PARTIE I, LETTRE I. l
plutôt que le patriotisme , et tendant à former des hommes plutôt que des citoyens K Si je me suis trompé , j'ai fait une .erreur en politique ; mais où est mon impiétç?
La science du salut et celle du gouvernement sont très différentes; vouloir que la première embrasse tout est un fanatisme de petit esprit; c'est penser comme les alchimistes , qui , dans l'art de faire de For , voient aussi la médecine universelle , ou comme lesmahométans , qui prétendent trouver toutes les sciences dans l'Alcoran. La doctrine de l'Évangile na qu'un objet, c'est d'appeler et sauver tous les hommes; leur liberté, leur bien-être ici-bas n'y entre pour rien; Jésus l'a dit mille fois. Mêler à cet objet des vues terrestres , c'est altérer sa simplicité sublime , c'est souiller sa sainteté par des intérêts humains : c'est cela qui est vraiment une impiété.
Ces distinctions sont de tout temps établies : on ne les a confondues que pour moi seul. En étant des institutions nationales la religion chrétienne, je, l'établis la meilleure pour le genre humain. L'auteur de Y Esprit des Lois a fait plus ; il a* dit que la musulmane
1 C'est merveille de voir rassortiment de beaux sentiments qu'o» va nous entassant dans les livres ; il ne faut pour cela que des mots , et les vertus en papier ne coûtent guère ; mais elles ne s'agencent pas tout-à-fait ainsi dans le cœur de l'homme, tftil y a loin des peintures aux réalités. Le patriotisme et l'humanité sont, par exemple, deux vertus incompatibles dans leur énergie, et surtout chez un peuple entier. Le législateur qui les voudra toutes deux n'obtiendra ni l'une ni l'autre : cet accord ne s'est jamais vu j il ne se verra jamais, pareequ'il est contraire à la nature, et qu'on ne peut donner deux objets à la même passion.
l86 LETTRES ÉCRITES DE LA MONTAGNE, étoit la meilleure pour les contrées asiatiques *. Il raiâonnoit en politique ; et moi aussi. Dans quel pays at-on cherché querelle , je ne dis pas à Fauteur , mais au livre 1 ? Pourquoi donc suis-je coupable? ou pourquoi ue l'étoit-il pas ?
Voilà , monsieur , comment , par des extraits fidèles , jatBr crilique équitable parvient à connoître les vrais sentiments d'un auteur et le dessein dans lequel il a composé son livre. Qu'on examine tous les miens par cette méthode , je ne crains point les jugements que tout honnête homme ea pourra porter. Mais ce n'est pas ainsi que ces messieurs s'y prennent; ils n'ont garde , ils n'y trouveroient pas ce qu'ils cherchent. Dans le projet de me rendre coupable à tout prix , ils écartent le vrai but de l'ouvrage; ils lui donnent pour but chaque erreur, chaque négligence échappée à l'auteur ; et si par hasard il laisse un passage équivoque , ils ne manquent pas de l'interpréter dans le sens qui n'est pas le sien. Sur un grand champ couvert d'une moisson fertile , ils vont triant avec soin quelques mauvaises plantes , pour accuser celui qui l'a semé d'être un empoisonneur.
Mes propositions ne pouvoient faire aucun mal à leur place; elles étoient vraies, utiles , honnêtes , dans le sens que je leurdonnois. Ce sont leurs falsifications, leurs subreptions fleurs interprétations frauduleuses,
* Voyez Hvre XXIV, chap* a6.
* U est bo» de remarquer que le livre de ÎEsprii des Luis foi imprimé pour la première fois à Genève, sans que tes scokrques y
' trouvassent rien à reprendre , et que ce fut uo pasteur qui corrigea l'édition.