PARTIE I, LETTRE 1. . l
«du gouvernement, lui ayant fait porter cette èen- « tence, ne lui permet ni de la changer ni de Faf* « foiblir. »
Ce ne «ont pas là toutes les raisons, objections et réponses qui ont été alléguées de part et d autre; mais ce sont les principales , et elles suffisent pour établir par rapport à moi la question de fait et de droit.
Cependant comme l'objet, ainsi prédenté 7 demeure encore un peu vague, je vais tâcher de le fixer avet plus de précision , de peur que fous n'étendiez ma dé* fense à la partie de cet objet que je n y veux pas embrasser»
Je suis homme, et j ai fait des livres; j'ai donc fart aussi des erreurs ". J'en aperçois moi-même en assez grand nombre : je ne doute pas que d'autres n'en voient beaucoup davantage, et qu'il n'y en ait bien plus encore que ni moi ni d'autres ne voyons point. Si Ton ne dit que cela, j'y souscris.
Mais quel auteur n'est pas dans le même cas, ou s'ose flatter de n'y pas être ? Là-dessus donc point de dispute. Si l'on me réfute et qu'on ait raison, l'erreur est corrigée, et je me taife. Si l'on me réfute et qu'on ait tort, je me tais encore : dois-je répondre du fait d autrui? EnJout état de cause, après avoir entendu
1 Exceptons , si Ton veut, les livres de géométrie et leurd auteurs. Encore, s'il n'y a point a* erreurs dans les propositions mêmes, qui flous assurera qu'il n'y en ait point dans Tordre de déduction, dans* le choix , dati* la méthode? ËucRdé démontre , et parvient à son but ; mais quel chemin prend-il ? combien n'erre-t-il pas dans sa route ? La science a beau être infaillible, l'homme qui la cultive se trompe souvent.
l64 i LETTRE8 ÉCRITES DE LA MONTAGNE.
les deux parties, le public est juge; il prononce, le livre triomphe ou tombe, et le procès est fini.
Les erreurs des auteurs sont souvent fort indifférentes; mais il en est aussi de dommageables, même contre l'intention de celui qui les commet. On peut se tromper au préjudice du public comme au sien propre; on peut nuire innocemment. Les controverses sur les matières de jurisprudence, de morale, de religion, tombent fréquemment dans ce cas. Né-" cessairement un des deux disputants se trompe , et Terreur sur ces matières , important toujours , devient faute; cependant on ne la punit pas quand on la présume involontaire. Uft homme n'est pas cbupable pour nuire en voulant servir; et si Ton poursuivoit criminellement un auteur pour des fautes d'ignorance ou d'inadvertance , pour de mauvaises maximes qu'on pourroit tirer de ses écrits très conséquemment , mais contre son gré, quel écrivain pourroit se mettre à l'abri des poursuites? Il faudrait être inspiré du Saint- Esprit pour se faire auteur, et n'avoir que des gens inspirés du Saint-Esprit pour juges.
Si l'on ne m'impute que de pareilles fautes, je ne m'en défends pas plus que des simples erreurs. Je ne puis affirmer n'en avoir point commis de telles , parceque je ne suis pas un ange; mais ces fautes qu'on prétend trouver dans mes écrits peuvent fort bien n'y pas être, parceque ceux qui les y trouvent ne sont pas des anges non plus. Hommes et sujets à l'erreur ainsi que moi, sur quoi prétendent-ils que leur raison soit l'arbitre de la mienne, et que je sois punissable pour n'avoir pas pensé comme eux?