‹ Œuvres de J.J. RousseauChapitre 25 sur 159 · PARTIE I, LETTRE II. IÇÎ · texte numérisé non relu

PARTIE I, LETTRE II. IÇÎ

meut , messieurs , de grâce ; ce n' est pas encore de moi qu'il s agit, c'est de vous. Sachons d'abord quels sont , selon vous , ces points capitaux ; sachons quel droit vous avez de me contraindre à les voir où je ne les vois pas , et où peut-être vous ne les voyez pas vous-mêmes. N'oubliez point , s'il vous plait , que me donner vos décisions pour lois, c'est vous écarter de la sainte réformation évangélique , c'est en ébranler les vrais fondements ; c'est vous qui , par la loi , méritez punition.

Soit que l'on considère l'état politique de votre république lorsque la réformation fut instituée, soit que l'on pèse les termes de vos anciens édits par rapport à la religion qu'ils prescrivent, on voit que la réformation est partout mise en opposition avec l'Église romaine , et que les lois n'ont pour objet que d'abjurer les principes et le culte de celle-ci, destructifs de la liberté dans tous les sens.

Dans cette position particulière l'état n'existoit pour ainsi dire que par la séparation des deux Églises , et la république étoit anéantie si le papisme reprenoit le dessus. Ainsi la loi qui fixoit le culte évangélique n'y considéroit que l'abolition du culte romain. C'est ce qu'attestent les invectives , même indécentes , qu'on voit contre celui-ci dans vos premières ordon* liances , et qu'on a sagement retranchées dans la suite quand le même danger n'existoit plus : c'est ce qu'atteste aussi le serment du consistoire , lequel consiste uniquement à empêcher toutes idolâtries , blasphèmes , dissolutions, et nutres choses contrevenantes à t honneur de Dieu et a la réjbrmatiôn de t Évangile. Tels sont les

termes de l'ordonnance passée en 1 562 . Dans la revue de la même ordonnance en 1 576 , on mit à la tête du serment de veiller sur tous scandales * : ce qui montre que, dans la première formule du serment, on n'avoit pour objet que la séparation de l'Église romaine. Dans la suite on pourvut encore à la police : cela est naturel quand un établissement commence à prendre de la consistance; mais enfin, dans l'une et dans l'autre leçon , ni dans aucun serment de magistrats , de bourgeois , de ministres , il n'est question ni d'erreur ni d'hérésie. Loin que ce fût là l'objet de la réformation ni des lois , c'eût été se mettre en contradiction avec soi-même. Ainsi vos édits n'ont fixé , sous ce mot de réformation, que les points controversés avec l'Église romaine.

Je sais que votre histoire , et celle en général de la réforme, est pleine de faits qui montrent une inquisition très sévère, et que, de persécutés, les réformateurs devinrent bientôt persécuteurs : mais ce contraste, si choquant dans toute l'histoire du christianisme, ne prouve autre chose dans la vôtre que l'inconséquence des homjaes et l'empire des passions sur la raison. A force de disputer contre le clergé catholique, le clergé protestant prit l'esprit disputeur et pointilleux. Il vouloit tout décider , tout régler , prononcer sur tout; chacun proposoit modestement son sentiment pour loi suprême à tous les autres: ce n'était pas le moyen de vivre en paix. Calvin, sans doute , étoit un grand homme , mais enfin c'étoit un homme, et , qui pis est , un théologien : il avoit d'ail-

1 Ordonn. eeclés. , tit. III , art. lxxv.

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