‹ Œuvres de J. DelilleChapitre 336 sur 413 · REMARQUES DU LIVRE VIL · texte numérisé non relu

REMARQUES DU LIVRE VIL

merveilleux encore; le cliar du fils de Dieu, soo dcpart, sa marche, le cortège qui l'environne, sont décrits avec une admirable magniBcence. Milton , dans cet endroit, a emprunté d'Ézéchiel plusieurs idées, dont quelques unes peuvent sembler bizarres, mais dont la plupart sont sublimes. L'attaque que livre au.i troupes rebelles la main toute-puissante, leur déroute , leur désespoir, sont exprimes avec la plus grande énergie ; mais rien n'égale le moment où les vaincus, chassés devant le char foudroyant de Dieu jusqu'aux confins du ciel, découvrent devant eux l'abime immense ouvert pour les recevoir; et, après avoir reculé d'effroi, ils sont ramenés par la foudre, et s'j précipitent en foule. La peinture du chaos étonné, de l'enfer ébranlé par leur chute, s'ouvrant, les engloutissant, et se refermant sur eux, est au-dessus de tout éloge. L'imagination de Milton pouvoit seule suffire à ces terribles peintures; ses vers, dans ce tableau, sont aussi supérieurs à toutes les descriptions des autres poètes, que le ciel l'est à la terre. Ce tableau se termine par un contraste admirable, par la peinture de la sécurité et de la paix rétablies dans le ciel, par la chute et l'exil des mauvais anges. Enfin , ce chant est terminé d'une manière sublime : c'est le fils de Dieu revenant vainqueur de la révolte, marchant en triomphe à travers son armée qui porte devant lui les palmes de la gloire, conduit en pompe dans le ciel, au milieu des hymnes et des cantiques, remontant sur le trône, et reprenant sa place à la droite de son père vengé.

C'est avec beaucoup de convenance et de raison que Raphaël profite de cette occasion pour réveiller le zèle et la fidélité des deux époux, par l'exemple de la vengeance divine, qu'il tourne pour eux en leçon; les avis qu'il leur donne sont exprimés avec la plus grande simplicité, et respirent l'affection la plus tendre, et je dirois presque la plus fraternelle. On voit qu'il étoit impossible de mettre plus de variété et de vraisemblance dans la description de ces combats surnaturels; aussi ce chant passe, avec raison, pour un des plus beaux de ce magnifique poëme. Quelques bizarreries ne peuvent en faire méconnoitrc les véritables beautés ; il faut juger souvent de la poésie comme de la peinture. Dans le fameux tableau du Jugement dernier , par Michel-Ange , tous les connoisseurs ont remarqué plus d'une inconvenance; de ce nombre sont les divinités païennes, admises daus ce sujet sacré : mais l'invention, la force, le mouvement, qui distinguent ce tableau, en font un des chefs-d'œuvre de la peinture ; et Milton est , sous plus d'un rapport, le Michel-Ange de la poésie.

Page 1