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Ce repos élcndu sur la ualure eulière,
Pénélranl par digrés dans le foud de son cœur,
Pai" un charme inconnu suspendit sa douleur,
Tout-à-coup se tournant vers sa consolatrice :
.< O charme de mes jours, ma douce bienfaitrice !
Je ne sais quel alîrail ont ces riants tableaux ;
Mais je sens moins ici la vengeance et mes maiL\ !
L'homme devient plus calme auprès de la nature !
De Dolcé, dans ces lieux, j'oublie enfin l'injure:
Je suis las de haïr , et sans peine mon cœur
Excuse en lui l'amant, et pardonne au vainrpieur.
Toi , pardonne un refus qui fit noire infortune !
Que la mienne à tes yeux ne soit pas importune !
S'il existe un pouvoir ami des malheureux,
Crois qu'il reconnoitra des soins si généreux !
C'est toi dont le printemps console ma vieillesse ;
C'est toi qui de mon antre adoucis la tristesse :
De l'astre qui nous luit laspect consolateur
Est moins doux à mes yeux que tes soins à mon cœiu\ »
Il dit, serra sa main, répandit quelques laimcs. Dès ce moment, la vie eut pour lui plus de charmes ; El , respirant enfin du poids d'un long courroux , Son cœur fut plus tranquille, et son sonuneil plus doux.
Cependant les partis, les veugeances, les haines, Troubloient encor l'état de leurs sanglantes scènes ; Et Dolcé, par la force au plus haut rang monté, Par la force, à son tour, s'en vit précipité. De son règne plus doux les successeurs féroces Signalèrent sans fin leurs vengeances atroces. Il fallut par la fuite échapper à la mort. Mais, o coups imprévus I ô caprice du sort ! Dans le tumulte affreux du revers qui l'exile, Son unique ressource, et son unique asile, (;e fut cet antre même où s'étoit enfoncé Le malheureux vieillard par ses mains renversé : Tant à ses jeux cruels la fortune obstinée , Des mortels au hasard roule la destinée !
Sombre et pensif, il entre en cet affreux séjoiu'. Furieux de regrets , de vengeance et d'amour. L'amour, dont tant de soins n'ont pas éteint la flanmie , Plus violent alors , se rallume en son ame. .< Que fait El vire .^ hélas ! en proie à ses douleurs. Elle pleure , et c'est moi qui fais couler ses pleurs ! Sort cruel, va, transporte où lu voudras l'empire. Les honueurs , les trésors ; mais rends-moi mon Elvire ! Que je revoie Elvire , et je meurs consolé ! »
Ainsi Dolcé parloit, furieux, désolé.
Durant deux jours entiers , dans sa rage tranquille , Sur le même rocher il demeure immobile ; Mais enfin , excité d'un désir curieux , Il veut interroger et connoître ces lieux. Il entre, il se confie à ces lugubres voûtes. Il traverse à pas lents leurs ténébreuses roules. Tout-à-coup, ô surprise ! il croit entendre un bruit. Il approche, on l'évite; il avance, on le fuit : Enfin il les atteint , et reconnoit sans peine La fille à son amoui-, et le père à sa haine. Interdits tous les deux, et muets un moment , Ces superbes rivaux restent sans mouvement :
A l'aspect l'un de l'autre, ils admii'eul ensemble Le sort qui les unit, le lieu qui les rassemble. Tels deux vaisseaux gucniers qui , dans un choc affreux, .Sur le vaste Océan se foudrovoieni entre eux. Jetés par l'aquilon sur le même rivage, Confondent leurs débris et mêlent leur naufrage. Elvire en pleurs gémit; le jeune et fier Dolcé Jette au superbe Ormond un regard couri'oucé. D'un air calme et serein le vieillard l'envisage. « Oui, lui dit-il enfin, je t'ai fait un outrage: Mais de quoi t'a servi ton imprudent courroux ? Toi-même du destin tu ressens doue les coups ! Déplorable désir de gouverner les honunes ! Dolcé , dans quel état et dans quel lieu nous sommes ! Regarde; ici vivoienl des mortels malheureux, Déterrant des trésors qui n'étoient pas pour eux ; Dont les vcilx ignoroienî, dans cette nuit profonde, S il étoit un soleil, s'il exisloit un monde : Eh bien ! chargés de fers , accablés de travaux , Ils chanloient , et leurs chants adoucissuieut leurs mau.\. Et nous , nous au milieu des discordes civiles , Du ravage des champs , du pillage des villes. L'un pai- l'autre abhorrés , l'un par l'autre abattus , Oppresseurs sans pouvoir, malheureux sans vertus, Privés des vrais plaisirs, des vi-ais biens de la vie ; Le moindre de nos maux eut consolé l'envie. Vaincu, proscrit, jeté dans ce séjour d effroi, Je t'ai haï long-temps ; puis j'ai pleuré sur toi. Toi, si la haine encor peut conserver sa rage, Contemple ces lambeaux et regarde mon âge. » Dolcé long-temps se tait, regarde tour-à-lour L'objet de sa fureur, l'objet de son amour. Elvire enfin laissa tomber d'un œil humide, Avec un doux regard , une larme timide. Que ne peut sur l'amour une larme , un regard .' Il s'élance, il se jette aux genoux du vieillard : « O toi, dont j'ai causé, dont j'ai plaint la misère. C'en est fait, à tes pieds j'abjure ma colère. ISon, je n'étois point né pour sentir la fureur. Qu'un sentiment plus doux étoit fait pour mon cœur 1 Me voilà dexaut toi, mets ta main dans la mienne Et puisse Elvire un jour y joindre aussi la sienne. Alors je ne suis plus proscrit ni malheureux ; Alors je trouve ici ma patrie et mes dieux : Trop heureux si je puis, partageant vos disgrâces, Consoler le malheur , la vieillesse et les grâces. » Ainsi Dolcé parloit, et , dans le même instant. Vers l'issue opposée un bruit confus s'entend. Surpris et curieux , il approche , il écoute. Un mortel empressé maix'hoit sous cette voûte ; Non point avec ce pas timide, suspendu. Qui craint de se trahir, tremble d'être entendu; Mais d'un pas ferme et sûr, mais avec ce visage. D'une nouvelle heureuse infaillible présage : C'est un confident sûr , de qui l'avis certain Vient instruire Dolcé de son nouveau destin. Tout est changé : le peuple, inquiet et volage, Poiu' la troisième fois a brisé sou ouvrage ; Et du parti d'Ormond , du parti de Dolcé ,
LES TROIS REGNES
Les débris réunis l'ont déjà remplacé.
S'ils veulent ressaisir les rênes de l'empire, A leur pouvoir nouveau l'élal entier conspire ; El déjà, ralliant toutes les factions, La faveur populaire a proclamé leurs noms.
Au malheureux vieillard, de cet avis fidèle L'impatient Dolcé court porter la nouvelle. « Le ciel, dit le vieillard, a puni ces brigands; Le ciel est juste enfin : mais vois ces cheveux blancs , Dois-je à des chocs nouveaux exposer mon vieil âge ? C'est assez d'une erreur, c'est assez d'un naufrage. Au bord d'une forêt, sur la rive des mers. Un vieux château me reste en des vallons déserts ; Là peut-èlre m'attend un destin plus tranquille. Si lu peux, jeune encor, supporter cet asile, Mon Elvire est à toi : vers ce nouveau séjour Un facile trajet nous conduit en un jour. » Il dit, Dolcé l'embrasse; et la douce rosée. Qui rafraîchit le sein de la terre embrasée. Apporte moins de joie au sillon altéré, Que Dolcé n'en goûta dans son cœur enivré. Mais avant son départ , il veut que l'hyméiiée Et d'Elvire et de lui fixe la destinée.
Sur la cime du mont un agreste ruisseau. Dont l'onde souterraine y cacboit son berceau, A travers les rochers de leurs sombres retraites Se glissant lentement par des routes secrètes, Baiguoit leur antre obscur ; et ses flols épaissis. Suspendant aux rochers leurs sédiments durcis. De spaths '^ et de cristaux difféi-ents de figure Ornoient du noir lambris la brute archiicclure. Des siècles et des eaux ouvrage naturel. Au milieu s'élevoit un magnifique aulel , Que le sue minéral, disiillé de la voûte. En colonne d'albâtre a l^âti goutte à goutte '3 : Et lorsque dans l'horreur de cet obscur séjour Des brandons allumés reproduisoient le jour. De leurs rellets divers la pompe éblouissante , De rochers en rochers au loin rejaillissante. Définit dans la nuit les rayons du soleil. Là , sans suite , sans faste , et sans vain appareil , Pour temple les arceaux de cette voûte obscure. Ces prismes pour flambeaux , pour témoin la nature , Pour offrande leur cœur, un rocher pour autel, Le dieu d'hymen reçut leur serment mutuel ; Et jamais, dans l'éclat de ses plus riches fêtes. Ce dieu n'avoit reçu de plus nobles conquêtes. Enfin ils sont unis : la nuit vient, et l'amour Aux mystères d'hymen les appelle à son tour. Là , ne se montra point celte pompe qu'étale Des riches et des grands la couche nuptiale ; Ces superbes rideaux, ces coussins fastueux, Des amours opulents Irène voluptueux :
L'art ne profana point cette union si douce ; La nuit prêta son ombre, et les rochers leur niouss?.
Dans les cieux cependant l'aurore est de retour : Il est temps de partir pour leur nouveau séjour ; Il est temps de quitter cette grotte chérie. Dès long-temps leur asile , cl déjà leur pairie.
Mais, ô douleur nouvelle! en désertant ces toils Ils pensent s'exiler pour la seconde fois. En vain ce lieu lugubre , airosé de leurs larmes, De la société leur rel'usoil les charmes ; En vain les profondeurs de cel antre écarté Des doux rayons du jour ignoroient la clarté : Ils l'aimoienl; chaque jour la puissante habitude Rendoit sa nuit moins sombre et son séjour mohis rude. Témoin de leurs plaisirs, témoin de leurs douleurs, Cet antre le premier adoucit leurs malheurs. Accueillit leur misère. Eh ! quel rocher sauvage Ne plaît au malheureux échappé du naufrage ! Ils parlent cependant, et, les larmes aux yeux. Sur le seuil de la grotte ils lui font leurs adieux. Une nacelle est prête : ils voguent, et peu d'heures Leur montrent de plus près leurs nouvelles demeures , Qu'en cercle environnoit un rivage charmant. A peine ils l'ont touché, dieux, quel ravissement! Là, soudain de leurs cœurs s'apaise la tempête; L'air plus calme et plus pur pèse moins sur leur tête; Des vainqueurs, des vaincus, des bourreaux, des proscrits, Leurs tranquilles bosquets n'entendent point les cris. Bien loin d'eux vont mourir les clameurs populaires Et le rugissement des factions contraires. Aucun fiel n'aigrit plus ces deux rivaux fameux. Elvire est le lien qui les unit entre eux. Telle entre deux coideurs, médiatrice heureuse. Glisse d'un ton plus doux la teinte harmonieuse.
Il falloil cependant par d'utiles plaisirs, Par d'aimables travaux varier leurs loisirs : Le crayon, le pinceau, la lyre, la lecture. De leur nouveau séjour l'agréable culture, Des coteaux , des vallons l'aspect délicieux , Les trésors de la terre et l'étude des cieux , Charmoieul iiniocemment leur douce solitude. Sur-tout des minéraux l'intéressante étude Occupoil leurs moments : tous rangés avec arl , Et classés avec ordre, instruisoieni leur regard. A leur lête éclaloit sur ce brillanl théâtre Un fragment précieux de cet autel d'albâtre. Dépositaire heurenx. de leur premier serment. Et de leur tendre amour fidèle monument. Dès lors tous trois sans soins , sans trouille , sans etivie , Crurent ou retroirver ou commencer la vie. Plus de jours malheureux, plus d'inquiètes nuits : Leui'S nuits étoient sans trouble et leurs jours sans ennuis. Tel un fleuve rapide, er^fanl d'un mont sauvage, Qui, tourmentant ses eaux, son lit, et son rivage, Parmi d'affreux rochers mugissoit en comroux, Arrivé par degrés sur un terrain plus doux Se calme, s'abandonne à sa pente insensible. Et, de torrent fougueux, devient ruisseau paisible.
CHANT VI