PARTIE I, LETTRE II
leurs tout l'orgueil du génie qui sent sa supériorité , et qui s'indigne qu' on la lui dispute. La plupart de ses collègues étoient dans le même cas; tous en cela d'autant plus coupables qu'ils étoient plus inconséquents. .
Aussi quelle prise n'ont-ils pas donnée en ce point aux catholiques! et quelle pitié n'est-ce pas de voir dans leurs défenses ces savants hommes , ces esprits éclairés qui raisonnoient si bien sur tout autre article , déraisonner si sottement sur celui-là ! Ces contradictions ne prouvoient cependant autre chose, sinon qu'ils suivoient bien plus leurs passions que leurs principes. Leur dure orthodoxie étoit elle-même une hérésie. C'étoit bien là l'esprit des réformateurs , mais ce n'étoit pas celui de la réformation.
La religion protestante est tolérante par principe , elle est tolérante essentiellement ; elle Test autant qu'il est possible de l'être , puisque le seul dogme qu elle ne tolère pas est celui de l'intolérance. Voila l'insurmontable barrière qui nous sépare des catholiques , et qui réunit les autres communions entre elles; chacune regarde bien les autres comme étant dans l'erreur; mais nulle ne regarde ou ne doit regarder cette erreur comme un obstacle au salut l .
Les réformés de nos jours , du moins les ministres ,
De toutes les sectes du christianisme la luthérienne me paroît la plus inconséquente. Elle a réuni comme à plaisir contre elle seule toutes les objections qu'elles se font Tune à l'autre. Elle est en particulier intolérante comme l'Eglise romaine ; mais le grand argument de celle-ci lui manque : elle est intolérante sans savoir pourquoi.
198 LETTRES ÉCRITES DE LA MONTAGNE, ne ooonoissent ou n'aiment plus leur religion. S'ils l'avoient connue et aimée, à la publication de mon livre ils auroient poussé de concert un cri de joie , ils se seroient tous unis avec moi, qui n'attaquois que leurs adversaires; mais ils aiment mieux abandonner leur propre cause que de soutenir la mienne ; avec leur ton lisiblement arrogant, avec leur rage de chicane et d'intolérance , ils ne savent plus ce qu'ils croient, ni ce qu'ils veulent, ni ce qu'ils disent. Je ne les vois plus que comme de mauvais valets des prêtres , qui les servent moins par amour pour eux que par haine contre moi 1 . Quand ils auront bien disputé, bien chamaillé , bien ergoté , bien prononcé ; tout au fort de leur petit triomphe, le clergé romain, qui maintenant rit et les laisse faire, viendra les chasser, armé d'arguments ad hominem sans réplique; et, les battant de leurs propres armes , il leur dira : Cela va bien : mais, à présent ôtez-vous de là 9 méchants intrus que vous êtes; vous navet travaillé que pour nous. Je reviens à mon sujet.
L'Église de Genève n'a donc et ne dent avoir, comme réformée , aucune profession de foi précise , articulée , et commune 'à tous ses membres. Si Ton vouloit en avoir une , en cela même on blesseroit la liberté évangélique , on renoncerait au principe de la réformation , on violeroit la loi de l'état. Toutes les
1 II est assez superflu , je crois , d'avertir que j'excepte ici mon pasteur, et ceux qui sur ce point pensent comme lui.
J'ai appris depuis cette note à n'excepter personne ; mais je la laisse, selon ma promesse, pour l'instruction de tout honnête homme qui peut être tenté de louer des gens d'église.
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