‹ Œuvres de J. DelilleChapitre 352 sur 413 · A MONSIEUR LE PREMIER PRÉSIDENT MOLE · texte numérisé non relu

A MONSIEUR LE PREMIER PRÉSIDENT MOLE

A L'OCCiSION DE I.A KAISSANCE DE MONSIEUR DE CHAMPLATREUX.

Précipite, grand Dieu, dans la nuit éternelle Du superbe oppresseur la race criminelle ;

• En sa qualité de président de la cour des aides de Montaiibaa. Le Franc avoit défendu, avec autaut.de courage que d'éloquence, la cause et les intérêts du peuple auprès du roi.

ï Allusion aux poésies sacrées.

3 Le jeune Delille, qui s'occupoit déjà de la traduction des Céorgiqttes, met ingénieusement ici son travail sous la proi^-ctioD d'un nom alors célèbre duus la littérature.

Ensevelis son nom dans l'oubli du tombeau; Et que de ses palais l'édifice fragile.

Brisé comme l'argile , De ses derniers enfants écrase le berceau.

Mais conserve, ô mon Dieu, sous ton aile puissante Des humains bienfaisants la race florissante : Qu'ils étendent au loin leurs rejetons nombreux ; Que des fruits immortels de leur lige féconde

Ils nourrissent le monde , Et couvrent l'orphelin de leurs rameaux heureux.

Famille des Mole, triomphez d'âge en âge; Bravez, bravez des ans l'injurieux outrage; Que la gloire vous porte à l'immortalité. Ombres des demi-dieux, puissent mes chants profanes,

Sans offenser vos mânes, Se mêler aux accents de la postérité !

Des siècles et des temps je franchis la barrière ; De vos pas lumineux empreints dans la carrière , Jusqu'à votre berceau la trace me conduit : Tel un astre, élancé de la céleste voûte,

Vole et marque sa route Par des sillons de feu , qui brillent dans la nuit. Quel est ce magistrat » dont le mâle courage. Tranquille, inébranlable au milieu de l'orage. Affronte la fureur d'un peuple impétueux .' Je le vois, au milieu du trouble et des alarmes.

Des flambeaux et des armes , Arrêter d'un regard ces flots tumultueux. Ainsi de l'Éternel la sagesse profonde Choisit dans ses trésors , pour les besoins du mmide , Ces héros destinés aux siècles malheureux; Et, parmi les débris des trônes qui succombent ,

Des empires qui tombent.

Commande à l'univers de s'appuyer sur eux.

0 jours infortunés ! temps affreux i temps barbares ! Les peuples s'égorgeoient pour des monstres avares , La licence émoussoit le fer sacré des lois ;

Et, d'un glaive perfide armant sa main sanglante,

La discorde insolente Livroit à des tyrans la couronne des rois.

France, tu ne crains plus ces tempêtes cruelles; Ils ne sont plus ces temps où tes enfants rebelles De leurs coupables mains te décbiroient le flanc. Le Français, plus heureux que ses tristes ancêtres.

S'immole pour ses maîtres , Et conti-e ses rivaux va prodiguer son sang.

Mais , dans ces jours brillants , dans ces jours de ta De les anciens appuis lu chéris la mémoire ; [gloire, Les Mole pour jamais sont gravés diins ton cœur ;

1 Matthieu Mole, proctueur - général en i6i4; premier président le 19 novembre 1641; garde^des-sceaux le 3 avrd i65i; mort le 3 janvier i656.

POÉSIES FUGITIVES

ïu vois avec transport riiérilier magnanime

De leur vtilu siiljlime Dans le temple des lois veiller à ton bonlieur.

Hélas! de ce grand nom c'est l'unique espérance ! Périra-t-il , grand Dieu ! ce nom cher à la France ? Nous laisses-tu jouir de ses derniers bienfaits? Et verrons -nous tarir dans son antique source

Ce fleuve dont la course Répandoit parmi nous l'abondance et la paix ?

Ces héros , descendus dans les royaumes sombres , Se cachent de douleur dans la foule des ombres; L'orphelin consterné gémit sur leur tombeau, Et craint que de la mort l'haleine dévorante

De leur race expirante N'éteigne pour jamais le glorieux flambeau.

O nuit, dissipe-toi ; le jour est près d'éclore; D'un demi-dieu naissant je vois briller l'aurore: De l'éclat de son front le ciel s'est embelli ; Cet auguste palais arrosé de nos larmes

A, repris tons ses charmes, Et ses marbres fameux de joie ont tressailli.

Noble fds des héros , douce et frêle espérance , Si le sort loin de nous eût placé ta naissance Dans ces temps fabuleux, la honte des humains, Des prêtres , entourés de victimes sanglantes ,

Dans leurs veines fumantes Aujoient interrogé les décrets des destins,

De tes jours fortunés annonçant les miracles, La Sibylle du Tibre eût rendu ses oracles ; La Perse eût assemblé tous ses mages fameux ; L'Ehde eût fait parler de ses forêts antiques

Les chênes prophétiques ; Et pour toi Babylone eût consulté les cieux.

Moi , j'aurois de ton nom consulté le présage ; Du bonheur des Français ce nom seul est le gage; L'héritier des Mole doit au monde un héros. Déjà je vois Thémis qui, pleurant d'alégresse,

Dans ses bras te caresse , Te sourit tendrement, et te parle en ces mots:

« Rejeton précieux d'une tige adorée, Le ciel enfin t'accorde à Thémis éplorée ; Ma bouche te promet le destin le plus beau : Souviens-toi seulement qu'au jour de ta naissance

J'ai reçu ton enfance ; Que mon temple sacré t'a servi de berceau.

« Ah ! sans doute le Dieu qui préside à la guerre , Jaloux de mon bonheur et du bien de la terre, Osera t'inviter à marcher sur ses pas : Sans doute il l'offrira l'éclat de la victoire ,

Les palmes de la gloire ; Mais qu'il n'espère point t'arracher de mes bras !

" Que ses barbares mains, en ravages fécondes. Des fleuves de l'Europe ensanglantant les ondes. Changent ces beaux climats en de vastes déserts; Sous sou sceptre d'airain que les aits se flétrissent ,

Que les peuples gémissent :

Avec moi, cher enfiuit, rends heureux l'univers.

« Déjà le crime tremble , et le foible pupille Coulre l'usurpateur le demande un asile ;

Entends ces cris de joie élancés vers les cieux ; Et, de l'astre du jour si ta foible paupière

Peut souffrir la lumière, Contemple ces palais où régnoient tes aïeux.

« C'est là qu'ils prolégeoient la timide innocence *. Là l'auteur de tes jours enchaîne la licence; Tu baiseras ces mains qui domptent l'oppresseur ; Dans ses embrassements tu puiseras la flamme

Qui brûle dans son ame; Et son cœur lotit entier passera dans ton cœur.

« Et toi, pour cet enfant épurant ta lumière, Soleil, va préparer son illustre carrière; Ouvre pour lui du Temps le palais immortel; Choisis tes jours d'azur dans ces riclies demeures ;

Que la troupe des Heures Se rassemble en riant sur ton char éternel.

" Que l'innocent plaisir sur leur fronl se déploie; Que leurs yeux, embellis des rayons de la joie. Écartent pour jamais le chagrin ténébreux ; Viens , descends , ô bonheur, sur leurs brillantes ailei ;

El que leurs mains fidèles Forment des plus beaux ans l'enchaînement heureux. >»

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