PARTIE II, LETTRE VIII. igg
les leur propose : mais , adoptant un moment la supposition de Fauteur des Lettres , je résous des objections frivoles ; je fais voir qu' il cherche dans la nature des choses des obstacles qui n'y sont point; qu'ils ne sont tous que dans la mauvaise volonté du Conseil ; et qu'il y avoit , s'il l'eût voulu , cent moyens de lever ces prétendus obstacles, sans altérer la constitution , sans troubler l'ordre , et sans jamais exposer le repos public.
Mais , pour rentrer dans la question , tenons-nous exactement au dernier édit , et vous n'y verrez pas une seule difficulté rédite contre l'effet nécessaire du droit de représentation.
i . Celle d'abord de fixer le nombre des représentante est vaine par l'édit même, qui ne fait aucune distinction du nombre, et ne donne pas moins de force à la représentation d'un seul qu'à celle de cent
2, Celle de donner à des particuliers le droit de faire assembler le Conseil général est vaine encore, puisque ce droit, dangereux ou non, ne résulte pas de l'-effet nécessaire des représentations. Comme il y a tous les ^n s deux Conseils généraux pour les élections , il n'en fout point pour cet effet assembler d'extraordinaire. Il suffit que la représentation, après avoir été examinée dans les Conseils , soit portée au plus prochain Conseil général , quand elle est de nature à l'être ». La séance n'en sera pas même prolongée d'une heure , comme il est manifeste à qui connott l'ordre observé dans ces assemblées. 11 fout seulement prendre la pré-
1 J'ai distingué ci-devant les cas où les Conseils sont tenus de Ty porter, et ceux où ils ne le soat pe*.
400 LETTRES ÉCRITES DE LA MONTAGNE, caution que la proposition passe aux voix avant les élections; car si Ton attendoit que l'élection fut faite, les syndics ne manqueroient pas de rompre aussitôt rassemblée, comme ils firent en 1735.
3 . Celle de multiplier les Conseils généraux est levée avec la précédente; et quand elle ne le seroit pas, où seroient les dangers qu'on y trouve? c'est ce que je ne saurois voir.
On frémit en lisant rénumération de ces dangers dans les Lettres écrites de la campagne, dans l'édit de 1 7 1 2 , dans la harangue de M. Chouet : mais vérifions. Ce dernier dit que la république ne fut tranquille que quand ces assemblées devinrent plus rares. Il y a là une petite inversion à rétablir. Il falloit dire que ces assemblées devinrent plus rares quand la république fut tranquille. Lisez, monsieur, les fastes de votre ville durant le seizième siècle. Comment secoua-t-elle le double joug qui l'écrasoit? comment étouffa-t-elle les factions qui la déchiroient? comment résista-t-elle à ses voisins avides , qui ne la secoùroient que pour l'asservir? comment s'établit dans son sein la liberté évangélique et politique? comment sa constitution prit-elle de la consistance? comment se forma le système de son gouvernement? L'histoire de ces mémorables temps est un enchaînement de prodiges. Les tyrans, les voisins , les ennemis , les amis, les sujets , les citoyens , la guerre , la peste, la famine , tout sembloit concourir à la perte de cette malheureuse ville. On conçoit à peine comment un état déjà formé eût pu échapper à tous ces périls. Non seulement Genève en échappe, mais c'est durant ces crises