PARTIE II, LETTRE IX
traire aux règles , soit parceque les citoyens et bourgeois ne doivent connoître d'autre texte des lois que te texte imprimé, quoique le petit Conseil en suive un autre et le fasse suivre en Conseil général '.
Il est donc contre les régies que celui qui a passé un acte ait communication de l'original de cet acte , lorsque les variantes dans les copies les lui font soupçonner de falsification ou d'incorrection; et il est dans la régie qu'on ait deux différents textes des mêmes lois , l'un pour les particuliers , et l'autre pour le gouvernement! Ouîtes-vous jamais rien de semblable? Et toutefois sur toutes ces découvertes tardives, sur tous ces refus révoltants , les citoyens , éconduits dans leurs demandes les plus légitimes, se taisent, attendent, et demeurent en repos !
Voilà, monsieur, des faits notoires dans votre ville,
d'hommes éclairés et judicieux, n'ait pas senti le scandale odieux et même effrayant de refuser à, des hommes libres, à des membres du législateur, la communication du texte authentique des lois, et de fomenter ainsi comme à plaisir des soupçons produits par l'air de mystère et de ténèbres dont il s'environne sans cesse à leurs yeux ? Pour moi, je penche à croire. que ces refus lui coûtent, mais qu'il s'est prescrit pour règle de faire tomber l'usage des représentations par des réponses constamment négatives. En effet, est-il à présumer que les hommes les plus patients ne se rebutent pas de demander pour ne rien obtenir ? Ajoutez la proposition déjà faite en Deux-cents d'informer contre les auteurs des dernières représentations , pour avoir usé d'un droit que la loi leur donne. Qui voudra désormais s'exposer à des poursuites pour des démarches qu'on sait d'avance être sans succès ? Si c'est là le plan que s'est fait le petit Conseil, il faut avouer qu'il le suit très bien.
r Extrait des registres du Conseil du 7 décembre 1763, en réponse aux représentations verbales faites le 21 novembre par six citoyens ou bourgeois.
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44o LETTRES ÉCRITES DE LA MONTAGNE, et tous plus connus de vous que de moi. J'en pourrais ajouter cent autres , sans compter ceux qui me sont échappés : ceux-ci suffiront pour juger si la bourgeoisie de Genève est ou fat jamais, je ne dis pas remuante et séditieuse, mais vigilante, attentive, facile à s'émouvoir pour défendre ses droits les mieux établis et le plus ouvertement attaqués.
On nous dit qu'une nation vive, ingénieuse, et très occupée de ses droits politiques, auroit un extrême besoin de donner à son gouvernement une force négative (page 1 70). En expliquant cette force négative, on peut convenir du principe. Mais est-ce à vous qu'on en veut feire l'application? A-t-on donc oublié qu'on vous donne ailleurs plus de sang froid qu'aux autres peuples (page 1 5 4)? Et comment peut-on dire que celui de Genève s'occupe beaucoup de ses droits politiques , quand on voit qu'il ne s'en occupe jamais que tard, avec répugnance, et seulement quand le péril le plus pressant l'y contraint? De sorte qu'en n'attaquant pas si brusquement les droits de la bourgeoisie , il ne tient qu'au Conseil qu'elle ne s'en occupe jamais.
Mettons un moment en parallèle les deux partis , pour juger duquel l'activité est le plus à craindre, et où doit être placé le droit négatif pour modérer cette activité.
D'un côté je vois un peuple très peu nombreux , paisible et froid, composé d'hommes laborieux, amateurs du gain , soumis pour leur propre intérêt aux lois et à leurs ministres , tout occupés de leur négoce ou de leurs métiers : tous, égaux par leurs droits et peu distingués par la fortune , n'ont entre eux ni chefs