‹ Œuvres de J. DelilleChapitre 384 sur 413 · A UNE LETTRE DE M. D'ÉTAMPES · texte numérisé non relu

A UNE LETTRE DE M. D'ÉTAMPES

Le ciel a donc"Tpour vous exaucé tous mes vœux ! Vous faites mon bonheur en vous disant heureux.

Sagement gai, jeunemeut sage, Loin de la grande ville, infernal paradis Où viennent se damner nos jeunes étourdis; Loin de l'urne où du sort l'éternel ballollage

Tire au hasard tant de différenls lots, Les malheurs du génie et les succès des sols; Possesseur fortuné d'un riant paysage.

Entre l'élude et le loisir,

Moitié travail, moitié plaisir, Vous savez de la vie assurer le voy'Sge. Pour vous tout gîte est bon, tout ciel est sans nuage.

I Cette traduction fut une des pièees lues à l'Académie française par l'abbé Delille, le 17 avril 1778, en présence di; Voltaire, qui assistoit à celte séance: pendant la lecture, le vieux malade se rappeloit les vers de Pope, les comparoit à ceux du traducteur, et donnoil souvent la préférence à ceux-ci.

POÉSIES FUGITIVES

D'utiles passe-lemps, d'agréables labeurs,

Des contes et des vers , vos enfants et vos fleurs :

Un espalier où la cullure

Aide à corriger la nature ;

Dans la maison point de micmac; Le paisible échiquier, et le bruyant trictrac, El l'ivoire arrondi qui va chercher la blouse ; De la gaieté sans bruit, de l'esprit sans efforts; A table autour de vous des esprits assez forts

Pour être treize, au lieu de douze; Un cercle peu nombreux , moins brillant qu'amical ; Quelques gouttes d'Aï dans le tonneau du mal;

Bons amis et bon voisinage ; La foire du canton, la fête du village;

Quelques perdreaux tirés au vol;

Bien sans procès. Normands sans dol;

Des ou\Tiers qui vous conçoivent;

Des fermiers payant ce qu'ils doivent; Le bon curé , passant en bonheur tous prélats ,

Qui , dans sa charité féconde , Après avoir en chaire exercé sa faconde, Béni l'hymen, la vie et le trépas,

Chez les pauvres finit sa ronde ;

Sait, en venant de l'autre monde, Causer tout bonnement des choses dlci-bas ;

De temps en temps un bal, où les musettes Font sauter en cadence et garçons et fillettes ;

Le journal et le bulletin , Avec le chocolat servis chaque matin; La lecture du soir, la douce causerie , Beaucoup de promenade, un peu de rêverie.

Quelques écrits intéressants, Quelques billets à des amis abseuls.

Les beaux-aris à Paris , aux champs le jardinage ,

Parfois un joyeux badiuage, Vous sauvent de l'ennui, triste enfant du dégoût.

Bénissez donc votre partage :

L'homme heureux est celui qui sait l'èlre par-toul.

EPITRE

A LA CÉLÈBRE ]\LiDEMOISELLE ***.

Lorsque du haut des voûtes éternelles Le roi des dieux venoit aux demeures mortelles Chercher ou l'homme jusie, ou la jeune beauté,

Sa modeste immortalité N'alloit point, dédaignant le repos des cabanes.

Demander aux palais profanes

La pompeuse hospitalité.

Hôte indulgent, à son banquet céleste.

Où jamais ne siégea la douce égalité.

Il préféroit d'un gîte agreste

L'innocente frugalité.

Là , dans l'incognito de la grandeur suprême , Oubliant pour un jour l'éliquelte des cieu'x , (;hez l'homme hospitalier, pau\Te et religieux, Le chaume pour lambris , des fleurs pour diadème ,

Du miel pour ambrosie et du lail pour nectar.

En attendant que des chaumières Le doux sommeil vînt fenner ses paupièi^es, Jupiter dételoit les aigles de son char;

Et sans projets, et sans tonnerre, Laissant aller le monde et rouler le Destin,

En simple habitant de la terre, Du pauvre laboureur parlageoit le festin; Mais au départ (Baucis en offre un graud exemple), Le voyageur sacré, de ce rustique lieu Changeoit l'obscur asile en un superbe temple.

Et payoit son écot en dieu.

Vous êtes plus puissante encore et plus modeste;

Et mon poétique taudis.

Grâce à vos traits divins, à votre voix céleste.

Devient pour moi le paradis.

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