PARTIE II, LETTRE VII
petit nombre d'honnêtes bourgeois seraient des scélérats , on ne réclame point dans leurs murs , On n'y connolt pas même l'odieux droit d'emprisonner sans formalités. Gbez vous on s'est toujours laissé séduire à l'apparence, et l'on a négligé l'essentiel. On s'est trop occupé du Conseil général/ et pas assez de ses membres : il felloit moins songer à ^autorité, et pins à la liberté. Revenons aux Conseils généraux.
Outre les limitations de l'article m, les articles v et vi en offrent de bien plus étranges; un corps souverain qui ne peut ni se former ni former aucune opération d* kû-»même, et soumis absolument, quant à son activité et quant aux matières qu'il traite , à des tribunaux Subalternes. Comme ces tribunaux n'approuveront certainement pas des propositions qui leur seraient en particulier préjudiciables, si l'intérêt de l'état se trouve en conflit avec le leur, le dernier a toujours la préférence , parcequ'il n'est permis au législateur de connottre que de ce qu'ils ont approuvé,
A force de tout soumettre à la régie y on détruit la première des régies, qui est la justice et le bien public. Quand les hommes sentiront-ils qu'il n'y a point de désordre aussi funeste que le pouvoir arbitraire , avec lequel ils pensent y remédier ? Ce pouvoir est lui-même le pire de tous les désordres : employer un tel moyen pour les prévenir , c'est tueries gens afin qu'ils n'aient pas la fièvre. ,
Une grande troupe formée en tumulte peut faire beaucoup de mal. Dans une assemblée nombreuse, quoique régulière, si chacun peut dire et proposer ce qu'il v$M , on perd bien du temps àt écouter des folies ,
356 LETTRES ÉCRITES DE LA MONTAGNE, et Ton peut être en danger d'en faire. Voilà des vérités incontestables. Mais est-ce prévenir l'abus d'une manière raisonnable; que de faire dépendre cette assemblée uniquement de ceux qui voudroient l'anéantir , et que nul n'y puisse rien proposer que ceux qui ont le plus grand intérêt de lui nuire? Car, monsieur, n'est-ce pas exactement là 1 état des choses? et y a-til un seul Genevois qui puisse douter que si l'existence du Conseil général dépendoit tout-à-fàit du petit Conseil , le Conseil général ne fût pour jamais supprimé?
Voilà pourtant le corps qui seul convoque ces assemblées et qui seul y propose ce qu'il lui plaît: car pour le Deux-cents , il ne fait que répéter les ordres du petit Conseil; et quand une fois celui-ci sera délivré du Conseil général, le Deux-cents ne l'embarrassera guère; il ne fera que suivre avec lui la route qu'il a frayée avec vous.
Or, qu'ai-je à craindre d'un supérieur incommode dont je n'ai jamais besoin, qui ne peut se montrer que quand je le lui permets, ni répondre que quand je l'interroge? Quand je l'ai réduit à ce point, nepuis-jepas m'en regarder comme délivré?
Si l'on dit que la loi de l'état a prévenu l'abolition des Conseils généraux en les rendant nécessaires à l'élection des magistrats et à la sanction des nouveaux édits , je réponds , quant au premier point , que toute la force du gouvernement étant passée des mains des magistrats élus par le peuple dans celles du petit Conseil qu'il n'élit point et d'où se tirent les principaux de ces magistrats , l'élection et l'assemblée où elle se fait ne sont plus qu'une vaine. formalité sans consistance,