‹ Œuvres de J.J. RousseauChapitre 117 sur 159 · PARTIE II, LETTRE VIII. 38g · texte numérisé non relu

PARTIE II, LETTRE VIII. 38g

eût dû vous conserver le droit des armes , si quelque peuple eût pu l'avoir sans danger. Toutefois je bénirai le ciel , quoi qu il arrive , de ce qu'on n'en verra plus l'affreux appareil au milieu de vous. Tout est permis dans les maux extrêmes, dit plusieurs fois l'auteur des Lettres. Cela fût-il vrai, tout ne seroit pas expédient. Quand l'excès de la' tyrannie met celui qui la souffre au-dessus des lois , encore faut-il que ce qu'il tente pour la détruire lui laisse quelque espoir d'y réussir. Voudroit-on vous réduire à cette extrémité? Je ne puis le croire ; et quand vous y seriez , je pense qpcore , moins qu'aucune voie de fait pût jamais vous en tirer. Dans votre position , toute fausse démarche est fatale , tout ce qui vous induit à la faire est un piège ; et fussiez-vous un instant les maîtres, en moins de quinze jours vous seriez écrasés pour jamais. Quoi que fassent vos magistrats , quoi que dise l'auteur des Lettres , les moyens violents ne conviennent point à la cause juste: sans croire qu'on veuille vous forcer à les prendre, je crois qu'on vous les verroit prendre avec plaisir ; et je crois qu'on ne doit pas vous faire envisager comme une ressource ce qui ne peut que vous ôter toutes les autres. La justice et les lois sont pour vous. Ces appuis , je le sais, sont bien foibles contre le crédit et l'intrigue ; mais ils sont les seuls qui vous restent: tenez-vous-y jusqu'à la fin.

Eh! comment approuverois-je qu'on voulût troubler la paix civile pour quelque intérêt que ce fût, moi qui lui sacrifiai le plus cher de tous les miens? Vous le savez , monsieur , j'étois désiré , sollicité ; je n avois qu'à paroître , mes droits étoient soutenus ,

390 LETTRES ÉCRITES DE LA MONTAGNE, peut-être mes affronts réparés. Ma présence eût du moins intrigué mes persécuteurs, et j'étois dans une de ces positions enviées dont quiconque aime à faire urç rôle se prévaut toujours avidement. J ai préféré Texil perpétuel de ma- patrie; j'ai renoncé à tout, même à l'espérance, plutôt que d'exposer là tranquillité publique : j'ai mérité d'être eru sincère lorsque je parle en sa faveur.

Mais pourquoi supprimer des assemblées paisibles et purement civiles , qui ne pou voient avoir qu'un objet légitime , puisqu'elles restoient toujours dans la subordination due au magistrat? Pourquoi , laissant à la bourgeoisie le droit de faire des représentations -, ne les lui pas laisser faire avec l'ordre et l'authenticité convenables? Pourquoi lui citer les moyens d'en délibérer entre elle, et, pour éviter des assemblées trop nombreuses , au moins par ses députés? Peut-on rien imaginer de mieux réglé , de plus décent i de plus convenable., que les assemblées par compagnies, et la forme de traiter qu'a suivie la bourgeoisie pendant qu'elle a été la maîtresse de l'état? N'est-il pas d une police mieux entendue de voir monter à l'Hétel-deville une trentaine de députés au nom de tous leurs concitoyens , que de voir toute une bourgeoisie y monter en foule , chacun ayant sa déclaration à faire , et nul ne pouvant parler que pour sot? Vous avez vu , monsieur , les représentants en grand nombre , forcés de se diviser par pelotons pour ne pas faire tumulte et cohue, venir séparément par bandes de trente ou quarante, et mettre dans leur "démarche encore plus de bienséance et de modestie qu'il ne leur en étott

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