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sens un peu vague : il y a dans le monde des sociétés de bien des sortes , et il n'est pas impossible que ce qui sert à Tune nuise à l'autre. Voyons': la méthode favorite de mes agresseurs est toujours d offrir avec art des idées indéterminées ; continuons pour toute réponse à tâcher de les fixer.
Le chapitre dont je parle est destiné, comme on le voit par le titre, à examiner comment les institutions, religieuses peuvent entrer dans la constitution de l'état. Ainsi ce dont il s'agit ici n'est point de considérer les religions comme vraies ou feusses , ni même comme bonnes ou mauvaises en elles-mêmes , mais de les considérer uniquement par leurs rapports aux corps politiques , et comme parties de la législation.
Dans cette vue, l'auteur fait voir que toutes les anciennes religions , sans en excepter la juive , furent nationales dans leur origine , appropriées , incorporées à l'état , et formant la base , ou du moins faisant partie du système législatif.
Le christianisme , au contraire , est dans son principe rien< autre.
les hommes dans sa charité sans bornes, est venu lever la barrière qui séparait les nations, et réunir tout le genre humain dans un peuple de frères ; Car, en toute nation, celui qui le craint et qui s* adonne a la justice lui est agréable l . Tel est le véritable esprit de l'Évangile.
' Act. X, 35.
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Ceux donc qui ont voulu faire du christianisme une reKgion nationale et l'introduire comme partie constitutive dans le système de la législation , ont fait par là deux fautes nuisibles , Tune à la religion , et l'autre à l'état. Ils se sont écartés de l'esprit de Jésus-Christ, dontle régne n'est pas de oe monde; et mêlant aux intérêts terrestres ceux de la religion , ils ont souillé 9a pureté céleste, ils en ont fait l'arme des tyrans et l'instrument des persécuteurs. Ils n'ont pas moins blessé les saines maximes de la politique , puisqu'au lieu de simplifier la machine du gouvernement , ils l'ont composée , ils lui ont donné des ressorts étrangers, superflus; et, l'assujettissant à deux mobiles différents , souvent contraires, ils ont causé les tiraillements qu'on sent dans tous les états chrétiens où l'on • a fait entrer la religion dans le système politique. Le parfait christianisme est l'institution sociale universelle; mais, pour montrer qu'il n'est point un établissement politique , et qu'il ne concourt point aux bonnes institutions particulières , il falloit Ôter les sophismes de ceux qui mêlent la religion à tout, comme une prise avec laquelle ils s'emparent de tout. Tous les établissements humains sont fondés sur les passions humaines , et se conservent par elles : ce qui combat et détruit les passions n'est donc pas propre à fortifier ces établissements. Comment ce qui détache les cœurs de la terre nous donneroit-il ptusd'intérêt pour ce qui s'y fait? comment ce qui nous occupe uniquement d'une autre patrie nous attacheroit-il davantage à celle-ci?
Les religions nationales sont utiles à Tétat comme
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parues de sa constitution, cela est incontestable; mais elles sont nuisibles au genre humain, et même, à l'état dans un autre sens : j'ai montré comment et pourquoi.
Le^christiamsme , au contraire , rendant les hommes justes , modérés , amis de la paix , est très avantageux à la société générale ; mais il énerve la force du ressort politique , il complique lesmouvements de la machine , il rompt F unité du corps moral; et ne lui étant pas assez approprié , il faut qu'il dégénère , ou qu'il demeure une pièce étrangère et embarrassante.
Voilà donc tin préjudice et des inconvénients des deux côtés relativement au corps politique. Cependant il importe que l'état ne soit pas sans reKgion , et cela importe par des raisons graves, sur lesquelles j'ai partout fortement insisté : mais il vaudrait mieux encore a'en point avoir , que d'eu avoir une barbare et persécutante, qui,- tyrannisant les lois mêmes, contrarierait les devoirs au citoyen. On dirait que tout ce qui s'est passé dans Genève à mon égard n'est lait que pour établir ce chapitre en exempte , pour prouver par ma propre histoire que j'ai très bien rai-* sonné.
Que doit faire un sage législateur dans cette aïter* native? De deux choses l'une: la première, d'établir vme religion purement civile , dans laquelle , renfermant le& dogmes fondamentaux de toute bonne religion , tous les dogmes vraiment utiles à la société , soit universelle, soit particulière , il omette tous les autres qui peuvent importer à la foi , mais nullement au bien terrestre , unique objet de la législation : car, comment
l84 LETTRES ÉCRITES DE LA MONTAGNE, le mystère de la Trinité, par exemple, peut-il concourir à la bonne constitution de l#tat? en quoi ses membres seront-ils meilleurs citoyens quand ils auront rejeté le mérite des bonnes œuvres? et que fait au lien de la société civile le dogme du péché originel? Bien que le vi^i christianisme soit une institution de paix , qui ne voit que le christianisme dogmatique ou théologique est, par la multitude et l'obscurité de ses dogmes, surtout par l'obligation de les admettre, un champ de bataille toujours ouvert entre les hommes , et cela sans qu a force d'interprétations et de décisions on puisse prévenir de nouvelles disputes sur les décisions mêmes ?
L autre expédient est de laisser le christianisme tel qu'il est dans son véritable esprit, libre, dégagé de tout lien de chair, sans autre obligation que celle de la conscience , sans autre gêne dans les dogmes que les mœurs et les lois. La religion chrétienne est , par la pureté de sa morale , toujours bonne et saine dans l'état , pourvu qu'on n'en fasse pas une partie de sa constitution, pourvu qu'elle y soit admise uniquement comme religion , sentiment , opinion , croyance; mais, comme loi politique, le christianisme dogmatique est un mauvais établissement.
Telle est, monsieur, la plus forte conséquence qu'on puisse tirer de ce chapitre , où , bien loin de taxer, le pur Évangile l d'être pernicieux à la société, je le trouve , en quelque sorte , trop sociable , embrassant trop tout le genre humain , pour une législation qui doit être exclusive; inspirant l'humanité
1 Lettres écrites de la campagne, page 3o»