REMARQUES DU LIVRE XII
SU
beaulés; de ce nombre sont la description de la confusion des langues, très poétiquement exprimée; la peinture énergique et rapide des sept fléaux qui affligent l'Egypte. On n'en sauroit dire autant du passage de la mer Rouge : ici le législateur hébreu est fort supérieur au poète anglais; et la Vulgate même, tout inférieure qu'elle est au texte sacré, nous fait entendre la chute de l'arraée égyptienne , de ses chevaux et de ses chars, dans ce peu de mots, descendf.runl quasi pluinbum.
J'ai redoublé d'efforts pour me rapprocher du beau passage que je viens de citer. La manière dont il a peint la publication de la loi sur le mont Sinaï ne paroit pas non plus proportionnée à la hauteur du sujet. La naissance, la passion, la résurrection du Sauveur , le grand mystère de la rédemption, sujet si fécond et si pathétique, m'ont. aussi paru foiblement traités; et, si souvent inférieur à mon original, j'ai dû m'efforcer d'obtenir ici sur lui quelque supériorité.
Mais on ne peut donner trop d'éloges à la manière dont il a peint le moment où les deux époux sortent du paradis terrestre; la douloureuse nécessité de renoncer à ce beau séjour; le spectacle terrible de la milice céleste et de l'épée flambovante , leurs regards qui se tournent involontairement vers ces beaux lieux qu'ils ne reverront plus; ces doux infortunes s'avancant tristement appuyés l'un sur l'autre, et cherchant dans le désert une nouvelle patrie; tout cela est de la plus grande beauté.
Oserai-je me permettre ici d'indiquer le principal défaut de ces deux derniers chants? On sait que le poëte épique, à mesure qu'il approche de la catastrophe, doit accélérer la marche des événements. Ces deux chants, purement épisodiqucs, semblent donc déplacés à la fin du poème. Peut-être o'étoit-il pas difficile à Millon de tenir une marche plus régulière et plus heureuse. Après leur sentence prononcée par Michel dans le dixième livre , quatre cents vers auroient suffi pour leur montrer dans l'avenir les malheurs et les consolations réservés à leur postérité; le Christ naissant de la race de David, ses prodiges, sa mort et sa résurrection. Alors seroicnt arrivées naturellement les plaintes touchantes qu'Eve et Adam adressent, l'une à ses fleurs, au lit nuptial qu'elle se plaisoit à parer, l'autre aux lieux oii si souvent il avoit joui de la présence de Dieu et de l'entretien des anges.
Ce morceau, l'un des plus touchants de l'ouvrage, auroil été infiniment mieux placé à la fin du poème, et l'auroit terminé d'une manière plus pathétique. Malgré ces observations, je répète que ces deux chants rcufcrnient de grandes beautés, et que si l'on y remarque quelques foiblesses, ce sont celles d'un grand poète; et l'on ne peut s'empêcher de se rappeler, à ce sujet , ce que Milton a dit lui-même de l'ange de lumière dégradé par sa chute :
D'ombres et de lumière incroyable mélange; Et si c'ejt UD débris, c'est celui d'un archange.
Fl.N DES REMARQUES DU PARADIS PERDU.
POÉSIES FUGITIVES