‹ Œuvres de J. DelilleChapitre 334 sur 413 · REMARQUES DU LIVRE VI · texte numérisé non relu

REMARQUES DU LIVRE VI

est à-la-fois noble et louchant. 11 étoit difficile de comprendre comment Adam, habitant de la terre, pourroit concevoir ces grands événements du ciel, et l'on doit applaudir à l'art avec lequel Milton est allé au-devant de la difOculté, dans ces vers qu'elle a rendus nécessaires :

Ai-je droit de tirer de cette nuit profonde De grands événements, secrets d'un autre monde? M'importe, ils vous peindront le céleste courroox; Et les crimes des cieux sont des leçons pour voos. Pardonne, quand des cieux je te décris la guerre. Si j'emprunte mes traits des scènes de la terre; Ne l'en étonne pas , je les connois tous deux : Ce monde bien souvent est l'image des cieux.

Milton , en faisant raconter par Raphaël cette guerre céleste, a donné aux diverses circonstances de ce récit toute la vraisemblance possible; il a choisi avec beaucoup de goût un jour solennel, où Dieu avoit rassemblé toutes les milices célestes pour proclamer en leur présence, du haut de la montagne sainte, le Verhe, son fils et son héritier; il a déplové toute la magnificence de son style, et dans la peinture du rassemblement de cette armée divine, et dans celle des banquets et des fêtes qui suivent cette proclamation. Le prétexte que prend Satan des honneurs à rendre dans le nord des provinces du ciel à son nouveau souverain , est heureusement imaginé pour motiver son départ et sa désertion; le discours insidieux qu'il tient au premier de ses complices est adroit et rapide. La description pompeuse de son palais, de sa magnificence royale, de ses tours et de ses forteresses, en rapprochant le chérubin rebelle du Dieu qu'il va combattre, fonde de plus en plus la vraisemblance de cette guerre. Le discours de Satan, inférieur à celui qui le précède, a toute l'éloquence qui convient au moment. Mais ce qu'il y a de plus remarquable dans ce chant, c'est le caractère sublime de fidélité que l'intrépide Abdiel conserve seul au milieu de la révolte générale de cette partie de l'armée; ses deux discours sont de la plus extrême véhémence, de la plus grande chaleur. On voit, par celte analyse, que ce chant est dans'toutes ses parties l'un des plus beaux de l'ouvrage, et qu'il est sur-tout remarquable par son admirable variété.

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