ÉPITRE A M. DE BRULE
Perdreaux exquis, vers pleins de grâce.
Les fruits de votre veine et ceux de votre chasse Dans notre humble logis arrivent à-la-fois. Ainsi le dieu qui d'un heureux délire Dans mes beaux ans m'auimoit quelquefois Partage avec vous son empire :
Poëte , vous touchez sa lyre ; Chasseur, vous portez son carquois.
Pour moi, qui, sur les monts, dans les plaines riaulcs. Sous la fraîche épaisseur des forêts ondoyantes. Promenant mes rêves chéris.
Poursuis des vers, et non pas des perdrix; Qui dans les airs laissant l'oiseau rapide. Le lièvre dans son gîte, et le cerf dans ses bois; Qui, chasseur paresseux et rimeur intrépide.
Chaque soir reviens sous mes toits Mon portefeuille plein, ma gibecière vide; Entre vos deux talents s'il falloit faire un choix, Au lieu de dépeupler ces terres giboyeuses , De vos feslius à la gaieté si chers Inépuisables pourvoyeuses , Fidèle au dieu du chant que dès long-temps je sers. Je l'avouerai, pour ma muse indigente, A vos poétiques concerts J'aimerois mieux voler quelqu'un des jolis airs Que votre muse négligente Adresse à l'écho des déserts :
Gardez donc votre chasse , et laissez-moi vos vers.