‹ Œuvres de J. DelilleChapitre 275 sur 413 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

El basai'daul l'essor de leurs plumes nouvelles ,

De leur lerre natale ils fuiront le séjour,

Et d'un nuage immense iront noircir le jour.

Au cèdre aérien , aux rochers solitaires ,

L'aigle allier , la cigogne ont suspendu leurs aires.

Les uns voyagent seuls daus les champs de l'éther ;

Les autres, pressentant l'approche de l'hiver,

En triangles ailés , caravane annuelle ,

Se prêtent , en voguant , leur force mutuelle ;

Ils lra\ersent les mers, ils franchissent les monts :

Telle, ombrageant les cieu.v de ses noirs escadrons,

La gi-ue agile part , vole avec les nuages ,

Et s'abat à grand bruit sur de lointains rivages.

Cependant, tout le jour, un peuple d'oiselets.

De rameaux en rameaux volant dans les bosquets ,

Charme leur doux silence , et sous le vert feuillage

Fait ouïr ses concerts et briller son plumage.

Ses chants ont-ils cessé .' dans les bois ténébreux

Philomèle reprend ses refrains douloureux :

Elle chante; et, sensible à sa voix douce et tendre,

L'astre brillant des nuits s'arrête pour l'entendre.

« L'onde à son îour reçoit les germes créateurs : Tous les flots sont peuplés d'oiseaux navigateurs ; Dans les lacs azurés , dans les ruisseaux limpides , Ils baignent le duvet de leurs gorges humides. A leur tête le cygne , au plumage d'argent , Courbe son col en arc, s'applaudit ea nageant, Et déploie, au milieu des ondes paternelles, Les rames de ses pieds , les voiles de ses ailes ; Tantôt il prend l'essor, et vers l'astre du jour S'élance, dédaigneux de l'humide séjour.

«D'autres, sans s'élever à la voùle céleste, Préfèient sur la lerre un destin plus modeste ; Au milieu d'eux le coq, d'un air de majesté, Marche, sûr de sa force et fier de sa beauté; , Superbe, le front haut, en triomphe il étale Son panache flottant , son aigi-ette royale; Son plumage doré descend en longs cheveux ;

420 Their callow young; but feather'd soon and fledge, They summ'd their pens; and, soaring the' air sublime, With claug despis'd the ground, under a cloud In prospect; there the eagle and the stork On clilTs and cedar tops their eyries build : Part loosely wing the région, part more wise In common, rang'd in figure, wedge their vraj. Intelligent of seasons, and set forth Their aery caravan, high over seas Fiying, and over iands, with mulual wing

*3o Easing their flight; so sleers the prudent crâne lier annual voyage, borne on winds; the air Floats as they pass, fann'd with unnumber'd plumes; From branch to branch the smaller birds with song Solac'd the woods, and spread ihcir paiuted wings Till even; nor then the solcmn nighliugale Ceas'd warbling, but ail night tuu'd hcr soft lays :

» Others, on silver lakes and rivers, bath'd

Their downy breast; the swan with arched ncck Between her white wings manlling proudly, rows

«1° lier State with oary fcet. Yct oit they quit Tlie dank, and, rising on stiff pennous, tower

L'orgueil est dans son port, l'éclair est dans ses yeux;

Sa voix est un clairon ; son organe sonore

Marque l'heure des nuits, et réveille l'Aurore;

C'est le chant du matin, c'est l'annonce du jour,

L'accent de la victoire , et le cri de l'amour ;

Lui seul réunit tout, force, beauté, courage.

De la création le plus brillant ouvrage,

Après lui vient le paon, de lui-même ébloui;

Son plumage superbe, en cercle épanoui,

Déploie avec orgueil la pompe de sa roue :

Iris s'y réfléchit, la lumière s'y joue;

Il semble réunir dans son arc radieux

Et les fleurs de la terre , et les astres des cieux.

« Tout vit au sein des eaux , tout vit sur le rivage : L'un montre son écaille, et l'autre son plumage. Enfin le soir arrive, et la nuit à son tour Vient finir à regret cet admirable jour.

« Le sixième finit ce magnifique ouvrage ; Le soir et le malin lui rendirent hommage; Et des harpes, des chants les sons mélodieux Ajoutèrent encore aux déUces des cieux.

Le Créateur poursuit : « Terre fertile, enfante ! » Il dit : la terre entend sa voLx toute puissante. Aussitôt de son sein les êtres animés Comme d'un long sommeil s'élancent tout formés. La terre s'organise , et la poudre est féconde. Les antres caverneux et la forêt profonde Ont chacun leurs enfants, chacun leurs nourrissons : Ils sortent des taillis, s'élancent des buissons. Les troupeaux en famille inondent la prairie, Errent au bord des eaux , paissent l'herbe fleurie. L'un vit seul; celui-ci, moins sauvage en ses mœiu's, De la société veut goûter les douceurs. Chaque instant donne au monde une race naissante , Chaque sol est fécond , et chaque glèbe enfante. Lynx, tigre, léopard, de taches parsemés, Daus leurs berceaux poudreux déjà sont animés. Cherchant er.fin le jom-, la taupe souterraine

The mid aerial sky.

Olhers on ground Walk'd firm; the crestcd cock whose clarion sounds The silent hours, and the' other wbose gay train Adorns hiin, colour'd with the florid hue Of rainbows and starry eyes.

The waters thus W'ilh fish rcplenish'd, and the air with fowl, Evening and morn solemuiz'd the filth day. «The sixth, and of création last, arose

i^ With evening harps and matin; when God said : ' Let the' earth bring forth soûl living in her kind, Cattle, and creeping thiugs, and beast of the earth, Each in their kind. ' The earth obey'd, acJ slraight Opcning her fertile womb, teem'd at a birlh Innumerous living créatures, perfect forms, Liiub'd and full grown : out of the ground up rose, As from bis lair, the wild beast where he wons In forcst wild, in thicket, brake, or deu; Among the trees in pairs they rose, they walk'd;

4('o The cattle in the fields and mcadows green : Those rare and solitarv, thèse in llocks

Autour d'elle en monceaux a rejeté l'arène.

Le lion montre aux yeux la moitié de son corps ;

Le reste pour sortir lente de longs efforts,

Et cherchant à briser la prison qui l'enserre,

De sa griffe tranchanle il déchire la terre.

Enfin, tel qu'un captif échappé de ses fers,

11 s'élance, il s'enfuit dans le fond des déserts,

Et secoue en grondant sa crinière ondoyante.

Le daim bondit et part ; de sa forêt naissante.

Le cerf aux pieds légers étale les rameaux ;

Tandis que le plus lourd de tous les animaux,

Le difforme éléphant, de sa terre natale

Dégage pesamment sa masse colossale.

Comme l'herbe des champs , d'innombrables troupeaux

Ont couvert les vallons, ont peuplé les coteaux.

De leurs molles toisons les brebis se vêtissent :

De leurs longs bêlements les plaines retentissent ,

Le chevreau vagabond suit son goût inconstant.

De son double séjour équivoque habitant ,

Le crocodile sort de l'arène féconde,

Et balance indécis entre la terre et l'onde.

« Par un art plus savant et plus prodigue encor , De la créalioM épuisant le trésor , Déjà de tous côtés naît, pullule et fourmille Des insectes, des vers l'innombrable famille : Les uns, de l'œuf natal à peiue épanouis, Déjà d'un vol léger se sont évanouis.

Dieu lui-même forma de la plus molle argile Leurs membres délicats et leur tissu fragile : On croit voir du printemps s'assortir les coulciu's , Se nuancer l'iris, cl voltiger des ileurs. D'autres naquirent nus , et sur la douce arène En replis tortueux cheminent avec peine. Tandis que sont éclos ces vermisseaux rampants , De terribles dragons, de monstrueux serpents , Vont roidant , déroulant leur croupe tortueuse ,

Pasturing at once, and in broad lierds upspriing. Tlie grassy clods now calv'd; now lialf appear'd The tawny lion, pawiug to get free llis hiuder parts , tlien springs as broke from bonds Aud rampant shakes Lis briudcd inane; ihe ounce, Tlie libbard , and tlie tiger, as tlie mole Risiug, the crumbled caitli above tbem thrcw In hillocks : the swift stag from under ground

470 Bore up bis branching head : scarce from bis niould Bchemoth, biggest born of eardi, upheav'd His vastness : fleec'd tlie florks and bleating, rose As plants : amhiguous between sea and laud The river-horsc, and scaly crocodile.

« At once came forUi whatever creeps the ground , Insect or worci : thnse wav'd thcir limbcr fans For wings, and smallest linéaments exact In ail the liveries dcck'd of summer's pride, With spots of gold and purple, azuré' and green :

♦So Thèse, as a Une, llieir long dimension drew, Streaking the ground with sinuous trace; uot ail Minims of nature; soine of serpent-kind, Wondrous in Icngth and corpulence, iuvolv'd Their snaky folds, and added wings.

First crcpt The parsimonious emmet, provident

Ou s'élancent dans l'air d'une aile impétueuse.

« Pourrai-je l'oublier, ô modeste animal, Content d'un antre obscur cl d'un repas frugal , Qui dans un foible corps caches un grand courage , Toi, d'un éiat heureux la plus parfaite image, Chez qui l'autorité, partagée entre nous, Rend les droits plus égaux, et le pouvoir plus doux; Et qui peut-être un jour aux nations humaines Seras l'exenq^ie heureux des mœurs républicaines ? Des abeilles bientôt on vit naître l'essaim, Peuple heureux, dont la ville enferme dans son sein El ses ruisseaux de nûel et ses palais de cire; Tandis que, par son luxe appauvrissant l'empire. Le frelon fainéant vit des travaux d'aulrui. Et s'engraisse d'un suc qui n'éloit pas pour lui.

« Mais pourquoi m'égarer dans ce détail immense.!* Tous sont nés tes sujets : toi-même , à leur naissance , Tu leur donnas des noms, observas leurs humeurs. Le serpent à tes yeux n'a point caché ses mœurs : De lous les animaux le plus rusé peut-être. Quelquefois il s'irrite, il menace son maître, Agite sa paupière, et roule im œil ardent; Mais bientôt, plus paisible, ou du moins plus prudent, Il se calme, et répond à la voix qui l'appelle. Ne deviens point ingrat, il le sera fidèle.

« Le jour brilloit encor ; dans toute leur splendeur, Les cieux de l'Éternel proclamoienl la grandeur ; Tous les globes, ouvrant leur carrière naissante, Suivoient du grand moteur l'impression puissante : La terre en souriant admiroit sa beauté ; Le monde s'étonnoit de sa fécondiié ; Les airs , les eaux , les champs , les monts éf oient fertiles ; Quadrupèdes, oiseaux, et poissons et reptiles, Nagcoient, marchoient, rampoient, ou prenoient leur Mais cet ouvrage immense est imparfait encor; [essor* Un êti'e lui manquoit, dont la face divine

Of future; in small room large heart enclos'd; Pattern of just equality perhaps Ilercafter, join'd in her popular tribes Of comraonalty ; swarming next appear'd

40° The female bee, thaï fceds her husband-drone Deliciously , and builds her waxen cells With honey stor'd.

Tlic rest are uumbcrless, And thou their natures know'st, and gav'st them namcs Ncedlcss to thce rcpeated; nor unknowu The serpent, subtiest beast of ail the field, Of huge extent somelimes , with brazen eyes Aud huiry mane terrifie, though to thee INot noxious, but obedicnl at thy call.

« INow heaven in ail glory shone, and roU'd

•Soo lier motions, as the great first Mover's haud

First wheel'd their course: earth, in her rich attire

Consummale, lovcly smil'd; air, water, earth,

By fowl, fish, beast, was fiown, was swura, was walk'd

Fréquent; and of the sixth day yct rcmaiu'd :

There wanted yet the master-work, the end

Of ail yet done ; a créature , who not prorie

And brute as other créatures, but endued

Wilh sanctity of reason , might , erect

His stature and upright, with front screne

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