PARTIE II, LETTRE VIII
prescrit par la loi. Mais tel est l'esprit de laJxmrgeoisie de Genève ; toujours plutôt en deçà qu'en delà de ses droits,, elle est ferme quelquefois , elle n'est jamais séditieuse. Toujours la loi dans le cœur, toujours le respect du magistrat sous les yeux , dans le temps même où la plus vive indignation devoit animer sa colère , et ou rien ne l'empêchoit de la contenter , elle ne s'y livra jamais. Elle fut juste étant la plus forte; même elle sut pardonner. En eût-on pu dire autant 4e ses oppresseurs ? On sait le sort qu'ils lui firent éprouver autrefois ; on sait celui qu'ils lui préparoient encore.
Tels son* les hommes vraiment dignes de la liberté , parcequ ils n'en abusent jamais , qu'on charge pourtant de liens et d'enfrave9 comme la plus yile populace. Tels sont les citoyens , les membres du souverain qu'on traite en sujets, et plus mal que des sujets mêmes , puisque , dans les gouvernements les plus absolus , ott permet des assemblées de communautés qui ne sont présidées d'aucun magistrat.
Jamais, comme qu'on s'y prenne, des règlements contradictoires ne pourront être observés àJa-fois. On permet, on autorise le droit de représentation ; et l'oqi reproche aux représentants de manquer de consistance, en les empêchant d'en avoir.! Cela n'est pas juftte ; et quand on vçus met Jhor$ d'état de faire en .corps vos démarches , il. ne faut pas vous objecter que vous n'êtes qqe des participera Comment ne voit-op point que si le poids des représentations dépend dç nombre des représentants , quand elles sont générales , il est impossible de les faire, uq à un? Et quel ne séroit pas rembarras du magistrat , s'il avoit à lire suc-
cessivement les mémoires ou à écouter les discours du n millier d'hommes , comme il y est obligé par la loi !
Voici donc la facile solution de cette grande difficulté que Fauteur des Lettres fait valoir cçmme insoluble l : que lorsque le magistrat n'aura eu nul égard aux plaintes des particuliers portées en représentations , il permette rassemblée des compagnies bourgeoises; qu'il la permette séparément, en des lieux, en des temps différents; que celles de ces compagnies qui voudront à la pluralité des suffrages appuyer les représentations , le fassent par leurs députés. Qu'alors le nombre des députés représentants se compte : leur nombre total est fixe; on verra bientôt si leurs vœux sont ou ne sont pas ceux de l'état.
Ceci ne signifie pas, prenez-y bien garde, que ces assemblées partielles puissent avoir aucune autorité, si ce n'est de faire entendre leur sentiment sur la ma-» tière des représentations. Elles n'auront, comme assemblées autorisées pour ce seul cas , nul autre droit que celui des particuliers : leur objet n'est pas de changer la loi , mais de juger si elle est suivie ; ni de redresser des griefs, mais de montrer le besoin d'y pourvoir : leur avis , fut-il unanime , ne sera jamais qu'une représentation. On saura seulement par là si cette représentation mérite qu'on y défère , soit pour assembler le Conseil général, si les magistrats l'approuvent, soit pour s'en dispenser, s'ils l'aiment mieux, en faisant droit par eux-mêmes sur les justes plaintes des citoyens et bourgeois.
Cette voie est simple, naturelle, sûre; elle est sans
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