PARTIE I, LETTRE I
soient des négations^ Mais elle est affirmative dans sa plus grande partie ; elle est affirmative et démonstrative sur tous les points fondamentaux de la religion civile : elle eèt tellement décisive sur tout ce qui tient à la Providence éternelle, à l'amour du prochain, à la justice, à la paix, au bonheur des hommes, aux lois de la société r à toutes les vertus, que les objections, les doutes même, y ont pour objet quelque avantage; et je défie qu'on m'y montre un seul point de doctrine attaqué que je ne prouve être nuisible aux hommes ou par lui-même ou par ses inévitables effets.
La religion est utile et même nécessaire aux peuples. Cela n'est-il pas dit, soutenu, prouvé dans ce même écrit? Loin d'attaquer les vrais principes de la religion, l'auteur les pose, les affermit de tout son pouvoir; ce qu'il attaque, ce qu'il combat, ce qu'il doit combattre, c'est le fanatisme aveugle, la superstition cruelle , le stupide préjugé. Mais il faut , disentils, respecter tout cela. Mais pourquoi? parceque c'est ainsi qu'on mène les peuples. Oui, c'est ainsi qu'on les mène à leur perte. La superstition est le plus terrible fléau du genre humain ; elle abrutit les simples, elle persécute les sages, elles enchaîne les nations , elle fait partout cent maux effroyables : quel bien fait-elle? aucun; si elle en fait, c'est aux tyrans; elle est leur arme la plus terrible, et cela même est le plus grand mal qu'elle ait jamais fait.
Us disent qu'en attaquant la superstition je veux détruire la religion même : comment le savent-ils? Pourquoi confondent-ils ces deux causes que je dis-
1 7Q LETTRES ÉCRITES DE LA MONTAGNE, tangue avec tant de soin? Comment ne voient-ils point que cette imputation réfléchit contre eux dans toute sa force, et que la religion n'a point d'ennemis plus terribles que les défenseurs de la superstition? Il seroit bien cruel qu'il Ait si aisé d'inculper l'intention dun homme, quand il est si difficile de la justifier. Par cela même qu'il n'est pas prouvé qu'elle est mauvaise , on la doit juger bonne : autrement qui pourroit être à l'abri des jugements arbitraires de ses ennemi} ? Quoi ! leur simple affirmation fait preuve de ce qu'ils ne peuvent savoir; et la mienne, jointe à toute ma conduite, n'établit point mes propres sen* timents? Quel moyen me reste donc de les faire connoître? Le bien que je sens dans mon cœur , je ne puis le montrer, je l'avoue; mais quel est l'homme abominable qui s'ose vanter d'y voir le mal qui n'y fut jamais?
Plus on seroit coupable de prêcher l'irréligion, dit très bien* M. d'Alembert, plus il est criminel d'en accuser ceux qui ne la prêchent pas en effet* Ceux qui jugent publiquement de mon christianisme montrent seulement l'espèce du leur; et la seule chose qu'il s ont prouvée est qu'eux et moi n avons pas la même religion. Voilà précisément ce qui les fâche : on sent que le mal prétendu les aigrit moins que le bien même. Ce bien qu'ils sont forcés de trouver dans mes écrits les dépite et les gêne; réduits à le tourner en mal encore,- ils sentent qu'ils se découvrent trop. Combien ils seroient plus à leur aise si ce bien n'y étott pas!
Quand on ne me juge point sur ce que j ai dit , mais