PARTIE H, LETTRE "Y III. 3t
oison , la baïonnette au bout du fusil , pour forcer deux on trois cents citoyens encore assemblés à Saint- Pierre.
Ces Conseils périodiques, rétablis en 1707, furent révoqués cinq ans après ; mais par quels moyens et dans quelles circonstances? Un court examen de cet édit de 1 7 1 2 nous fera juger de sa validité.
Premièrement, le peuple, effrayé par les exécutions et proscriptions récentes , n avait ni liberté ni • sûreté; il ne pouvoit plus compter sur rien , après la frauduleuse amnistie qu'on employa pour le surprendre. Il croyoit à chaque instant revoir à ses portes les Suisses qui servirent d'archers à ces sanglantes exécutions. Mal revenu d'un effroi que le début de 1 edit étoit très propre à réveiller , il eût tout accordé par la seule crainte ; il sentoit bien qu'on ne Tassembloit pas pour donner la loi , mais pour la recevoir.
Les motifs de cette révocation , fondés sur les dangers des Conseils généraux périodiques , sont d'une absurdité palpable à qui connoît le moins du monde l'esprit xle votre constitution et celui de votre bourgeoisie. On allègue les temps de peste , de famine et de guerre , comme si la famine ou la guerre étoit un obstacle à la tenue d'un Conseil ; et quant à la peste , vous m'avouerez que c'est prendre ses précautions de loin. On s'effraie de l'ennemi, des malintentionnés, des cabales ; jamais on ne vit des gens si timides : Fèxpérience du passé de voit les rassurer. Les fréquents Conseils généraux ont été , dans les temps les plus orageux , le salut de la république , comme il sera montré ci^après ; et jamais on n'y a pris que des réso-
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lutions sages et courageuses. On soutient ces assemblées contraires à la constitution , dont elles sont le plus ferme appui ; on les dit contraires aux édits , et elles sont établies par les édits ; on les accuse de nouveauté , et elles sont aussi anciennes que la législation. Il n'y a pas une ligne dans ce préambule qui ne soit une fausseté ou une extravagance : et c'est sur ce bel exposé que la révocation passe , sans programme antérieur qui ait instruit les membres de l'assemblée de la proposition qu'on leur vouloit faire, sans leur donner le loisir d'en délibérer entre eux , même d'y penser, et dans un temps où la bourgeoisie , mal instruite de l'histoire de son gouvernement , s'en laissoit aisément imposer par le magistrat !
Mais un moyen de nullité plus grave encore est la violation de l'édit dans sa partie à cet égard la plus importante , savoir la manière de déchiffrer les billets ou de compter les voix. Car dans l'article iv de l'édit de 1707, il est dit qu'on établira quatre secrétaires àd actum pour recueillir les suffrages , deux des Deuxcents et deux du peuple, lesquels seront choisis surle-champ par M. le premier syndic , et prêteront serment dans le temple ; et toutefois , dans le Conseil général de 1 7 1 2 , sans aucun égard à l'édit précédent, on fait recueillir les suffrages par les deux secrétaires d'état. Quelle fut donc la raison de ce changement? et pourquoi cette manœuvre illégale dans un point si capital, comme si l'on eût voulu transgresser à plaisir la loi qui venoit d'être faite? On commence par violer dans un article ledit qu'on veut annuler dans un autre! cette démarche est-elle régulière? Si, comme