PARTIE II, LETTRE VIII. 3g
inconvénient. Ce n'est pas même une loi nouvelle à faire , c'est seulement un article à révoquer pour ce seul cas. Cependant si elle effraie encore trop vos magistrats, il en reste une autre non moins facile, et qui n'est pas plus nouvelle; c'est de rétablir les Conseils généraux périodiques, et d'en borner l'objet aux plaintes mises en représentations durant l'intervalle écoulé de l'un à l'autre , sans qu'il soit permis d'y porter aucune autre question. Ces assemblées , qui , par une distinction très importante ', n'auroient pas l'autorité du souverain, mais du magistrat suprême, loin de pouvoir rien innover, ne pourroient qu'empêcher toute innovation de la part des Conseils , et remettra toutes choses dans l'ordre de la législation, dont le corps , dépositaire de la force publique , peut maintenant s'écarter sans gêne autant qu'il lui plaît. En sorte que, pour faire tomber ces assemblées d'elles-mêmes , les magistrats n'auroient qu'à suivre exactement les lois : car la convocation d'un Conseil général seroit inutile et ridicule lorsqu'on n'auroit rien à y porter ; et il y a grande apparence que c'est ainsi que se perdit l'usage des Conseils généraux périodiques au seizième siècle, comme il a été dit ci-devant. Ce fut dans la vue que je viens d'exposer qu'on les rétablit en 1 707 ; et cette vieille question , renouvelée aujourd'hui, fut décidée alors par le fait même de trois Conseils généraux consécutifs , au dernier desquels passa l'article concernant le droit de représentation. Ce droit n'étoit pas contesté , mais éludé : les magistrats n'osoient disconvenir que, lorsqu'ils refu-
1 Voyez le Contrat social , Ht. iii, chap. 17.
394 LETTRES KC11TE8 DE JUA MONTAGNE, soient de satisfaire aux plaintes de la bourgeoisie, la question ne dût être portée en Conseil général : mais comme il appartient à eux seuls de le convoquer, ils prétendoient sous ce prétexte pouvoir en différer la tenue à leur volonté , et eomptoient lasser à force de délais la constance de la bourgeoisie. Toutefois son droit fut enfin si bien reconnu , qit on fit , dès le 9 avril , convoquer l'assemblée générale pour le 5 mai ; a/?», dit le placard , de lever par ce moyen les insinuations qui ont été répandues que la convocation en pourrait être éludée et renvoyée encore loin.
Et qu'on ne dise pas que cette convocation fut forcée par quelque acte de violence ou par quelque tumulte tendant à sédition , puisque tout se traitoit alors par députations, comme le Conseil Fa voit désiré , et que jamais les citoyens et bourgeois ne furent plus paisibles dans leurs assemblées, évitant de les faire trop nombreuses et de leur donner un air imposant. Us poussèrent même si loin la décence , et j'ose dire la dignité , que ceux d'entre eux qui portoient habituellement l'épée la posèrent toujours pour y assister '. Ce ne fut qu'après que tout fut fait, c'est-àdire à la fin du troisième Conseil général , qu'il y eut un cri d armes causé par la faute du Conseil , qui eut l'imprudence d'envoyer trois compagnies de la gar-
1 Ils eurent la même attention en Jy34* dans leurs représentations du 4 mars , appuyées de mille ou de douze cents citoyens on bourgeois en personne, dont pas un seul n'avoit l'épée an côté. Ces soins, qui paroîtroient minutieux dans tout antre état, ne le sont pas dans une démocratie, et caractérisent peut-être mieux un peuple que des traits plus éclatants.