‹ Œuvres de J.J. RousseauChapitre 9 sur 159 · PARTIE I, LETTRE I. l6ï · texte numérisé non relu

PARTIE I, LETTRE I. l6ï

nuent-ils, «ni un jugement, ni une sentence , mais « un simple appointement provisoire , qui laissoit dans «leur entier mes exceptions et défenses, et qui, dans « le cas prévu, servoitde préparatoire à la procédure «prescrite par les édits et par l'ordonnance ecclésias- « tique. »

A. cela , les représentants , sans entrer dans l'examen de la doctrine , objectèrent « que le Conseil ayoit «Jugé sans formalités préliminaires; que l'article « lxxxvih del'ordonnance ecclésiastique avoit été violé «dans ce jugement; que la procédure faite en i56a « contre Jean Morelli à forme de cet article en mon- « troit clairement l'usage, etdonnoit par cet exemple « une jurisprudence qu'on n'auroit pas dû mépriser; « que cette nouvelle manière de procéder étoit même « contraire à la régie du droit naturel admise chez tous « les peuples , laquelle exige que nul ne soit condamné « sans avoir été entendu dans ses défenses; qu'on ne « peut flétrir un ouvrage sans flétrir en même temps « Fauteur dont il porte le nom ; qu'on ne voit pas « quelles exceptions et défenses il reste à un homme « déclaré impie , téméraire , scandaleux dans ses écrits , « et après la sentence rendue et exécutée contre ces « mêmes écrits, puisque les choses n'étant point sus- « ceptibles d'infamie, celle qui résulte de la combus- « tion d'un livre par la main du bourreau rejaillit nécessairement sur l'auteur : d'où il suit qu'on n'a pu « enlever à un citoyen le bien le plus précieux, Thon- « neur; qu'on ne pouvoit détruire sa réputation, son « état, sans commencer par l'entendre; que les ou- « vrages condamnés et flétris méritoient du moins au-

« tant de support et de tolérance que divers autres « écrits où Ton fait de cruelles satires sur la religion, « et qui ont été répandus et même imprimés dans la « ville; qu'enfin, par rapport aux gouvernements, il a « toujours été permis dans Genève de raisonner libre- « ment sur cette matière générale; qu on n'y défend « aucun livre qui en traite ; qu'on n'y flétrit aucun « auteur pour en avoir traité , quel que soit son senti* « ment; et que, loin d'attaquer le gouvernement de la « république en particulier, je ne laisse échapper au- « cune occasion d'en faire l'éloge* » . '

il ces objections il fut répliqué de la part du Conseil , « que ce n'est point manquer à la régie qui veut que « nul ne soit condamné sans l'entendre, que de con- » damner un livre après en avoir pris lecture et l'avoir « examiné suffisamment; que l'article Lxxxvni de9or- « donnantes n'est applicable qu'à un homme qui dog- « matise , et non à un livre destructif de la religion « chrétienne; qu'il n'est pas vrai que la flétrissure d'un « ouvrage se communique à l'auteur, lequel peut na* «voir été qu'imprudent ou maladroit; qu'à l'égard «des ottvrages scandaleux, tolérés ou même impri» «mes dans Genève, il n'est pas raisonnable de pré» «tendre que, pour avoir dissimulé quelquefois, un «gouvernement soit obligé de dissimuler toujours; « que d'ailleurs le» livres où l'on ne fait que tourner « en ridicule la religion ne sont pas à beaucoup près «aussi punissables que ceux où sans détour on lat> « taque par le raisonnement; qu'enfin ce que le Court seil doit au maintien de la religion chrétienne dans « sa pureté, au bien public, aux lois, .et à l'honneur

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