PARTIE 1, LETTRE I
faut en examiner les principes , et voir ce qu'il eu résulteroit si ces principes étoieut admis. Comme j ai traité beaucoup de matières, je dois me restreindre à celles sur lesquelles je suis poursuivi, savoir, la religion et le gouvernement. Commençons parle premier article, à l'exemple des juges qui ne se sont pas expliqués sur lç second*
On trouve dans YÉmile la profession de foi d un prêtre catholique, et dans YHéldise celle d'une femme dévote. Ces deux pièces s'accordent assez pour qu'on puisse expliquer Tune par l'autre , et de cet accord on peut présumer avec quelque vraisemblance qae si l'auteur qui a publié les livres où elles sont contenues ne les adopte pas en entier l'une et l'autre, du moins i) les favorise beaucoup. De ces deux professions de foi , la première étant la plus étendue et la seule où l'on ait trouvé le corps du délit, doit être examinée par préférence.
Cet examen, pour aller à son but, rend encore un éclaircissement nécessaire ; car remarquez bien qu'éclaircir et distinguer les propositions que brouillent et confondent mes accusateurs, c'est leur répondre. Comme ils disputent contre l'évidence , quand la question est bien posée ils sont réfutés.
Je distingue dans la religion deux parties , outre la forme du culte qui n'est qu'un cérémonial. Ces deux parties sont le dogme et la morale. Je divise les dogmes encore en deux parties - % savoir , celle qui , posant les principes de nos devoirs, sert de base à la morale, et celle qui, purement de foi, ne contient que des dbgmes spéculatifs.
l68 LETTRES ÉCRITES DE LA MONTAGNE.
De cette division, qui me paraît exacte, résulte celle des sentiments sur la religion , d'une part en vrais , feux ou douteux , et de l'autre en bons , mauvais ou indifférents.
Le jugement des premiers appartient à la raison seule; et si les théologiens s'en sopt emparés, c'est comme raisonneurs, c'est comme professeurs de la science par laquelle on parvient à la connoissance du vrai et du feux en matière de foi. Si l'erreur en cette partie est nuisible, c'est seulement à ceux qui errent, et c'est seulement un préjudice pour la vie à venir , sur laquelle les tribunaux humains ne peuvent étendre leur compétence. Lorsqu'ils connoissent de cette matière, ce n'est plus comme juges du vrai et du feux, mais comme ministres des lois civiles qui règlent la forme extérieure du culte : il ne s'agit pas encore ici de cette partie ; il en sera traité ci-après.
Quant à la partie de la religion qui regarde la morale , c'est-à-dire la justice , le bien public , l'obéissance aux lois naturelles et positive^, les vertus sociales et tous les devoirs de l'homme et du citoyen , il appartient au gouvernement d'en connoître : c'est eti ce point seul que la religion rentre directement sous sa juridiction, et qu'il doit bannir, non l'erreur dont il n'est pas juge , mais tout sentiment nuisible qui tend à couper le nœud social.
Voilà, monsieur, la distinction que vous avez à' faire pour juger de cette pièce, portée au tribunal , non des prêtres, mais des magistrats. J'avoue qu'elle n'est pas toute affirmative. On y voit des objections et des doutes. Posons, ce qui n'est pas , quecesdoutes