‹ Œuvres de J.J. RousseauChapitre 121 sur 159 · PARTIE II, LETTRE VIII · texte numérisé non relu

PARTIE II, LETTRE VIII

porte cet édit de révocation, lavis du Conseil fut approuvé presque unanimement « , pourquoi donc la surprise et la consternation que marquoient les citoyens en sortant du Conseil, tandis qu'on voyoit un air de triomphe et de satisfaction sur les visages des magistrats '? Ces différentes contenances sont-elles naturelles à gens qui viennent d'être unanimement du même avis?

Ainsi donc, pour arracher cet édit de révocation, Ton usa de terreur, de surprise, vraisemblablement

1 Par la manière dont il m'est rapporté qu'on s'y prit, cette unanimité n'étoit pas difficile à obtenir , et il ne tint qu'à ces messieurs de la rendre complète.

Avant l'assemblée , le secrétaire d'état Mestrezat dit : Laissez-les venir; je les tiens. Il employa, dit-on, pour cette fin, les deux mots approbation et réjection , qui depuis sont demeurés en usage dans les billets : en sorte que, quelque parti qu'on prît, tout revenoit au même. Car, si l'on choisissoit approbation, l'on approu voit l'avis des Conseils, qui rejetoit l'assemblée périodique; et si l'on prenoit réfection, l'on rejetoit l'assemblée périodique. Je n'invente pas ce fait, et je ne le rapporte pas sans autorité, je prie le lecteur de le croire : mais je dois à la vérité de dire qu'il ne me vient pas de Genèxê^ et à la justice d'ajouter que je ne le crois pas vrai : je sais seulement que l'équivoque de ces deux mots abusa bien des votants sur celui qu'ils dévoient choisir pour exprimer leur intention , et j'avoue encore que je ne puis imaginer aucun motif honnête , ni aucune excuse légitime à la transgression de la loi, dans le recueillement des suffrages. Rien ne prouve mieux la terreur dont le peuple étoit saisi que le silence avec lequel il laissa passer cette irrégularité.

* Us disoient entre eux en sortant , et bien d'autres l'entendirent : Nous venons de faire une grande journée. Le lendemain nombre de citoyens furent se plaindre qu'on les avoit trompés , et qu'ils n'avoient point entendu rejeter les assemblées générales, mais l'avis des Conseils. On se moqua d'eux.

398 LETTRES ÉCRITES DE LA MONTAGNE, de fraude, et, tout au moins , on viola certainement la loi. Qu on juge si ces caractères sont compatibles avec ceux d'une loi sacrée, comme on affecte de rappeler.

Mais supposons que cette révocation soit légitime , et qu'on n'en ait pas enfreint les conditions '; quel aqtre effet peut-on lui donner, que de remettre les choses sur le pied où elles étoient avant rétablissement de la loi révoquée, et par conséquent la bourgeoisie dans le droit dont elle étoit en possession? Quand on casse une transaction, les parties ne restent-elles pas comme elles étoient avant qu'elle fut passée ?

Convenons que ces Conseils généraux périodiques n auraient eu qu'un seul inconvénient, mais terrible; c'eût été de forcer les magistrats et tous les ordres de se contenir dans les bornes de leurs devoirs et de leurs droits. Par cela seul je sais que ces assemblées si effarouchantes ne seront jamais rétablies , non plus que celles de la bourgeoisie par compagnies ; mais aussi n'est-ce pas de cela qu'il s'agit : je n'examine point ici ce qui doit ou ne doit pas se faire , ce qu'on fera ni ce qu'on ne fera pas. Les expédients que j'indique sim*plement comme possibles et faciles , comme tirés de votre constitution , n'étant plus conformes aux nouveaux édits, ne peuvent passer que du consentement des Conseils ; et mon avis n'est assurément pas qu'on

1 Ces conditions portent qa aucun changement a ledit n'aura force, xfu il naît été approuvé dans ce souverain Conseil. &este donc k savoir si les infractions de I^dit ne «ont pas 4es changements à Fédit.

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