‹ Œuvres de J. DelilleChapitre 382 sur 413 · POUR MOULIN- JOLI · texte numérisé non relu

POUR MOULIN- JOLI

Je suis le talisman de ces lieux de féeries :

Malheur à qui me détruira;

Bonheur à qui conservera Les droils de la nature et ces rives chéries ! Un bon meunier autrefois me plaça

Sur le cours de cette onde pure ;

Un vieux curé me conserva ; Un couple heureu.x , ami de la nature ,

Me prit en gré , me respecta ,

Et dit , lorsqu'il me répara :

« Deviens le talisman de ces lieux de féeries ;

Malheur à qui te détruira ;

Bonheur à qui conservera Les droits de la nature et ces rives chéries ! »

Il dit encore : « Ah ! crains que quelque' jour Le faste destructeur , l'ignorance hardie , Pénétrant en ces lieux, n'usurpent ce séjour.

L'ignorance , avec industrie ,

D'un air capable enlaidira

Ce que sans art, sans symétrie, La natnre, en riant, de ses mains décora. Les détours ondoyants de ces rives fleuries ,

Le faste les redressera ; Ces arbres , de leurs bras couronnant les prairies ,

Le faux goût les mutilera; Ces réduits ombragés , propres aux rêveries.

Un cœur faux les profanera ; Et par-tout la nature , insultée et flétrie ,

En détestant la barbarie,

De ce séjour disparoîtra.

Ah ! sois le talisman de ces lieux de féeries :

Malheur à qui te détruira ;

Bonheur à qui conservera Les droits de la natiure et ces rives chéries ! »

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