SIS
PARADIS PERDU
Des campagnes d'Édcn , sa marche triomphale
Alleiudra, dans son cours, la rive occidentale.
Là se présente un gouffre, où d'un bilunie ardent.
En bouillons enflammés, l'oule un fleuve abondant.
Là d'une tour superbe il puise la matière;
11 veut que, dans les airs portant sa tète altière,
L'arène cimentée , ouvrage audacieux ,
De sa masse insolente aille outrager les cieux.
Étonne au loin le monde , et , garant de sa gloire,
Annonce sa puissance, et garde sa mémoire.
Qu'importe cpiel moyen éternise son nom .''
Qu'il vive, c'est assez. De son ambition
Tels étoient les projets : mais cet Etre invisible
Qui, cachant aux regards sa majesté terrible,
Vient , sans être aperçu , visiter les humains ,
A vu du haut des cieux ses superbes desseins :
Il vient ; il n'attend pas que la tour commencée
Aille insulter les airs de sa masse insensée;
Il se rit en passant de ses foibles rivaux ,
Et trouble leurs discours , pour troubler leurs travaux.
Tous, oubliant déjà leur langue maternelle.
Se parlent l'un à l'autre une langue nouvelle ;
Les murmures confus de leurs rauques accents
Font, pour être entendus, des efforts impuissants ;
A des sons inconnus des sons nouveaux répondent ;
Leui-s signes, leurs projets , leurs travaux se confondent :
Tous s'expriment ensemble, aucuns ne sont compris.
La discorde des voix divise les esprits ;
Les cœurs sont furieux , l'oreille est étonnée ,
El l'orgueilleuse tour demeure abandonnée.
Tout le ciel applaudit, et la confusion
A la tour gigantesque a donné son vieux nom. »
'.0 Marching frora Eden towards ihc wcst, shall find The plain, whereiii a black bituiuinous gurge Boils ont IVom undcr ground, tlie moulli of hell : Of brick, and of ihat stuff, ihcy cost to build A city and tower, whose top may rcach to heavcn ; And get ihemselves a narae; lest. Car disperscd In lorcign iands, thcir raeniory bc iosî; Regardless whelher good or evil famé.
But God (who oit descends to \ish men Unscen , and through their liabitations walks
5o To mark thcir doiugs), them bcholding sooa. Cornes dowa to sec thcir city. ère thc tower Obstruct heaven-towers; and in dérision sets UpoQ iheir longues a various spirit, to raze Quite out their native languagc; and, instead, To sow a jangling noise of words unknowa. Forlhwith a hidcous gabble rises loud Among the builders; each to other calls Not understood; tilJ hoarse, and ail in rage. As mock'd thcy storm : great laughter was iu bcaven,
60 And looking down, to sec the bubbub slrange. And hear the din : thus was the building lel't Ridiculous, and the work Confusion nam'd. •>
Whereto thus Adam, fatherly displcas'd : «O exécrable son! so to aspire Abovc his brcthren ; to himsell' assuming Authority usurp'd, from God not givcn ! He gave us only ovcr beast, fish, iowi, Dominion absolute; that risrht we hold
Alors Adam sentit les cnlraiUcs d'un père : '< O barJDare opj)resseur ! ô tyran sanguinaire ! Eh quoi ! s'écria-l-il , un despote inhumain Ose courber mes fds sous un sceptre d'airain ! D'où lui viennent ses droits .^ Dieu met sous noire empire Les oiseaux , les poissons , et tout ce qui respire ; L'homme de son égal ne reçoit pas la loi : Il commande à la terre, et Dieu seul est son roi. Mais d'un transport fougueux l'orgueil insatiable Ne se contente [las d'opprimer son semblable ; Il insulte à son Dieu ! Ses superbes travaux , Des célestes palais ambitieux rivaux , S'élancent dans la nue, et, dédaignant la terre, Vont jusque dans les cieux affronter son tonnerre ! »
« Oui, dit l'ange, tu dois abhorrer l'oppresseur Qui de l'aimable paix vient troubler la douceur, Et ravit aux humains leur liberté première ; Mais lorsque , de tes sens suivant l'erreur grossière , Tu te montras rebelle à la divinité, Toi-même tu perdis l'auguste liberté.
Fille de la raison, sa compagne fidèle. Qui s'allume à sa flamme et s'éteint avec elle. Tant qu'il suit sa lumière et lui laisse ses droits, L'homme est roi de lui-même, et seul se fait des lois ; Mais quand ses passions régnent en souveraines. Dieu permet aux tyrans de lui donner des chaînes": De là les oppresseurs ; ainsi l'homme abattu Voit naître l'esclavage où périt la vertu , Et par de longs malheurs son attentat s'expie. En veux-tu des témoins.'' vois ce mortel impie. Enfant dénaturé du vertueux vieillard Sauvé sur cette nef, chef-d'œuvre de son art :
By his donation ; but man over men
70 He made not lord; such titlc to himself Rcserving, human lel't from buman free.
But this usurper bis encroacbmcnt proud Stays not ou man ; to God his tower intends Siège and défiance. Wretchcd man ! what food Wili he convey up tbither, to sustain Himself and his rash army; where tbin air Above the (;louds will pine his entrails gross. And famish him of brcalh, if not of bread? » Te whom thus Michael : « Justly thou abhorr'st
80 That son , who on thc quiet state of men Such trouble brought, al'fecting to subdac Ralioual liberty; y et know withal, Since tby original lapse, true liberty Is lost, which always with right reason dwells Twinn'd, and fiom her halh no dividual being : ReasoD in man obscur'd, or not obey'd, Immediatcly inoidinate desires.
And upstart passions, catch ihc government From reason; and to servitude rcducc
9° Man, till thcn free. Therefore, since he pcrmils Wilhin himself unworlby powcrs to reign Over free reason, God, in judgnient just, Subjects him from withoul to violent lords; Who oit as undeservcdly enthral His outward freedom : tyranny must bc; Though to the tyrant thereby no excuse. Vet somelimes nations will décline so low