‹ Œuvres de J.J. RousseauChapitre 14 sur 159 · PARTIE I, LETTRE I · texte numérisé non relu

PARTIE I, LETTRE I

sur ce qu'on assure que j'ai voulu dire, quand où cherche dans mes intentions le mal qui n'est pas dans mes écrits, que puis-je faire? Ils démentent mes discours par mes pensées; quand j'ai dit blanc, ils affirment que j'ai voulu dire noir ; ils se mettent à la place de Dieu pour foire l'oeuvre du diable : comment dérober ma tête à des coups portés de si haut?

Pour prouver que 1 auteur n'a point eu l'horrible intention qu'ils loi prêtent, je ne vote qu'un moyen, c'est d'en juger sur l'ouvrage. Ah! qu'on en juge ainsi, j'y consens; mais cette tâche n'est pas la mienne, et un examen suivi sous ce point de vue seroit de ma partune indignité. Non, monsieur, il n'y a ni malheur ai flétrissure qui puissent me réduire à cette abjection. Je croirois outrager l'auteur , l'éditeur , le lecteur même, par une justification d'autant plus honteuse qu'elle est plus facile. C'est dégrader la vertu que montrer qu'elle n'est pas un crime , c'est obscurcir l'évidence que prouver qu'elle est la vérité. Non , liste et jugez vous-même. Malheur à voua, si , durant cette lecture, votre cœur ne bénit pas cent fois l'homme vertueux et ferme qui ose instruire ainsi les humains !

Eh! comment me résoudrois-je à justifier cet ouvrage, moi qui crois effacer par lui les fautes de ma vie entière , moi qui mets les maux qu'il m'attire en compensation de ceux que j'ai faits, moi qui, plein de confiance, espère un jour dire au Juge suprême: Daigne juger dans ta clémence un homme foible; j'ai fiait le mal sur la terre, mais j'ai publié cet écrit

Mon cher monsieur , permettez à mon cœur gonflé d'exhaler de temps en temps ses soupir^ mais soyez

17a LETTRES ÉCRITES DE LA MONTAGNE, sûr que dans mes discussions je ne mêlerai ni déclamations ni plaintes : je n'y mettrai pas même la vivacité de mes adversaires; je raisonnerai toujours de sang froid. Je reviens donc.

Tâchons de prendre un milieu qui vous satisfasse et qui ne m avilisse pas. Supposons un moment la profession de foi du vicaire adoptée en un coin du monde chrétien, et voyons ce qu'il en résulteroit en bien et en mal. Ce ne sera ni l'attaquer ni la défendre; ce sera la juger par ses effets.

Je vois d',abord les choses les plus nouvelles sans aucune apparence de nouveauté; nul changement dans le culte, et de grands changements dans les cœurs, des conversions sans éclat, de la foi sans dispute, du zèle sans fanatisme, de la raison sans impiété; peu de dogmes et beaucoup de vertus, la tolérance du philosophe et la charité du chrétien.

Nos prosélytes auront deux régies de foi qui n'en fbnt qu'une : la raison et l'Évangile; la seconde sera d'autant plus immuable qu'elle ne se fondera que sur la première, et nullement sur certains faits , lesquels, ayant besoin d'être attestés, remettent la religion sous l'autorité des hommes.

Toute la différence qu'il y aura d'eux aux autres chrétiens est que ceux-ci sont des gens qui disputent beaucoup sur l'Évangile sans se soucier de le pratiquer, au lieu que nos gens s'attacheront beaucoup à la pratique, et ne disputeront point.

Quand les chrétiens disputeurs viendront leur dire, Vous vous dites chrétiens sans l'être; car, pour être chrétiens, il faut croire en Jésus-Christ, et vous n'y

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