PARTIE II, LETTRE VIII. 4°I
terribles que se consomme le grand ouvrage de sa législation. Ce fut par ses fréquents Conseils généraux « , ce fut par la prudence et la fermeté que ses citoyens , y portèrent , qu'ils vainquirent enfin tous les obstacles f et rendirent leur ville libre et tranquille, de sujette et déchirée quelle étoit auparavant; ce fut après avoir tout mis en ordre au-dedans , qu'ils se virent en état defaireau-dehorsla guerre avec gloire. Alors le Con-* seil souverain avoit fini ses fonctions ; c étoit au gouvernement de faite les siennes : il ne restoit plus aux Genevois qu'à défendre la liberté qu'ils venoient d'établir, et à se montrer aussi braves soldats en campagne qu'ils s'étoient montrés dignes citoyens au Conseil : c'est ce qu'ils firent. Vos annales attestent partout l'utilité des Conseils généraux; vos messieurs n'y voient que des maux effroyables. Ils font l'objection , mais l'histoire la résout.
4. Celle de s'exposer aux saillies du peuple, quand on avoisine de grandes puissances , se résout de même. Je ne sache point en ceci de meilleure réponse à des sophismes que des faits constants. Toutes les résolutions des Conseils généraux ont été dans tous les temps aussi pleines de sagesse que de courage ; ja« mais elles ne furent insolentes ni lâches : on y a quel-
' Comme on les assemblent alors dans tous les cas ardus, selon les édits, et que ces cas ardus revenoient très souvent dans ces temps orageux, le Conseil général étoit alors plus fréquemment convoqué que n'est aujourd'hui le Deux-cents. Qu'on en juge par une seule époque. Durant les huit premiers mois de l'année j54o^ il se tint dix-huit Conseils généraux; et cette année n'eut rien de plus extraordinaire que celles qui avoient précédé et que celle» qui suivirent.
4©î LETTRES ÉCRITES DE LA MONTAGNE.
quefois juré de mourir pour la patrie; mais je défie qu'on m'en cite un seul , même de ceux où le peuple a le plus influé, dans lequel on ait par étourderie in* disposé les puissances voisinas, non plus qu'un seul où Ton ait rampé devant elles. Je ne ferais pas un pareil défi pour tous les arrêtés du petit Conseil : mais passons. Quand il s'agit de nouvelles résolutions à prendre , c'est aux Conseils inférieurs de les proposer , au Conseil général de les rejeter ou de les admettre; il ne peut rien faire de plus , on ne dispute pas de cela : cette objection porte donc à faux.
5. Celle de jeter du doute et de l'obscurité sur toutes les lois n'est pas plus solide, parcequ'il ne s'agit pas ici d'une interprétation vague, générale, et susceptible, de subtilités, mais d'une application nette et précise d'un fait à la loi. Le magistrat peut avoir ses raisons pour trouver obscure une chose claire ; mais cela n'en détruit pas la clarté. Ces messieurs dénaturent la question. Montrer par la lettre d'une loi qu'elle a été violée, n'est pas proposer des doutes sur cette loi. S'il y a dans les termes de la loi on seul sens selon lequel le fait soit justifié, le Conseil, dans sa répense, ne manquera pas d'établir ce sens. Alors la représentation perd sa force; et si l'on y persiste, elle tombe infailliblement en Coriseil général : car l'intérêt de tous est trop grand , trop présent,. trop sensible, surtout dans une ville de commerce, pour que la gène» ralité veuille jamais ébranler l'autorité , le gouvernement, la législation , en prononçant qu'une loi a été transgressée , lorsqu'il est possible qu'elle ne l'ait pas été.