LIVRE IX
Parlageous enlre nous celle làclie innocente
Qu'exige de nos mains chaque fleur, chaque plante.
Toi, porte tes secours aux lieux où leurs besoins.
Où ton libre caprice appelleront tes soins,
Soit que tu joignes l'orme au lierre qui l'embrasse ,
Soit qu'autour du palmier le jasmin s'entrelace ;
Ou que le cep errant, le souple chè%Te-feuil ,
De leurs bras amoureux élreignent le tilleul ;
Moi, j'irai culliver les myrtes et les roses,
Dans ces riants jardins nouvellement écloses :
Car lorsque, réunis par les mêmes travaux.
Ensemble nous soignons nos fleurs , nos arbrisseaux ,
Faut-il nous étonner que, si près l'un de l'autre,
Souvent nous oubliions leur bonheur pour le notre ;
Que les doux entretiens , les sourires charmants
Et d'aimables hasards nous volent nos moments;
Et qu'à noire festin quand midi nous ramène ,
Nous goûtions sans plaisir des mets acquis sans peine?»
« O charme de mes jours ! doux repos de mon cœm- ! Ce désir de hâter noU'e agreste labeur, Cet amour des devoirs dont ton sexe s'honore, A mes yeux, dit Adam, te rend plus chère encore. Eh ! quel plus doux honneur pour ton sexe charmant, Que de sacrifier un vain amusement Aux paisibles vertus des emplois doraesliques, D'exciier un époux à ces travaux rustiques ? Mais Dieu ne nous fil pas d'aussi sévères lois : Au milieu du travail , il permet quelquefois Que ma main se repose un moment dans la tienne. Que la bouche en passant vienne effleurer la mienne , Qu'un champêtre repas nous rende la vigueur; Pai' de tendres discours, doux aliment du cœur. D'un pénible exercice il permet qu'on respire. Qu'on s'adresse un regard, qu'on s'envoie un sourire. Ce sourire, de l'ame aimable expression.
Or hear what to my miod first thoughts présent :
Let us divide our labuurs; thou, where choice
Leads tbee, or wbere most needs, whether to wiod
The woodbLne rouod ihis arbour, or direct
Tbe claspiDg ivj wbere to climb : wbile I,
In jonder spring of roses intermis.'d
Witb myrtle, find wbat to redress till noon :
'ïo For , wbile so near eacb otber tbus ail daj Dur task we choose, what wonder if so uear Looks intervene and smiles, or object new Casual discourse draw on ; wbich intermits Our day'j work, brougbt to little, tbougb begun Early, and tbe' hour of supper cornes uucarn'd? »
To whom mild answer Adam tbus returu'd : « Sole Eve, associate sole, to me bevond Compare above ail living créatures dear! Well bast thou motion'd, weli Ihy thoughts emploT'd,
>3o How we might best fuifil tbe work wbich hère God bath assign'd us ; nor of me shait pass Unprais'd : for nothiog lovelier can be found In woman, than to study bouschold good , And good works in her husband to promote. Yet not so strirtly hatb our Lord impos'd Labour, as to debar us when we need Refreshment, whether fond, or talk between , (Food of tbe mind) or tbis sweet intercourse
Dont à l'être pensant la nature a fait don, Et qui, de l'homme seul intéressant langage. De la brute jamais n'embelUt le visage; Il entretient l'amour, cet amour vertueux. Le plus doiLX des besoins et le plus saint des nœuds; El de tous les présents de notre divin maître Le plus inestimable et le plus cher peut-être : Dieu même dans nos cœurs a daigné l'allumer. Et nous dit d'être heureux, en nous disant d'aimer. Ce Dieu, dont la sagesse à jouir nous comie, A la peine n'a point condamné notre vie; 11 voulut qu'au travail succédât le loisir, Et fit de la raison le guide du plaisir. Travaillons, nettoyons ces belles promenades; Veillons sur les besoins de ces vertes peuplades; Un jour peut-être, un jour, nos propres rejetons. Brillants comme ces fleurs, frais comme ces boulons, Appuis de leurs parents, ainsi que leurs délices. Croîtront autour de nous, dans ces riants hospices. Et viendront partager, s'inslruisant près de nous, L'n travail avec eux plus facile et plus doux. Si tu ne peux toujours te plaire en ma présence, ; Je ne t interdis jias quelques moments d'absence : Heureux qui, retiré, se connoît point l'ennui! L'homme n'est jamais seul s'il se plaît avec lui : On reYÎent avec joie à l'ami que l'on quitte, Et vers lui le regret nous rappelle bien vite. Mais pour toi, loin de moi, je crains quelque danger; Sur nous l'affreux Satan brtile de se venger; ISespéraut plus de paix, il veut troubler la noire, ?^"ous corrompre, nous perdre : assistons-nous lim lautre Quel triomphe poiu- lui s'il nous voit séparés 1 Sans secours , en ses mains nous nous verrions Uvrés ; Dieu nous a prévenus : l'ennemi nous assiège. Non loin d'ici peut-être il nous prépare un piège.
O looks and smiles ; for smiles from reason flow, '••o To brute denied, and are of love tbe food; Love, not tbe lowest end of huœan life. For not to irksome toil, but to deli^ht. Ile madc us, and delight to reason join'd. Thèse paths and bowers doubt not but our joint hacdi Will keep from wilderness with ease, as wide As we need walk, till younger hands ère long Assist us : but, if much converse perbaps Tbee satiate, to short absence I could rield : For solitude sometimes is best societr, ^^o And short retirement urges sweet return. But other doubt possesses me , lest harm Befall thee, sever'd from me; for thou know'st NVbat hatb been warn'd us, what malicious foe Envying our bappiness, and of bis own Despairing, seeks to work us woe and shame By sly assault, and somewbere nigb at hand Watches, no doubt, with grecdv bope to find His wish and best advaiitage, us asunder; Hopeless to circumvent us join'd, wbere each ifio To olher speedy aid might lend at need : Whether his first design be to withdraw Dur fealty from God , or to disturb Conjugal love, than wbich perbaps no bliss Enjoy'd by us excites his envy more;
PARADIS PERDU
Nous avons loul promis, nous devons tout à Dieu :
Nous séparer de lui, Satan, voilà ton vœu!
L'amour doit offenser un cœur nourri de haine;
Notre plus grand plaisir est ta plus grande peine.
Chère Eve , au nom de Dieu , demeure à mon côté ;
Il fut ton origine, il est ta sûreté.
De celle que la honte ou le danger menace ,
Je le répète encor, la véritable place
Est près de son époux; il prévient le danger,
El si le mal arrive , il sait le partager. »
A ces mois, sa compagne aussi chaste que pure, S'affligeant d'un soupçon dont sa gloire murmure, Lui répond d'un air triste ensemble et gracieux : « Cher époux, noble enfant de la terre et des cieux ! Je connois nos dangers; je sais quel artifice D'un ennemi caché prépare la malice; Et ta voix, cher époux, et l'envoyé des cieux Ne m'ont que trop appris ses projets odieux. Hier, lorsque nos fleurs refermoient leurs calices. Quand , près de retourner aux célestes délices , Raphaël te faisoit les adieux du départ, De retour du travail , et couchée à l'écart , Sous ce berceau voisin je l'écoutois ; sa bouche Te parloit de dangers , d'un ennemi farouche : Ces dangers, fuyons-les, j'y consens; mais que mol, Dont mon Dieu , mon époux, ont éprouvé la foi, Parce qu'un noir esprit médite des vengeances , Tu m'oses affliger d'injustes défiances ! L'ange n'en a rien dit , Eve rien entendu. Non , à ce coup mon cœur ne s'est point attendu. Que crains-tu , cher Adam ? est-ce la force ouverte ? Nous sommes immortels ; ainsi donc noire perte
Doit venir de la ruse. Elle peut quelque joiu'. Malgré tous mes serments de respect et d'amour. Dans une erreur coupable entraîner ma foiblesse !... Cher Adam ! d'où te vient ce soupçon qui me blesse ? En ai-je mérité l'humiliant aveu ? »
« O fille de la terre! ô chef-d'œuvre de Dieu! Toi qui reçus de lui la vie et l'innocence, Non, je ne te crains point, mais je crains ton absence. Seule à notre ennemi pourquoi donc l'exposer .*• Satan peut te fléirir, s'il ne peut t'abuser; L'espoir de le séduire est lui-même un outrage. Ignores-tu sa ruse et sa perfide rage ? Ah ! s'il a pu changer en vils séditieux Ces esprits immortels , ces purs enfants des cieux , Combien pour nous le traître est plus à craindre encore! Accepte donc l'appui d'un époux qui t'adore ; Moi-même, près de toi, plus prudent et plus fort, Pour ne pas succomber redoublerai d'effort. Ton époux n'oseroit faillir en ta présence ; Un seul de tes regards soutiendra ma constance. Rien près de toi, non, rien ne sauroit m'ébranler, Et , près de moi , toi-même aurois moins à trembler. Oui, ce qu'Eve est pour moi, je le serai pour elle; Donc, s'il faut cette épreuve à toname fidèle, Va , parois hardiment dans ce champ glorieux ; Mais prends-moi pour témoin, et combats sous mes yeux.
Tel Adam alarmé fait parler sa tendresse , Sa prudence attentive et sa mâle sagesse. Eve , craignant toujours qu'on soupçonne sou cœur, Exhale encore ainsi sa plaintive douleur :
« Ainsi donc, en ces lieux et la force et l'adresse Par un double danger nous menacent sans cesse.
Or this, or worse, leavc not Ihe faitliful sida
That gave thee being, slill sliades thee, and prolccts.
The wife, wliere danger or dislionour lurks,
Safcst and seemliest by her husband stays,
Who guards ber, or with ber tbe worst endures, »
«70 To wbora tbe virgin majesly of Eve,
As one who loves, and soine unkindness tneets,
Wilh sweel austère composure ihus replicd :
« Offspring of heaven and earth, and ail earlh's lord!
That sucb an eneiny we liave, who seeks
Our ruin, botb by Ihee inform'd I learn,
And from tbe parting angel over-heard,
As io a sbady nook I stood bebind,
Just then return'd at shut of evening flowers.
But, that thou shouldst niy firmness iherefore doubl
»8o To God or thee, bccause we bave a foe May tempt it, I expected not to bear.
His violence thou fear'st not, being sucb As we (not capable of death or pain) Can either not receive, or can repel.
His fraud is tben ihy fear; whicli plain infers Thy equal fear, that my firm faith and love Can by bis fraud be shaken or seduc'd; Thoughts, which how found they harbour in thy breast, Adam , mis-tbought of ber to thee so dear ? »
ïgo To wbora with bealing words Adam replicd : « Daughter of God and raan , immortal Eve ! For sucb thou art; frora sin and blarae entirc; Not diffidcnt of thee do 1 dissuade
Thy absence from my sight, but to avoid
The' altenipt itself, intendcd by our foe.
For he who tempts, ibough in vain, at least aspcrscs
The templed with dislionour foui; suppos'd
Not incorruptible of faith , not proof
Against temptation: thou thyself with scorn
3o° And anger wouldst resent tbe offer'd wrong, Though ineffcctual found : misdeem not tbcn. If sucb affront I labour to avert From thee alone, which on us bolh at once The enemy, though bold, will bardly dare; Or daring, first on me tbe' assault shall light. Nor thou bis malice and false guile contemn; Subtle he needs must be, who could seduce Angels; nor think superfluous otbers' aid. I, from the influence of thy looks, receive
3io Access in every virtue ; in thy sight
More wise, more watchful; stronger, if need were Of outward strength; while shame, thou looking ou, Shame to be overcome or ovcr-reach'd, Would utraost vigour raise, and rais'd unité. Why shouldst not thou like sensé within thee fcel When I am présent, and thy trial choose With me, best witncss of thy virtue tried? »
So spake domestic Adam in liis care And matrimonial love; but Eve, who thought
320 Less attributed to ber faith sincère,
Thus her reply with accent sweet renew'd : f» If this be our condition, lluie to dMcIl