PARTIE II, LETTRE IX
ainsi , de ce côté , le mal n'est -jamais qu'une crise, il ne peut faire un état prermanent ; au lieu que Faims de la puissance , ne tournant point au préjudice du puissant , mais du foible , est , par sa nature , sans mesure, sans frein, sans limites; il ne finit que par la destruction de celui qui seul en ressent le mal. Disons donc qu'il faut que le gouvernement appartienne au petit nombre , l'inspection sur le gouvernement à la généralité ; -et que si de part ou d'autre l'abus est inévitable , il vaut encore mieux qu'un peuple soit malheureux par sa faute .qu'opprimé sous la main d autrui.
Le premier et le plus grand intérêt public est toujours la justice. Tous veulent que les conditions soient égales pour tous , et la justice n'est que cette égalité. Le citoyen ne veut que les lois et que l'observation des lois. Chaque particulier dans le peuple sait bien que s'il y a des exceptions , elles ne seront pas en sa faveur. Ainsi tous craignent les exceptions ; et qui craint les exceptions aime la loi. Chez les chefs , c'est tout autre chose : leur état même est un état de préférence , et ils cherchent des préférences partout 1 . S'ils veulent des lois , ce n'est pas pour leur obéir , c'est pour en être
1 La justice dans le peuple est une vertu d'é*tat; la violence et la tyrannie est de mëme-dans les chefs un vice d'état. Si nous étions à leurs places , nous autres particuliers , nous deviendrions comme eut, violents, usurpateurs, iniques. Quand des magistrats viennent donc nous prêcher leur intégrité, leur modération, leur justice, ils nous trompent, s'ils veulent obtenir ainsi la confiance que nous ne leur devons pas : non qu'ils ne puissent avoir personnellement ces vertus dont ils se vantent; mais alors ils font une exception, et ce n'est pas aux exceptions que la loi doit avoir égard :
les arbitres. Ils veulent des lois pour se mettre à leur place et pour se faire craindre en leur nom. Tout les favorise dans ce projet : ils se servent des droks qu'ils ont , pour usurper sans risque ceux qu'ils n'ont pas. Comme ils parlent toujours au nom de la loi , même en la violant , quiconque 03e la défendre contre eux est un séditieux , un rebelle ; il doit périr : et pour eux , toujours sûrs de l'impunité dans leurs entreprises, le pis qui leur arrive est de ne pas réussir. S'ils ont besoin d'appui , partout ils en trouvent. C'est une ligue naturelle que celle des fprt^ , et ce qui fait la foiblesse des foibles est de ne pouvoir se liguer ainsi. Tel est le destin du peuple , d'avoir toujours au-dedans et audehors ses parties pour juges. Heureux quand il en peut trouver d'assez équitables pour le protéger contre leurs propres maximes, contre ce sentiment si gravé dans le cœur humain , d'aimer et favoriser les intérêts semblables aux nôtres l Vous avez eu cet avantage une fois , et ce fut contre toute attente. Quand la médiation fut acceptée , on vous crut écrasés ; mais vous eûtes des défenseurs éclairés et fermes , des médiateurs intégres et généreux : la justice et kt vérité triomphèrent:. Puissiez-vous être heureux deux fois ! vous aurez joui d'un bonheur bien rare , et dont vos oppresseurs ne paraissent guère alarmés.
Après vous avoir étalé tous les maux imaginaires d'un droit aussi ancien que votre constitution , et qui jamais n'a produit aucun mal , on pallie, on nie ceux du droit nouveau qu'on usurpe , et qui se font sentir dès aujourd'hui. Forcé d'avouer que le gouvernement peut abuser du droit négatif jusqu'à la plus intolé-