‹ Œuvres de J. DelilleChapitre 282 sur 413 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

Fl que la voi\ naguère a nommés de leur nom : Tu te connois loi-même; il suffit. Ta raison Te sépare en effel, par un vasle inlervaile, De ceux que vers la terre un vil instinct ravale. Tu puisas dans mon sein les purs rayons des cieux ; Tu reçus une autre ame, et vois par d'aulreô yeux. Conforme donc la vie à ta noble origine. J'ai prévenu tes vœux : l'objet que je destine A consoler tes jours, je ne l'ai point cherché Chez le peuple servile à la terre attaché. J'ai voulu m'assurer si lu savois connoitie L'ëlre digne en effet de s'unir à ton être. Bienlôt tu 1 obtiendras ce besoin de Ion cœur, Compagnon de tes jours, source de Ion bonheur, Ta plus chère moitié , la plus fidèle image , Le plus doux bien de l'homme, et mon plus bel ouvra- « A ces mots il se lait. En moi-même troublé, [ge.» — De la splendeur de Dieu je me sens accable. Je n'entendis plus rien ; cet entretien céleste De ma force mortelle avoit usé le reste; Et de son vif éclat, de sa puissante voix. Trop long-temps ma foiblesse avoit porté le poids : Telle d'un feu brillant la vue est éblouie. Alors, pour ranimer ma force évanouie, J'appelle le sommeil ; son voile officieux , RloUement déployé, revient fermer mes yeux. Mes yeux seuls ; car l'esprit, l'esprit qui toujours veille, Ktoil ouvert encor. Toul-à-coup, 6 merveille ! Je vois, je reconnois ce fantôme divin Par qui je fus porlé dans ce riant jardin ; Je le vois, il se baisse, et, dans mon corps qui s'ouvre. Sans effort, sans douleur, il enlève, il découvre Une côle ravie à mes flancs déchirés , Puis rejoint avec art les tissus séparés;

Wliicli lliou hast riglilly nam'd, but of Ihvsclf;

*1° Exprcssiiig wcll llic spiiit wiiliiii tliec Ircc, Mv image, nol iinpartcd lo llic brtitc; \\ hosc lellowsliij) llicrcforc uiimcel for llice Good rcason was llioii frccly sliuiildsl dislikc; And bc so inindcd still : 1, crc liioii spak'sl, Kiicw il nul good l'or Man lo be aloue; And no surli cunipany aa tlicn lliou saw'st Inlcaded Ihce; for trial only brouglit, To sec how lliou could'sl jiidgc of lit and incel : ■NVlial ncxt 1 bring sliall plcasc tlicc, be assur'd,

4Jo Tliy likcncss, lliv Ht liei|), lliy ollier self, Tliy wisli c.xactiy lo lliy hcarl's dosire. '

« He cndcd, or 1 lieard no more; for now My earthlv bv Iiis licaveulv ovcrpowcr'd, Wliicli il had long slood iinder, slraiu'd to tlic' liiglilh In thaï ccicstial colloquy sublime, (As widi an object ilial exccls llic sensé) Dazzlcd and speul, sunk down; and songht rcpair Of sleep, whicli instaiilly fcll on me, call'd By nature as in aid, and cîos'd mine eyes.

<Co Mine eyes hc clos'd , but opeu Icfl ihe ccll Of fancy, my internai siglit; bv wliich, Abstract as in a trance, methougbt I saw, Thougb siceping, where 1 lay, and saw ihe shape Still glorious before wbora awake ] slood : Wlio stuoping open'd iny left sidc, and look

Le sang rentre, et bientôt de ma large blessure

Les deux bords rapprochés ont fermé l'ouverture.

Celte part de moi-même, il la forme; elle prend

Avec les traits de Ihomme un sexe différent.

Dieu ! quel charme divin brilloil dans sa figure !

Jamais objet si beau n'embellit la nature :

Ou plutôt on eut dil cpie de leurs dou.x attraits

Les habilanls du ciel avoient formé ses traits.

Je la vis : de ses yeux part un rayon de flamme ;

Des plaisirs tout nouveaux ont inondé mon ame;

Ln n.onde tout nouveau vient s'offrir à mes veux;

Le ciel devient plus pur, l'air plus délicieux.

Tout-à-coup elle échappe, elle fuit; je m'éveille :

Où vas-tu.^ m'écriai-je, ô céleste merveille !

Reviens; je veux revoir, adorer les attrails,

Ou dans ces lieux déserts te pleurer à jamais.

Et quels plaisirs mon cœur eiil-il goûtés sans elle?

Je vole, je l'atteins, et la trouve aussi belle

Que le sommeil l'avoil présentée à mes yeux.

Tout ce qu'oui de beautés et la terre el les cieux

S'éclipse devant elle ; elle vient; Dieu lui-même

( Ah ! dans ce doux moment jai connu si Dieu m'aime )

D'une invisible main guidoit vers moi ses pas.

Par la nature instruite, elle n'ignoroit pas

Les saints dioits de l'hymen et sa chaste tendresse.

La beauté dessina sa forme enchanteresse :

Le ciel est dans ses yeux , sur son front la candeur ;

Ses moindres mouvemenls ont un charme flatteur;

La '\'oliipié, l'Amour, l'essaim riant des Grâces,

Composent son torlége, el volent sur ses traces.

« Dieu puissant, m'écriai-je, éperdu, hors de moi, Le voilà donc enfin ce bien promis par toi ! Sévère et bienfaisant, par (luelle douce ivresse Tu viens de racheUr un moment de tristesse !

Froni llicDcc a rib, willi cordial spirlU warm. And lilc-blood streaming frcsli; widc was ihe wound, hul suddcnly willi flcsli (ill'd up aud hcal'd : Tlic rib lie form'd and fusliiou'd wjlli bis baods;

4/0 Lndcr bis l'ormiiig bands a créature grcw, Man-like, but dillcrenl sex; so lovelr fair, Tliat uliat seciu'd lair iu ail ibc world seem'd now Mcan, or iu lier summ'd up, in her coolain'd And in lier looks; wliicb from ibal lime iufus'd Sweelness inlo my hearl, unfell before.

And iulo ail lliings froiu lier air inspir'd The spiril of love and amorous dclight. Shc disappear'd , aud Ictl me dark : I wak'd To find ber, or for ever lo déplore

<8o lier loss, and olbcr jtlcasures ail abjure : Wben oui of liopc, beliold lier, nol far off, Sucli as 1 saw lier in my dieam, adorn'd Wilb wliat ail Karlli or llcaveo could bestow, To make ber amiable : on slie came, I,cd by lier lieavcnly Maker, ibough unseeo , .And giiided by bis voice; nor uninform'd Of nuptial sanclilv, and marriagc rites: Grâce was in ail lier sleps, lieaven in ber eye. In every gesturc digoity and love.

^9° I, ovcrjov'd, could nol forbcar aloud : —

« This lurD batli niade amcnds ; thou hast fulfill'd Tbv words , Creator bounteous and bciiiîn ,

PARADIS PERDU

Auteur de tous les biens, à ma félicité,

Mou cœur, avec transport, reconnoît ta bonté;

C'est loi qui m'as choisi ma compagne fidèle ;

La beauté vient de toi , mais rien n'est beau comme elle :

De ma propre substance elle naquit par loi ;

C'est moi que j'aime en elle, elle que j'aime en moi.

L'époux doit pour sa femme abandonner son père ;

Le père dans ses fils adorera leur mère :

Tous les deux ne seront qu'un esprit et qu'un cœur ,

Enchaînés par l'amour, unis par le bonheur.

« Eve entend mes discours ; et , quoique Dieu lui-même L'eût conduite à l'époux qu'elle adore et qu'elle aime, L'honneur, la dignité, la timide pudeur, Qui des plus doux Iransnoris dissimulent l'ardeur. Qui, rougissant daller au-devant des caresses, Repoussant mollement les plus chastes tendresses , Et , pour mieux lui céder , combattant le désir , Par d'amoureux délais augmentent le plaisir , La retiennent encor; dans sa crainte ingénue, Elle me voit, tressaille, et recule à ma vue : La nature inspiroit ses innocents refus. Je la suis, sa fierté ne me résiste plus ; Le devoir en triomphe , et sa noble innocence Obéit avec grâce et cède avec décence : Sa docile pudeur m'abandonne sa main ; Je la prends , je la mène au berceau de l'hymen , Fraîche comme l'Aurore, et rougissant comme elle. Tout me féliciloil en la voyant si belle: Pc'if nous, ces globes d'or qui roulent dans les cieux Ëpïroienl leurs rayons et choisissoient leurs feux ; Les oiseaux par leurs chants , l'onde par son murmure , A. fêter ce beau jour invitoient la nature ; Les coteaux , les vallons sembloient se réjouir ,

Givcr of ail things fair! but fairest tliis Of ail thy gifts ! nor enviest. I now see 15one of ray bonc, flesli of my flesh, myself Bcfore me : Womau is lier name ; of Man Exlracted ; for tliis cause lie sliall forego Fatlier and molher, and to' Lis wife adhère; And they shall be one flesh, one heart, one seul. *"« « She beard me thus; and thougb divinely broiight, Yet innocence, and virgin modcsty, Her virtue , and the conscience of bcr worlh , Tbat would be woo'd, and uot unsought be won, IS'ot obvious, not obtrusivc, but, retir'd, The more désirable; or, to say ail.

Nature herself, though pure of siuful thought, Wrought in her so, tliat seeing me, she turn'd : I follow'd her; she what was honour kuew, And with obsequious majesty approv'd iio My pleadod reason. To the nuptial bower I led her blushing like the morn : ail hcaven , And happy constellations, on that hour Shed their selectcst iufluence; the earth Gave sign of gratulation, and each hill; Joyous thebirds; fresh gales and gcntle airs 'V^'hisper'd it to the woods, and from their wings rlung rose, flung odours froiu the spicy shrub, Disporting, till the araorous bird of night Sung spousal, and bid haste the evening-star il" Oq his hill-top, to light the bridai lamp.

Les arbres s'incliner , les fleurs s'épanouir ; Zéphire nous porloit ses fleurs fraîches écloses , De son aile embaumée il secouoit les roses ; Des plus douces vapeurs l'encens délicieux En nuage odorant s'exhaloit vers les cieux. Dieu lui-même bénit la couche fortunée , Le rossignol chanta le doux chant d'hyménée ; Et l'étoile du soir, brillant d'un feu plus beau, Vint du premier hymen allumer le flambeau.

«Je t'ai conté mon sort, mon bonheur, mes richesses : L'Éternel , tu le vois , prodigue de largesses , Comble ici-bas mes vœux , et prévient mes désirs. Toutefois, je le sens, des terrestres plaisirs. Si j'en excepte un seul , le sentiment s'émousse : Ces fruits semblent moins beaux, et leur saveur moins Déjà je goûte moins le concert des oiseaux , [ douce ; Le vif émail des fleurs , le murmure des eaux ; Mais Eve est toujours chère à mon ame ravie , C'est là qu'est mon amour , mon bonheur et ma vie. Je brûlai , quand je vis ses innocents attraits ; Je brûlai , quand son œil lança ses premiers traits; Je brûle , quand ma main touche son corps céleste : D'un œil indifférent je puis voir tout le reste. D'un coup d'œil, d'un souris, quel est donc le pouvoir? Les droits de la justice", et les lois du devoir, Au cœur de son époux sont mieux gravés peut-être ; Elle ressemble moins au Dieu qui nous fit naître ; Dieu ne lui donna point cet imposant aspect Par qui sa noble image inspire le respect : Mais , je te l'avouerai , quand je m'approche d'elle , Elle me paroît sage à force d'être belle : Sûre du doux pouvoir qu'elle exerce sur moi. Ses conseils sont ma règle , et ses vœux sont ma loi;

« Thus hâve I told thee ail my slate, and brought My story to the sura of eartiily bliss , Which I enjoy; and must confess to find In ail things else delight indced, but such As, us'd or not, works in the mind no change, Nor véhément désire; thèse delicacies I mean of taste, sight, smell , herbs, fruits, and flowcrs, Walks, and the mclody of birds : but hère Far otherwise, transported I behold,

53o Transported touch : hère passion first I felt. Commotion strange! in aJl enjoyments else Superior and unmov'd; hère only weak Against the charm of beauty's powerfûl glance. Or nature fail'd in me, and left some part Not proof enough such object to sustain; Or, from my side subducting, took perhaps More than enough ; at least on her bestow'd Too much of ornaraent , in outward show Elaborate, of inward less exact :

S40 For well I understand in the prime end Of nature her the' inferior, in the mind And inward facullics, which most excel; In outward also her resembling less His image who made bolb, and less expressing The character of that dorainion given O'er other créatures : yet when I approach Her loveliness, so absolute she seems, And in herself complète, so well to know

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