue pendant Tingt-^cinq ans, et je pense que son dernier

:io3

}Qiur pourra bien le trouver assis sur Tescabeau, <*écitaat des vers, ou préseat&nt le crachoir ad libifum. Le professeur de jurisprudence se traîne aussi depuis la mêoie époque dans les fera de la signora; il^ lui fait la cour avec le même empressement qu'au commencement de œ siècle; il lui faut encore aujourd'hui ajourner impitoyablement ses leçons publiques, qiiand elle lui demande de Taccompagaev quelque part , et toujours il reste grevé desi servitudes d'un v^itable patUo.

La fidèle constance de ces deux adorateurs d'upç beauté tuinée depuis long--temps , est .pautnètre de l'habitude , peut-être de la piété pour d'anciens sentiments , peut'^tre le sentiment lui-même qui s'est maintenu tout-^-fait indépendant de son ancien objet, et ne le considère plus qu'avec les yei^x du souvenir. C'est -^ônsi que nous voyons souvent, dans les villes «alhaliques, de vieilles gens s'agenouiller au coin des rues devant une madone tellement ^AUe et dégradée^ qu'il .n'en reste que quelques €iHitoitt*s;^ iWi même qu'ep n'y voit rien que la l^be où elle était peinte , et tout au phis la lumpe suspendue au-dessus. Mais le? vieilles gens qui a'jr agenouillent si déyotement avec le

âo4 KEISEBILDER.

rosaire dans leurs mains tremblantes, s'y sont agenouillés dejïuis leur enfance ; l'habitude les amène à la même heure, à la même place. Ils * n'ont pas remarqué la disparution de leur image chérie ; et puis à la fin , l'âge affaiblit ou perd la vue , de sorte qu'il peut être tout-à-fart indifférent que l'objet de notre dévotion soit visible ou non. Ceux qui croient sans ^ voir sont, dans tous les cas , plus heureux que les clairvoyants, qui remarquent tout de suite la moindre gerçure au visage de leur madone* Oh l rien n'est plus affreux que de pareilles découvertes ! Jadis, il est vrai, je croyais que l'infidélité était la chose la plus horrible chez les femmes , et pour leur dire alors la plus horri* ble injure, je les appelais des serpents. Mais, hélas! je sais maintenant que le plus horrible, c'est qu'elles ne sont pas tout-^à-fait des ser* pents , car les serpents rejettent chaque année la vieille peau , et se rajeunissent avec une neuve. . -

Je ne pus remarquer si l'un des deux antiques Céladons était jaloux de ce que le marquis, ou pour mieux dire, son nez, nageait, comme je l'ai dit, dans les délices. Bartolo resta esÀme sur son petit. banc, ses jambes dewé-

ITALIt. i05

chèes croisées Tune sur l'autre , et il jouait avec le petit chien de la signora, un de ces jolis petits animaux qui sont indigènes à Bologne, et que Ton connaît aussi chez nous soiis le nom de Bolonais. Le professeur ne se trouva pas dérangé le moins du monde dans son chant, que parodiaient quelquefois les fous rires dans la chambre voisine. Souvent il in-* terrompait de lui-même ses froufrous pour m'ennuyer de questions juridiques. Quand nous n'éâons pas du même avis , il faisait pleuvoir un déluge d'accords avec un cliquetis de citations. Pour moi, j'appuyais mon opinion de l'autorité de mon maître , te grand Hugo, qui jouit d'une grande réputation à Bologne , sojus le nom d'Ugone ou d'Ugolino.

— C'est un grand homme! disait le professeur; puis il raclait et chantait :

JiC son de sa douce yoix Vibre encore à ton oreille.

Et la douleur qu'elle a fait naître Est le vrai bonheur d'amour.

On respecte aussi beaucoup à Bologne , Thiebaut, qiteles Italiens nomment Tibaldo ; cependant on y connaît- moins les écrits de ce»

2o6 R£1S£RILIIER.

savauls que leurs vues principales et leurs dis* sideacei. Je trouvai aussi que Gaus et Savigoy n'y étaient connus que de nom. Le professeur ctoyait que ce dernier était une femme »• wnte.

—Vraiment, dit-il » quaod ye Feus tiré de cette erreur très*^xcu3able, ce n'est pas une femop^ei Ou m'a donc donné des renseignements faux.

On était allé jusqu'à me dire que le signer Gm$ avait un jour dans un bal invité cette dame à dansa? , qu'il en avait essuyé un refus , et qu'il &ÛL était résulté une inimitié littéraire.

— On vous a dans Le fait mal instruit. Le signor Gana ne danse pas du tout , et cela par une raison philantl^ropique , pour ne pas produire un tremblement de terre. Cette invitation a la danse est probablement une allégorie mal comprise. On aura représenté l'école historique et l'école philosophique sous l'embléine de danseurs , et , par extension de cette idée, imaginé peut-être un quadrille d'Ugone, Tibaldo, Gans et Savigny. Et peut-rêtre en continuant ainsi, dit-on, que le signer Ugone, encore qu'il soit le Diable^Boiteux d» la jurisprudenee^ fait d'aussi îolis pas que la Lemierre, et que le signer Gans a, dans ces derniers

temps, essarfé quelques sants périlleux qui en ont £aût le Yestris de Fécole philosophique.

— Lesignof Gans, dit par forme de rectification le professeur, ne danserait alors qiie d'une manière altég^orique et pour ainsi dire méta^ phorique. — Puis tout-i-coup, s*interrompant , il ressaisit les corder de sa guitare , et au mi- Ueu du pêle-mêle d'accords le plus extravagant, il se mit à chanter comme un fou :

II* est yrai que son nom chéri De tous les cœurs est la joie.

Que la mer mugisse en courroux , Que le ciel partout s'obscurcisse, De Tarare on entend le nom GouTrir la Toix de la tempête , Gomme si le ciel et la terre Se prosternaient deyant ce nom.

Quant au sieur Gœschen , le professeur ne savait pas qu'il existât. Il y avait de cela des raisons fort naturelles , attendu que la réputa-* tion du grand Gœschen n'est pas arrivée jus^ qu'à Bologne, mais seulement à Poggio, qid en est éloigné de quatre lieues d'Allemagne , et où eUe séjournera eng^re quelque temps pour son plaisir. Gœttingue même n'est pas encore assez connue à Bologne. On aurait pu imaginer

âoS AEISEBILDER.

le contraire à cause de la reconnaissance , car elle s'intitule d'ordinaire la Bologne germanique. Je ne veux pas examiner si cette dénomination est juste. Dans tous les cas, les deux universités se distinguent par cette petite différence 5 qu'à Bologne on trouve les plus petits chiens et les plus grands savants , et à Gœttingue , au contraire , les plus petits savants et lés plus grands chiens.

Quand le marquis Cristoforo de Gumpelino retira son nez de la Mer-Rouge comme le dé^ funt roi Pharaon, son yisage étincelait d'une sueur de satisfaction. Profondément ému, il promit à la signora de la conduire à Bologne dans sa voiture aussitôt qu'elle pourrait s'asseoir. Il fut convenu en outre que le professeur se rendrait d'avance dans cette ville ; mais que Bartolo irait avec la voiture du marquis, sur le

210 REISEBIIDER.

siège de laquelle il serait très-bien , et pourrait tenir le petit chien , et qu'enfin on serait rendu au bout de quinze jours à Florence, où signera Francesca , qui devait partir avec mylady pour Pise , aurait eu le temps dé revenir. Pendant que le marchese supputait sur ses doigts les frais du voyage , il bourdonnait ' en apparence le Di tanti palpiti. Signora, de son côté, jetait les roulades les plus éclatantes, et le professeur parcourait comme un ouragan , à pleine main , les cordes de sa guitare, en chantant des paroles si brûlantes que la sueur lui* coulait du front et les larmes des yeux , lesquelles se réunissaient en un seul cours d'eau dans les ravins de son visage. Au milieu des chants et des sons, la porte de la chambre, voisine fut arrachée tout d'un coup , et au milieu de nousbondit un être. ...

vous! muses de l'ancien .monde et da monde nouveau , vous-mêmes muses non eor-

core découvertes! vous qui ne devez être ado-

rées que par les générations futures, et que j'ai -pressenties depuis long- temps dans les bois et sur la mer, donnez-moi, je vous en conjure, des couleurs pour pendre l'être qui est, après la vertu , la plus belle chose de cet univers.

ITALIIS. 211

Ira rertu, cela va sans dire, est la première de toutes les belles choses; le créateur la para de tant de charmes, qu'il sembla qu*il ne pouvait rien produire de plus admirable , mais il rassembla encore ses 'forces, et, dans un moment favorable , il créa signora I^ancesca , la belle danseuse, le plus grand chef-d'œuvre €j[u'il ait produit depuis Tenfantement de la vertu, chef-d'œuvre dans lequel il ne s'est pas répété le moins du monde, comme les maîtres terrestres dont les derniers dttvre^[es ap- -paraissent avec des beautés empruntées aux premiers. ... — Non ; signerai Francesca est une création toute originale; elle n'a pas la moindre ressemblance avec la vertu, et il est des connaisseurs qui la trouvent tout aussi belle, et ne reconnaissent à celle^i que Favatitage de ^ancienneté. Mais est<fe donc un grand défaut pour une danseuse d'être trop jeune de quelipies six mille ans ?

Je la vois encore, arrivïmt, pair la pôrte'brusquement - ouverte , d^un'bpnd au milieu de ta chambre, faisant aussitôt une pirouette interminable , puis se jetant de toute sa longueur sur le sopba, semettant les mains sur lesyeux^ et s'écriant, hors d'haleine : — Ah, que je suis

7 1 2 REI5BBILDER.

fatiguée de dormir ! Alors s'approche le marquis , lequel lui débite une longue harangue dans sa manière ironiquement empesée et respectueuse, qui contraste d'une façon tout énigmatique avec sa fade sensiblerie ordinaire, et plus encore avec ce ton brusquement haché que je lui connaissais , quand un souvenir soudain le rappelait à ses affaires pratiques. Cependant cette manière n'avait rien de faux; elle s'était peut-^être formée naturellement en lui précisément parce qu'il manquait de la hardiesse suffisante pour annoncer du premier coup cette supériorité à laquelle il se croyait droit par l'argent et par l'esprit, et qu'il cherchait lâchement a masquer sous l'expression de l'humilité la plus exagérée. Son large sourire avait, en pareille occasion, quelque chose de désagréablement comique , et l'on restait incertain si l'on devait le souffleter ou l'applaudir. Ce fut donc ainsi qu'il présenta son compliment matinal à Francesca, qui, encore à demi endor^ mie,récoutaàpeine;et lorsqu'il demandaUpe^ mission de lui baiser les pieds, ou tout au moins le gauche, et qu'il déploya, à cet effet, avec grand soin son mouchoir de soie jaune, sur lequel il s'agenouilla, elle lui tendit indiffércm-

ITALIE. !k 1 5

ment son pied gauche, qui était chaussé (l'un charmant soulier rouge^ tandis qu^elle portait un soulier bleu au droit, piquante coquetterie qui faisait encore mieux ressortir les formes mignonnes de ces jolis pieds. Quand le marquis eut respectueusement baisé ce petit pied, il ae leva en soupirant un : Doux Jésus! et demanda la permission de me présenter comme âon ami, ce qui lui fut paiement accordé en bâillant. Il daigna alors ne pas tarir en éloges sur mes excellentes qualités, et jura, foi de cavalier, que j'avais chanté en perfection Tamour malheureux.

Je demankii aussi à la dame la permission de lui baiser le pied gauche, et dans le moment où cet honneur me fut accordé , elle s'éveilla comme d'une longue rêverie, se pencha en souriant vers moi, me considéra avec de grands yeux étonnés, s'élança gaiment au milieu de la chambre, et fit encore une interminable pirouette. Je sentais merveilleusement mon cœur tourner avec elle, au point d'en avoir le vertige. En ce moment, le professeur pinça gaiment les cordes de sa guitare^ et chanta :

La plus célèbre cantatrice

De moi fit bientôt ^ par caprice ,

2l/| REI»EBIL1)£R.

Un simulacre de mari :

Ahi I poTero Calpigi !

Mes fureurs, ni mes jalousies.

N'arrêtant point ses fantaisies ,

.rétais chez moi comme un zéro :

Ahi î Calpîgî poyero !

Je résolus , pour m'en défaire , De la Tendre ^k certain corsaire , Exprès passé de Tripoli :

Ah ! bravo , caro Calpigi !

Le jour venu , le traître d'homme , Au lieu de me compter la somme , M'enchaîne au pied de leur châlit :

Ahi ! povero Calpigi !

Francesca in'observa encore une fois d'on air scrutateur et pénétrant de la tête aux pieds, puis elle remercia d'un air satisfait le marquis, comme si j'eusse été un cadeau qu'il lui eût apporté p)ar galanterie. Ellfe trouva peti à redire : seulement mes cheveux étaient trop châtain-clair; elle les aurait voulu plus fonéés, comme ceux del'abbateCecco. Elle trouva aussi mes yeux petits et plus verts que bleus. Je devrais en revanche , cher lecteut*^ faille parade à l'égard de la signera Francesca d'une sem- , blablc habileté de maquignon ; mais je n'ai rien

iTàUE. 21 5

à reprendre à cette véritable %ure de Grâce* Son visage avait les proportions toutes célestes qu'on trouve dans les statues grecques; le front -et le nez descendaient en une seule ligne droite; le nez , admirablement taillé, se terminait en angle droit ; l'espace était merveilleusement court du nez à* la bouche , dont les lèvres se rapprochaient à peine à chaque coin, et qui était complétée par un sourire rêveur. Au-dessous, s'arrondissait un charmant petit menton; et le col!... Ah, pieux lecteur, j'irais trop loin ! Et puis, dans cette description inaugurale, je n'au- Tais pas le droit de parler de ces deux fleurs ^lendeuses qui s'épanouirent contme de blanches poésies, quand la signera détacha les deux boutons d'argent qui fermaient, sur sa poitrine, âarobe de soienoùre... Cher lecteur, remontons à la description du visage, dont j'aurai à dire, par forme de poêt scripiwky qu'il était clair et pâle jaune cMnme l'ambre, <|u'il recevait de la chevelure âoire qui couirrait les tempes en ovales Usses et brillants, une forme rende enfantine, et que deux yeux noirs, pleins de clartés soudaines, l'éolàiraientcommed'nne lumière magique.

Tu vois, cher lecteur , que je voudrais bien

121 6 REISEBILDEK.

te donner une profonde description locale de mon bonheur, et, à l'exemple des autres voyageurs, qui joignent â leurs ouvrages des cartes spéciales des lieux historiques ou d'une importance quelconque, j'aurais bien eu envie de faire graver le portrait de Francesca. Mais, hélas, à quoi sert la copie morte des contours, quand il s'agit de formes dont le divin attrait consiste dans leur mobilité vivante ? C'est la ce que le meilleur peintre ne peut nous faire voir ; car la peinture n'est qu'un plat mensonge, après tout. Le sculpteur peut davantage. Il flous est loisible, avec une lumière mobile, de nous figurer en quelque sorte un mouvement des formes, et le flambeau, qui ne les éclaire que d'un jour extérieur, semble pourtant les animer au dedans. Oui , il est une statue qui peut te donner en marbre, cher lecteur, l'idée de la beauté de Francesca, et cette statue est la Vénus du grand Canova, que tu trouveras dans une des dernières salles du palais Pitti à Florence. Je pense souvent aujourd'hui à cette statue, et maintes fois je rêve qu'elle est dans mes bras , qu'elle s'anime peu à peu, et murmure à mon oreille avec la voix de Francesca. C'était le son de cette voix qui donnait à cha-

ITAUE. 1217

cune de ses paroles le sens le plus aimable, le plus infini, et si je voulais te rapporter ces paroles, ce ne serait qu'un herbier de fleurs desséchées dont le parfum faisait le plus grand prix. SouTOnt aussi eUe bondissait en Tair , et dansait pendant qu'elle parlait, et peut-être aussi que la danse était sa langue véritable. Mais alors mon cœur dansait avec elle, et exécutait les pas les plus difficiles, et déployait un talent tel que je ce l'en eusse jamfds soupçonné. C'est ainsi que Francesca raconta l'histoire de l'abbâte Cecco, jeune garçon qu'elle avait aimé quand elle tressait encore des chapeaux de paille dans le val d'Arno, et. elle m'assura que j'avais le bonheur de lui ressembler. Elle fit en même temps la pantomime la plus tendre , pressa l'un après l'autre, sur son cceur, le bout de chacun de ses doigts, sembla en puiser, avec sa main recourbée, les sentiments les plus passionnés, se jeta ensuite à pleine poitrine sur le sopha^ cacha , son visage da^s les coussins, «t , dressant derrière elle les pointes de ses pieds , les fit .agir comme des marionnettes. Le pied bleu représentait l'abbate Cecco, et le rouge là pauvre Francesca; et, parodiant sa propre histoire, elle fit faire aui deux pieds

2l8 R£1SSBILD£R.

amoureux de tendres adieux, et c'était choee touchante et extravagante A voir que ^es èevtx pieds qui sebaisaient, et se disaient les choses les plus tendres. Et alors la foUe jeune fille versa, tout en ricanant, un torrent delarmes, qui lui ve* naient souvent du cœur phis profondément que ne l'exigeait sa situa^tion plaisante; Bile fit aussi, dans ce'comique débordement d'àffîction, tenir à TabbaHe Gecco un Kong discours, dans lequel il exaltait en métaphores pédantesques la beau* té de la pauvre FraDcesca ; et la manière dont eUe aussi, la pauvre Francesca, répondait et imitait sa propre voix, avec la sentimentalité d'une ^yoque antérieure, avait quelque chose de douloureux et de pantin, tout à la fois, qui me remuait Fâme d'une façon toute partid»- Hère : — Adieu, Cecço ! — Adieu, Franoescà !

était le refrain éternel. Les deux pieds amou* reux ne se voulaient pas quitter ; etje fus très^ satisfait , ma foi, qu'un destin inexotablo Ijes sépaittt enfin ; car un dotix pressentimfent sem* bKaîf me dire que c-efût été tm mallienr pour moi si tes deux amants U'etissèn^ - jfttnais^ éié désums.

Le profefitseiir applau^t avec Un g^^tesque chauîvartde jgtfîtare, sighora LetMa fit des rèu-

lade», }e petit chien aboya, et le marquis et moi BOUS battioies des maias cpmme des enra-. gés, Ff aûjQesca se leva, et s'iocUna par recoor^ naÎ99ance.

— C'est vraiment une belle comédie, me ditelle ; mais il y a déjà long-temps qu'elle a été |oi|ée poiu* la première fois , et moi-rmême je suis devenue bien vieille..,. Devinez un peu mon âge ? ^— ]Ç|ix4iuit ans, ajouta-t-elle aussitôt sans SL\t^n^e d^ réponse, et elle tourna dixhiilt fois sur le même pie4- — £t quel âgeavezvous, docteur? ,

— Moi, signera, je suis né la première nuit de Tan iSoo.

— Je vous ai déjà dit, observa le marquis, que c'est un des premiers hommes de notre siècle*

— Et quel âge me donnez*vous? s'écria tout d'un coup signora Letizia, et, ce disant, sans penser à son costume d'Eve, que la couverture du lit avait caohé jusqu'alors, elle se leva si passionnément, qu'on découvrit non-seulement la Mer-Rouge , mais encore toute l'Arabie, la Sjfrie et la Mésopotamie,

Je 0s en &mète un bond d'effroi à cette vue, Qt balbutim quelques lieux communs sur la

â20 R£I8£BILD£R.

difficulté de décider une pareille question, n'ayant encore vu la signora iqu'à moitié. Mai», comme elle insistait avec plus d'impatience^ je lui avouai la vérité, c'est-à-dire que je ne savais pas encore calculer la différence de l'année italienne à l'année allemande.

— Cette différence est-elle donc si grande ?

demanda signera Letizia?

^ Cela se comprend , répondis-je : comme la chaleur dilate, tous les corps, il en résulte que, dans la brûlante Italie, les années sont plus longues que dans l'Allemagne, qui est froide.

Le marquis me tira mieux d'embarras, en assurant galamment que la beauté de la dame venait seulement d'arriver à sa maturité la plos éclatante. — Signora, ajouta-t-il, de même que l'orange devient d'autant plus jaune avec le temps, ainsi votre beauté acquiert, avec chaque année, plus de maturité.

La dame parut satisfaite de cette comparai-^ son , et avoua en même temps qu'elle se sentait réellement plus mûre qu'autrefois, surtout qu'à l'époque où, étant encore .si mince, elle avait paru sur le théâtre de Bologne; elle ne concevait pas aujourd'hui comment elle avait

pu faire furore avec une pamlle figure. Elle raconta alors son début dans le rôle d'Ariane , événement sur lequel elle revenait souvent, comme je le découvris plus tard , et le signor Bartolo devait toujours, en semblable occasion, déclamer les vers qu'il lui avait jetés ce jour-là sur le théâtre. C'était un bon morceau, plein d'affliction touchante sur la déloyauté de Thésée, et d'enthousiasme aveugle pour Bacchus et pour l'enivrante beauté d'Ariane. Bella cosa ! s'écriait à chaque strophe signera Letizia, et je louAÎ, moi aussi, les images, la versification, et la conception de cette fable.

— Oui y elle e^t très-belle , dit le professeur, et repose sans doute sur une vérité historique : quelques auteurs nous racontent en effet expressément, qu'Onéus, prétrë de Bacchus, se maria avec l'inconsolable Ariane quand il la touva abandonnée dans l'ile de Naxos, et, comme il arrive souvent , la tradition a fait du prêtre du dieu le dieu lui-même.

Je œ pus me ranger à cet avis, vu que je p^Q^he toujours en mythologie du côté de Finterprétation philosophique , et je répliquai que dans toute cette fable d'Ariane abandonnée par Thésée, et se jetant dans les bras de Bac-

222 REISBBILllÉR.

càus, je ne. voyais piis autre chose qu'une allégOirie, qui signifiait que dans cette situation dé» plorable, elle s'était abandonnée à la boissao, hypothèse que partagent avec moi plusieurs vde mes oompatriotes. — Et vous, monsieur le marquis, vous savez sans doute que le défunt banquier Bethmann avait , dans cette hypothèse, fait éclairer sa statue d'Ariane de telle sorte qu'elle semblait avoir le nez rouge.

-<- Oh! oui, Bethmann de Francfort était un grand homme ! répliqua le marquis ; mais au même instant, quelque chose d'important parut lui trotter dans la cervelle : — Mon Dieu ! mon Dibu! se dit-îl avec un grand soupir, }'ai oublié d'écrire à Rothschild de Francfort! Et avec un visage fort affairé, d'où tout badi* nage parodiste sembic^it complètement éclipsé, il salua en abrégé , sans longue cérémonie , et promit de revenir vers le soir.

Quand il fut parti , comme je me disposais , suivant l'usage du monde, à gloser surThomnae pfir l'obligeance duquel je venais de faire la plus agréable connaissance , ]e trouvai ,' à mon gr^nd étonnement, q;ae personne ne pouvait assez le' louer, et que tous vantaient, dans les terâles les phis exagérés , son entheoëiasm^

pcMiY le beau , ses procédés noble8> et délicats et son désintéressemeatt. Signera Francesca joi* geàt aitsgi sa Toix à ce coacert d'éloges ^ mais elle avoua que son nez était quelque peu in-quiétant , et lui rappelait toujours la tour de Piseu

En {prenant congé, )e lui demandai moi aussi la faveur de baiser son pied gauehe ; par suite de quoi elle 6ta, demi-sourisMute , demisérieuse, so» Soulier rouge ^ puis son bas, et, au moment ou je m'agenouillai , elle me tendit 9dn petit pied blanc, ^datant comme le lys, que je pressai peut-être avec plus de foi et de ferveur contre mes lèvres , que je n^eusse fait de celui du pape. H va sans dire cjue je remplis aussi l'office de femme de chambre, et que j aidai à remettre bas et soulier.

— Je suis eontenfe de vous, dit signera Francesca, quand j'eus terminé cette affaire, où je ne m'étais guère pressé, encore que j'eusse employé mes dix doigts; je suis contente de vous , je vous ferai souvent encore remettre mes bas. Aujourd'hui vous avez baisé le pied gauche , demain vous aurez le droit. Après-demain vous pourrez déjà baiser la main gauche, et le jour d'après la droite. Conduisez -vous

22^ REI8EBILDER.

bien , et je vôas offirirai plus tard la bouche , et ainsi de suite. Vous voyez que j'ai bonne envie de vous faire avancer , et comme vous êtes jeune, vous pouvez encore faire votre chemin dans le monde.

Et j'ai fait mon chemin dans ce monde»

Soyez -m'eh témoins, nuits de Toscane, toi beau ciel bleu avec tes grandes étoiles d'argent! vous, bois de lauriers sauvages, touffes mystérieuses de myrtes 1 et vous, nymphes dès Apennins! Quand vous nous enlaciez de vos danses nuptiales, nous vous rappellions ces temps des dieux, où n'existait pas encore le mensonge gothique , qui ne permet que des jouissances cachées et furtives, et qui cloue devant tout sentiment Ubre squ hypocrite feuille de figuier.

Il ne fut d'ailleurs nullement besoin, d'une telle feuille , car un figuier tout entier étalait ses larges branches frémissantes, sur nos têtes bienheureuses.

vu.

Ce que sont les coups de bâton, on le sait ; mais ce qu'est l'amour, personne encore ne l'a découvert. Quelques philosophes modernes ont soutenu que c'était une sorte d'électricité. Cela est possible ; car, dans le moment où l'on

s'amourache, on sent comme un rayon électrique de l'œil de l'objet aimé qui frappe droit dans le cœur. Ah, ces éclairs sont les plus pernicieux, et j'élèverais plus haut que Fran-

226 REISEBILBER.

klin celui qui inventerait un préservateur conlre une telle foudre f Que n'existe-t-il de petits paratonnerres, qu'on pourrait porter sur le cœur, et dont le conducteur détournerait ailleurs le feu redoutable. Mais je crains qu'il soit moins facile d'enlever au petit Amour ses flèches que la foudre à Jupiter et le sceptre aux tyrans. D'autant plus que tous les amours ne procèdent pas par éclairs. Ils nous guettent souvent comme un serpent parmi les roses, prêts à profiter du moindre jour pour s'introduire dans notre cœur. D'autres fois, il suffit d'un mot , d'un regard, du récit d'une action insignifiante, un je ne sais quoi qui tombe, aussi menu qu'une petite graine, dans notre cœur.

Un hiver entier se passe dans un calme immobile, jusqu'à ce que le printemps arrive, et que la petite graine s'élève en fleur flamboyante, dont le jparfum étourdit la tête. Ce même soleil, qui couve dans la vallée du Nil l^s œufs des crocodiles égyptiens , peut également^ à Pirtsdam, sur la Havel, faire arriver dans un jeune cœur la graine d'amour à sa maturité la plus complète. — Âlors^ il y a des larmes en Egypte et à Bostdam. Mais ^pendant long-temps encore les larmes ne seront pas des éclairoifisements.

— Qu'est-ce que 1 amour ? Quelqu'un a--t-4i analysé son essence ? A-4^n résolu eette énig;ineP Peut-être ) cette solution produir»-t-elie de plus grandes douteurs qlie l'énigme eUe*-méme, et lé cœur se pétrifiera d'effroi à la vue de cette Méduse, Des serpente se tordent autour du ter^ riblemot de cette énigme. Oh^ je ne le veux famais savoir, ce mot! La cuisante souffrance de mon cœur me sera toujourBplus chère qu'une froide pétrification. Oh, ne me le dites pas, vous, êtres morts, qui, pnéMrlrés de douleur comme la pierre, maid privés de sentiment comme elle, errez au travers des jardins de roses de ce monde, vous, dont les lèvres pâles rient dédaigneusement de nous autres insensé», qui exaltcHis le parfum de la rose, «n nous ré^ criant silr les épmes.

i^ îe ne puis , cher lecteur^ dire au |uâte ce qu'est l'amour^ je pourrais œfUMidauit te raconter en détail comment on -gesticule, et ce qu'on prouve quand on s'efct pris d'amour sur les Apennins. D'abord on gesticule comme un fou , on danse sur les collines et sur les rocbers , et l'on s'imagine que le monde entier dianse avec soi. On se sent comme si le monde était créé d'aujourd'hui, et qu'on (ûi le pré-

22S REIâSBlLDER.

jnier homme. — Ah ! que tout cela est beau ! m'écriai-je ravi, quand j'eus quitté la demeure de Francesca; qu'il est beau! qu'il est admirable, ce nouveau monde ! Il me semblait qu'il me fallût donner un nom à toutes les plantés, à tous les animaux , et je nommais tout d'après sa nature intime, et selon mon propre sentiment, qui se confondait si complaisamment atec les choses extérieures. Mon sein était une source de révélation, et je comprenais toutes les formes et toutes les figures , le parfum des plantes,. le chant des oiseaux, le sifiSement du vent, et le murmure des cascades. J'entendis plus d'une fois aussi Ivc voix divine qui me disait : Adam, où es-tu? -^ Me voici, Francesca, répondais-je alors ^ je t'adore , car je sais bien certainement que tu as créé le soleil , la lune et les étoiles, et la terre avec toutes ses créatures! Alors une sorte de ricanement sortait des buissons de myrtes , et je soupirais secrètement , et je me disais : douce folie ! ne m'abandonne pas !

Mais ce fut plus tard , quand viùt le moment du crépuscule , que commença la vraie félicité de cette extravagance amoureuse. Les arbres des montagnes ne dansaient plus seuls , mais

ITALIE. 22g

les montagnes elles^némes dansaient avec leurs têtes pesantes, que le soleil couchant illuminait <i'une teinte si rouge qu'on les eût dit enivrées des raisins de leurs propres vignes. Dans la vallée, le torrent roulait plus rapide, et grondait avec inquiétude, comme s'il eût craint que les montagnes, chancelantes dans leur ivresse, ne vinssent à tomber et à l'écraser. Et puis les éclairs du soir étaient si{ {passionnés !... comme des baisers étincelants. — Oui! m'écriai-je, leciel riant embrasse sa terre bien aimée!... O Frân* cescal ciel de beautél je suis la terre, abaissetoi sur moi ! Je suis si complètement terrestre, et j'aspire après toi, o mon ciel! Ainsi criais-je, et j'étendais les bras avec un désir amoureux , et je donnai de la tête contre plus d'un arbre, que j'embrassai sans me plaindre, et mon cœur l^oiidistiait 4'ivresM !am#ureuse* ; « ^ Quand tout d'Qtt coup j'apefons^jun pcilsohriage écarlate^ âpiîm'fsùrriaNtha'vioIeHiitient à. tous ihm vévesel

VI ir.

*. m . '^^ é t '. . t , • l ^Sf 4 'l.. !«.«>

plleie^Jè({Qd était Msia sur un tectjpe <ie.gamii, sous ûm 4uige lauoietr^ et prèsjdQîhnii,. ApoUioif» le chien de. son inalta»; Le çhieB} étBit» presq^ie debout , car il avait mis ses pattes de deyant sur les genoux écarlates du petit honune, et regardait curieusement ce que faisait celui-ci , qui , tenant en ses mains des tablettes , y écri* vait de temps en temps quelque chose, souriait

iTun air sentimental 9 Becouait la téte^ Bonpjrait profondément^ puls^ toirt ravi , s'esâuyait le nez.

— Que diable, Hirsch Hyacinthe ! liji crîaije, est-ce 5|ue tu fais des vers? Allons, les^ signes ^ovâ fayoraBles : Apollon est auprès de toi, et le laurier s'incline déjà sur ta tête !

Mais je faisais injure à ce pauvre garçon. U me répondit avec douceur : — Des vers? Oh!

mon Dieu, non! j'aime, les vers,; mais je n'ea fais point. Et puis,\qu'écrirais-je? N'ayapt viea à faire pom* le moment, j'écrivais , pour mon plaisir, la liste de ceux de n^s aïn\^, qui 5>n( pris jadis des numéros dans ma collecte. Il y eu a même quelques-uns qui ^ont encore mes débiteurs.,.. Mais ne croyez pas, monsieur le docteur, que je voulais vous noter:... nous avons le temps , vous êtes solide. Ah 1 si vou$ aviez la d^nière fois joué seulemeat le i365 au lieu du i364<9 vous seriez aujourd'hui un hommue de cent mille marcs .banco , 'et vous n'auriez pas besoin de courir pa? ici;, v^us pourriez rester à Hambourg, tr^quille et cpur tant, et assis sur votive sopha, vous faire racoâ^ ter paisiblem^ent coinment est faite l'Italie. AjU3si vrai que Dieu me soit en aid^ l j^ i^ ^^

u'Svt R£ISBB1LDER.

rais pa» venu jusqu'ici sans l'amitié que j*ai jiour M. -Gumpel. Ah ! que de chaleur, de dangers , de fatigues il me faut supporter ! S'il y a une extrayagance à faire, ou une chimère à pour chasser, il faut que M. Gumpel en soit, et moi, il me faut trotter derrière lui. Il y a déjà , bien long-temps que je serais parti , s'il pouvait se passer de moi. Car qui raconterait ensuite chez ' nous combien d'honneur on lui a fait, et que de civilisation ' il a acquis dans l'étranger? et, s'il faut dire la vérité, je commence moi-même à tenir beaucoup à la civilisation. A Hambourg, je n'en ai. Dieu înercî , pas besoin , mais on ne sait pas où Ton peut s^ trouver. C'est un tout autre monde ici, îet l'on a raison : un peu d'éducation pare tout dé tjuite son homme. Et puis quel honneur

•on en f étire. Lady Maxfield, par exemple, 'côninle elle m'a reçu et fait honnètir ce matin, t6ut-à-faît comme son égal! Elle m'a donné un îraiicesbonî pour boire, quoique la fleur n'eût x?oûté que èînq paolî. D'un autre côté, c'est un ytûi plaisir quand oh tient dans ses mains le petit pied blanchet d'une belle dam'ie.

Je ne fiis pas peu surpris de cette dernière remarque, et me dis à part moi — ': Est-ce une

raillerie? Mais comment le drôle a*-t-il déjà pu avoir connaissance du bonheur qui m'est échu aujourd'hui même, pendant, qu'il était occupé de l'autre côté de la montagne? S'est- il donc passé là-bas une scène semblable , et fwt^-il y voir une ironie du grand poète comique dUfin. haut, qui a peut-être fait jouer au même moment, pour l'amusçment des phalanges célestes^ un millier de scènes pareilles, qui se pa^ rodient. réciproquement ? Cependant ces deux suppositions étaient sans fondement, car, après l'avoir long-^^emps. piri^ssè de questions, et^lui avoir promis à la fin de n'en den dire au mfurquis, le pauvre homme m'avoua quçlady M^lxfield était encore au lit quand il lui avait apporté la tulipe, e.t qu'au moment.où ilavait voulujui débiter sa belle harangue ^uu des pieds^d^ la dame s'étant découvert ^ . il , y avait . remarqué des coçs, qU|'il lui a^yait sur-le-eban^p 4ema|)4é la permission de les couper , pe^mis^i(^ q\ii lui fut açcoçclée, (^X qu'il eu €^v.ai,t .éléj^r^fjou^r pensé en même temps que pour la ren^jge ^e la tulipe par un france^coni. . , î . i

.;;— Mais je.jie le fais toujours que pour l'hyu^ ueur, ajouta Hyacinthe, et/c'est aiijssi c^^gue j'ai dît au baron Rothschild,. quAnd j eus.l'hpn-

^34 RKMBBILIXER.

neur de lui couper les cors; Cela se passa dans ûon cabinet ; il était assis sur son fauteail vert comme sur un trdné, et parlait comme un roi. Autour de lui se tenaient debout tous ses courtiers , et il donnait ses ordres, et il envoya des estafettes à tous les rois; et, pendant que je lui coupais les cors,, je me disais dan& mon oceur :.— Tu tiens dans tes mains le pied de l'Homme qui a hii-méme dans $es mains le monde entier; tu es maintenant aussi un homme iiferportant ; si tu lui rc^es en bas un peu trop près du Vff, il denendra de mauvaise htxmeur, et rognet'a eacore plus cruellemetit en haut lés plus ^ands rois. .. . ; c'a été le plus beau monient dé ma vie.

-^ Je me figure fecîlement toute la beauté de ce Sentiment, monsieur ïfyacinthe. Maïs quel est cehiî de là dynastie des'Rothsc^d que vous arei: ainsi amputé? Était-ce le Breton sm cœur Séf, rhommé de Lombard-Sireet; qui a étâd)ti ùh môfit-de-piété *pour lés empereurs et pour lesrôîs? '

— Cela s'entend; monsieur le docteur ; je

veux dh*e le grand Aothschild, le grand Na-* thàn Rothschild, Nathan le Sage, cher lequel reihpercur du Brésil a mis en gag^^c sa couronne

de )dia<nanfs^ ^WL^A» f'sA eu alu^ii'ltoiiiieilr éé connaître le b^ron SMftticflliM ^le* Fiiaaic^it^

€ÈÊtÈ^ mei^^ùn piedi il a-pi»uitant ftuj foire oâ9 dé fiOôfr;' Quand tel -maripi^'luî dit^uéf'avaia é»é mlleciéUir de là Idtëiief, -te baron àiv kv^c beàuC<(iify d'esprit : ^^ Etye^uis^aiiMl ^poèlqu^ choÉeeéB&Âië eek; )e taia,^ mi Û>i^ko&libe^ f^rieiiclièrdesèlUetflde I» io«et«leRMiiMsklld, é^/'M» MMf kbiaiMur, moni ebltè^ne ne doit paktt «Dtangier Avéo Hm donbûtiqucb s il s'as^ âMtraà >fablé'€L|lprè0r de'mdl..;. Et ansai' tvaî ^ne iMtiisisè: Dfèu me dottnêp' toaa les bkna, manaienr tedoctenr^ j-aiélë aigiis à cÀté do baron Rothschild de Francrfort^ et il m'a traité cdmnie »&a égal , tout fimiflionnairement; J'ai été ausdl chez lui au fiÉOieut bal 4'6iifaiits qui ia éié mi» dans les gazettes. Il ne me sera-phis donné dans' ma- lie de tevoii* Mtent de kixé et die dépende. 3'af ais pourtant été à Hambourg à tm bal qui coûtait i ,5oo marcs et 8 schillings ; mais, bah ! ce n^âtait qu^nne crotte de ponlet atlptès d'un tas de fotàikfi. Que d'or, d'argent €ft de diamanti j'y ai vus ( Que d^étoiles et d^ordt*eÀ! L'ordrèl.du Faucon, kl T^isdiiMVOr, lordi^ dti LiMi, rotdre de l'Aigte.*.*, jusqu'à un

jk36 R£I»KBUJ>£R.

tout: petit exifant^ )e "iouft t'assure, nA tout petit, enfant, qui portail; mi ordre del'Éléphwt. Les enfants étaient supérieurement hién^m^:^ qués, et jouèrent aux- emprunts : ils étaienl d^ifti^és.eoittme ides rois, aT^c descouropoe» sur la: tête , mais il y en avait un gras^ gw^^ qui était habillé juste .comme le Tieux Nathaa Rotlischild. U joua très-bien son réle^ airaitrsefr deux maïaa dans ses goussets, faisait wmst sod or, seomiàit la tête en faisauùt lA namie qwod un des petits rois im veidait emprunter qjfér que chose. -Mais il n'y a?ait que )e petit avec unihabit blanc et des culottes rouget auquel il caressait amicalement Jçs. joues, .et il lui: disait li — Tti es mon plaisir, mon favori; tu. me fais honneur, : ma{& iton^ opusin Iftigiiel n'aura rien de: moi; je ne prêtearàirien à {Ce^ fauy qui dé|)!ense chaque jour plus d'hommes qu'il n'aurait à iCn consommer par animée;. il J»^a clause

qu/il ai^ivera encoTequelque mâihew d^iP^ 1^ monde:, et f mes suaires en souffmront. : .Au8âi trfai que puisse Dieu ofËiCt donAfèiî tp|i$ J^sibieii^, le jeune , garçcoa - Jqita' . très -bi^ ; son personnagé, eurtèttt quaojd il ^Wtînt sopstjes JbraS le

grand lèhfen^ éolm^Uaté'idâfn^ dui^nbk^P née df« l}s d'argent vi!ai , . et il lui disait de

ITAU£. 2Ù'J

temps en temps ; — Allons, allons, conduis-toi bien; prends garde de ne pas te faire chasser encore une fois, afin que je ne perde pas mon argent. Je vous assure , monsieur le docteur, que c'étmt un plaisir d'entendre le jeune garçon; et \ps autres enfants aussi, tous de. charmants enfants, jouèrentbien leur rôle, jusqu'au moment où on leur apporta un gâteiaiu, et où ils se battirent pour le morceau le meilleur ; ils s'arrachèrent leurs couronnes, crièrent et pleurèrent, et il y en eut même qui. . . .

. 11 n'y a rien de plus ennuyeux sûr cette terre que la lecture d'un voyage en Italie, si ce n'est peut-être l'ennui de l'écrire; et Tauteur ne se peut guère rendre supportable qu'en y parlant le moins possible de l'Italie elle-mëni^. Quoique je fasse grand usage de cet artifice du ,métier, ]& ne puis, cher lecteur, te promettre beaucoup d'amusement dans les chapitres qui vont suivre. Si tu trouves fort ennuyeuses toutes les sottises que tu y rencontreras, consDle-

ItALIE. âSg

toi en j^nsant à moi, qui' ai dû les écrire. Je te conseille de sauter de temps à autre qiielques feuillets, tu arriveras ainsi plus promptement à la fin^... Hélas, pMià Dieu que je pusse faire de même! }Sfe va pas (5roire que je plaisanté'! Si tu veux que je te dise sérieusement mon avis sur celîvre,'je te conseille de le fèrmer^dès à présent, et de ne plus en lîre davantage. Je fen ferai prochainement un meilleur, et si,' dans un livre suivant , nous nous retjrôuvons avec Mathilde et Francesca dans la vlUé de Lucques, les images gracieuses te plairont bien plus que le présent chapitre.

' Dieu soit loué! en ce moment résonne sous mes fenêtres une orgue portative, avec de joyeuses

mélodies. Ma tête assombrie avait besoin d'une

aussi salutaire distraction , surtout en ce mo-

mëht, qù41 me faut écrire ma visite chez son excellence le marquis Cristoforodî Gumpelîno. Je vâfa téraoonfter cette touchantehistôir ef ôrt exactement, tûùVà mot, et dabs sa plus sale jiureté. Il était déjà tard' quâtfd j^ârrivaî à ïa niaîsoii du marquis. En entrant dans la chdmBre, je trouvai^ Hyacinthe sèttl, et idettôy ànf les éperons dVrtlë son maître, ^lil, ainsi 'que je le pouvais YOirpàr la poirtéâ dtemi oiivërtë de ér dikxhhtè

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